« C’est le mo­ment pour l’Eu­rope »

San­dro Go­zi, mi­nistre ita­lien des Af­faires eu­ro­péennes, es­time qu’il faut « sau­ver l’UE de ceux qui veulent la dé­truire »

L'Opinion - - La Une - Gé­rard Co­hen

Quel est, se­lon vous, le phé­no­mène le plus mar­quant de ce dé­but d’an­née en termes de fi­nan­ce­ment des en­tre­prises ?

Nous sommes en train d’as­sis­ter à l’émer­gence d’un nou­veau mode d’in­ves­tis­se­ment qui se dé­ve­loppe très ra­pi­de­ment : les fonds de dette. Le dé­cret du 24 no­vembre 2016 qui s’ins­crit dans le cadre de la loi Sa­pin 2 re­la­tive à la mo­der­ni­sa­tion de la vie éco­no­mique, fixe les condi­tions dans les­quelles cer­tains fonds d’in­ves­tis­se­ment peuvent oc­troyer des prêts aux en­tre­prises. Ce dé­cret confirme la ten­dance d’une res­tric­tion du champ d’ap­pli­ca­tion du mo­no­pole ban­caire et s’ins­crit dans le mou­ve­ment de dés­in­ter­mé­dia­tion du fi­nan­ce­ment en Eu­rope au pro­fit de prê­teurs al­ter­na­tifs non ban­caires.

Com­ment fonc­tionnent ces fonds ?

Une en­tre­prise en quête de fonds bé­né­fi­cie do­ré­na­vant d’une offre com­plé­men­taire de fi­nan­ce­ment. Ain­si, les fonds d’in­ves­tis­se­ment peuvent in­ves­tir en ca­pi­tal, en dette mez­za­nine (à mi-che­min entre le ca­pi­tal et la dette) et do­ré­na­vant en dette pure (comme les banques). Au­jourd’hui, les taux pra­ti­qués par les fonds de dette sont de l’ordre de 4 à 7 %. Ils sont donc plus éle­vés que les taux de dette ban­caire (10,3 %) mais bien plus faibles que ceux pra­ti­qués par les mez­za­neurs (de 10 à 15 %). On peut d’ailleurs sup­po­ser que ces der­niers vont bais­ser leur taux. Il est bien évident que les ren­de­ments es­comp­tés par les sous­crip­teurs de ces fonds sont dif­fé­rents se­lon qu’ils in­ves­tissent dans le com­par­ti­ment equi­ty, mez­za­nine ou dette, le ren­de­ment étant pro­por­tion­nel au risque. Une ques­tion se pose : un même fonds d’in­ves­tis­se­ment ar­ri­ve­ra-t-il à se dé­ve­lop­per sur tous ces sec­teurs en même temps ? A ce jour, la ré­ponse est né­ga­tive, chaque fonds ayant (pour l’ins­tant) un axe d’in­ves­tis­se­ment pré­do­mi­nant.

Quelle dif­fé­rence avec le fi­nan­ce­ment ban­caire tra­di­tion­nel ?

La dif­fé­rence se fait fon­da­men­ta­le­ment au ni­veau de l’ana­lyse. Les banques se concentrent es­sen­tiel­le­ment sur les fon­da­men­taux du bi­lan et ses grands équi­libres. Les fonds, eux, vont adop­ter une ap­proche cré­dit avec un re­gard beau­coup plus en­tre­pre­neu­rial et ca­pi­ta­lis­tique.

Quels avan­tages pour les en­tre­prises ?

Mal­gré le manque de re­cul sur le su­jet, j’ai pu ap­pré­cier ré­cem­ment l’in­té­rêt d’une telle évo­lu­tion. Un des leaders des ser­vices in­dus­triels que nous ac­com­pa­gnons vient de faire son deuxième LBO. Dans ce cadre, il a trou­vé au­près d’un de ces fonds de dette un fi­nan­ce­ment com­plé­men­taire qu’il ne trou­vait pas au­près de ses banques. L’ap­port du fonds de dette a per­mis aux fon­da­teurs de le­ver moins d’ar­gent au­près de leur in­ves­tis­seur et de conser­ver ain­si le contrôle de leur groupe, tout en as­su­rant la pour­suite de son dé­ve­lop­pe­ment. Autre exemple : une banque re­fuse de fi­nan­cer sous forme de dette une opé­ra­tion de crois­sance ex­terne. Les di­ri­geants et le fonds d’in­ves­tis­se­ment pré­sent au ca­pi­tal sou­hai­tant faire l’opé­ra­tion, ce der­nier a fi­nan­cé cette ac­qui­si­tion en dette. On voit bien ain­si que quand le sys­tème ban­caire ne ré­pond plus, quand les as­so­ciés ne peuvent ou ne veulent pas tou­cher à la ré­par­ti­tion du ca­pi­tal, un fonds de dette peut ap­por­ter une source de fi­nan­ce­ment sup­plé­men­taire. La pos­si­bi­li­té dont dis­posent do­ré­na­vant les fonds de prê­ter de l’ar­gent sous forme de dette bous­cule donc le sys­tème de fi­nan­ce­ment au­pa­ra­vant bien éta­bli et les en­tre­prises en sor­ti­ront ga­gnantes. Gé­rard Co­hen est avo­cat au sein du ca­bi­net Co­hen Amir-As­la­ni.

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