“L’ex­clu­sion d’un élève ne fait que dé­pla­cer le pro­blème”

L'Obs - - EN COUVERTURE - Par BÉATRICE SABATÉ *, psy­cho­logue

La thé­ra­peute Lynn Lott ra­conte l’anec­dote sui­vante : ses deux pe­tits-en­fants se dis­putent une ta­blette qu’elle avait mise à leur dis­po­si­tion. Elle re­prend l’ap­pa­reil et dit : « Je suis dé­so­lée. En vous don­nant la ta­blette, j’ai ou­blié de vous pré­ci­ser une chose très im­por­tante. » Elle pour­suit : « Quand je prête quelque chose, la règle d’or est qu’il n’y a pas de dis­pute. Met­tez-vous d’ac­cord pour la par­ta­ger dans le calme, après quoi je vous la ren­drai. » L’ac­cord trou­vé, elle leur rend la ta­blette, sans même leur de­man­der comment ils se sont ar­ran­gés. Elle a été ferme, mais les a lais­sés gé­rer leur conflit de fa­çon au­to­nome. Au lieu d’in­ter­ve­nir, elle a fait du conflit un ter­rain d’ap­pren­tis­sage. Elle a aus­si mis en oeuvre la règle des 4 « R » que l’on par­tage en dis­ci­pline po­si­tive : se re­cen­trer, re­con­naître sa res­pon­sa­bi­li­té, ré­con­ci­lier (« je suis dé­so­lée ») et ré­soudre. Une mé­thode qui re­pose sur les tra­vaux d’Al­fred Ad­ler, psy­chiatre au­tri­chien contem­po­rain de Freud qui consi­dé­rait que l’être hu­main est un être so­cial qui se construit par le lien et a deux be­soins es­sen­tiels : les sen­ti­ments d’ap­par­te­nance et d’im­por­tance (la va­leur). Tous les groupes sont tra­ver­sés par les conflits. Mais ils peuvent être dé­pas­sés et construc­tifs. Lors­qu’un col­lé­gien est al­lé trop loin, nous or­ga­ni­sons une réunion de sou­tien édu­ca­tif (RSE) avec l’élève, les pa­rents, les pro­fes­seurs. Nous pre­nons pour point de dé­part les forces de l’élève, que nous lis­tons. Puis nous abor­dons les in­quié­tudes. C’est du sur-me­sure. Lors d’une telle réunion avec un élève qui avait des ac­cès de vio­lence, nous avons conve­nu de va­lo­ri­ser da­van­tage ce type de par­cours. L’élève a te­nu un ca­hier de réa­li­sa­tions dans le­quel il a ins­crit chaque si­tua­tion où il était par­ve­nu à gar­der son calme. Et nous avons co­cons­truit des rou­tines de mise au tra­vail – une mi­nute chro­no pour sor­tir ses a aires, une mi­nute pour re­ve­nir au calme… Toute la classe en a bé­né­fi­cié!

(*) Béatrice Sabaté a dif­fu­sé en France la dis­ci­pline po­si­tive, concep­tua­li­sée par les thé­ra­peutes amé­ri­caines Jane Nel­sen et Lynn Lott.

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