Une dé­pen­dance fran­çaise

L'Opinion - - La Une - Ni­co­las Bey­tout @ni­co­las­bey­tout

Dans quelques heures, l’ad­mi­nis­tra­tion fran­çaise se­ra ex­sangue et ne vi­vra plus qu’à cré­dit jus­qu’à la fin de l’an­née. Cin­quante-trois jours à em­prun­ter, cin­quante-trois jours aux cro­chets de ses créan­ciers. Cette si­tua­tion, dé­crite en dé­tail par le tra­vail de l’Ins­ti­tut éco­no­mique Mo­li­na­ri (IEM), de­vrait être vé­cue comme une honte, la honte fran­çaise. Pas tant par es­prit de sys­tème ou par idéo­lo­gie an­ti-dette, mais parce qu’elle place la France au fond du clas­se­ment, à courte dis­tance de la Grèce et du Por­tu­gal. Et parce que cette si­tua­tion se dé­grade chez nous alors qu’elle s’amé­liore dans la plu­part des pays eu­ro­péens.

Car il ne s’agit pas de se com­pa­rer à tel ou tel pays an­glo- saxon, là où ré­gne­rait l’im­pi­toyable loi ul­tra-li­bé­rale, mais de prendre pour ré­fé­rence des pays comme la Suède, le Da­ne­mark, les Pays- Bas et bien sûr l’Al­le­magne, tous res­pec­tueux d’un mo­dèle so­cial com­pa­rable au nôtre. Tous avaient ou­vert les vannes de la dé­pense pu­blique au plus fort de la crise de 2008-2009, mais tous ont en­suite re­pris le contrôle des dé­penses de leurs mi­nis­tères.

Cin­quante- trois jours dans le rouge, mal­gré une pres­sion fis­cale ja­mais at­teinte : c’est la me­sure de notre dé­pen­dance, la­quelle est ag­gra­vée du mon­tant abys­sal de notre dette. Et c’est évi­dem­ment sans comp­ter les dé­fi­cits de notre sys­tème de pro­tec­tion so­ciale.

Le plus alar­mant, dans cette com­pa­rai­son in­ter­na­tio­nale, est que les Fran­çais n’ex­priment pas le sen- ti­ment d’en ti­rer un « bon­heur na­tio­nal brut » su­pé­rieur aux autres Eu­ro­péens. Pro­té­gés par une ad­mi­nis­tra­tion plé­tho­rique, cou­verts par une Sé­cu­ri­té so­ciale gé­né­reuse, ils n’éva­luent même plus ce co­con à son juste coût. C’est en quelque sorte le dé­fi­cit ab­so­lu.

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