Fi­nances, élec­tions : le blues du FN

Mal­gré l’élec­tion de ses huit dé­pu­tés, dont Ma­rine Le Pen, le FN se pré­pare à une nou­velle tra­ver­sée du dé­sert

L'Opinion - - La Une - Béa­trice Hou­chard @be­hache3

Le Front na­tio­nal tien­dra, pen­dant la deuxième moi­tié du mois de juillet, un sé­mi­naire pour « tout chan­ger » après ses ré­sul­tats dé­ce­vants à la pré­si­den­tielle et aux lé­gis­la­tives. Il y a ur­gence à re­mo­ti­ver les troupes. LES CAISSES SONT VIDES, les mi­li­tants dé­cou­ra­gés, les cadres fa­ti­gués et les élec­teurs, sou­vent, par­tis. Bien sûr, Ma­rine Le Pen siège pour la pre­mière fois à l’As­sem­blée na­tio­nale et le FN a ga­gné huit élec­tions lé­gis­la­tives le 18 juin. C’est un re­cord avec le scru­tin ma­jo­ri­taire. Mais c’est tel­le­ment peu au re­gard de ce que le Front na­tio­nal avait es­pé­ré de­puis un an. Les res­pon­sables du par­ti ta­blaient alors sur 40 % au se­cond tour de la pré­si­den­tielle et cin­quante dé­pu­tés dans la fou­lée. Ils en sont loin.

Comme pour conju­rer le grand blues qui les guette, Ma­rine Le Pen a tout de suite re­mis ses troupes au tra­vail : après les réunions de sept ate­liers, un sé­mi­naire se tien­dra pen­dant la se­conde quin­zaine de juillet. La pré­si­dente du FN veut « tout chan­ger, même le nom » de son par­ti. Mais « tout chan­ger » , n’est- ce pas dé­jà, mal­gré les dis­cours of­fi­ciels, dres­ser un gi­gan­tesque constat d’échec ?

Le sé­mi­naire se tien­dra au siège du par­ti, à Nan­terre. Il n’est plus ques­tion de louer le coun­try club d’Etiolles, dans l’Es­sonne, comme ce fut le cas en fé­vrier 2016. Il n’y a plus d’ar­gent et c’est le pre­mier dé­fi que va de­voir re­le­ver Ma­rine Le Pen. Avant le pre­mier tour des lé­gis­la­tives, elle rê­vait en­core de dé­mé­na­ger, de quit­ter ces lo­caux qu’elle « ne sup­porte plus », se­lon l’un de ses proches. Se rap­pro­cher de Pa­ris était à l’ordre du jour. Il était même ques­tion de dé­dou­bler les lo­caux. On ou­blie. Au mieux, se­lon la dé­ci­sion du pro­prié­taire quand le bail ar­ri­ve­ra à ex­pi­ra­tion, le Front na­tio­nal res­te­ra au « Car­ré ». Au pire, il dé­mé­na­ge­ra, mais sû­re­ment pas pour re­joindre les beaux quar­tiers de l’Ouest pa­ri­sien.

Em­prunt pa­trio­tique. Le tré­so­rier, Wal­le­rand de Saint-Just, ré­cuse le terme de « faillite » mais constate que la do­ta­tion pu­blique du par­ti va bais­ser de 500 000 eu­ros par an, soit un re­cul de 10 %. En cause, le faible nombre de suf­frages ob­te­nus au pre­mier tour des lé­gis­la­tives : 2 990 454 voix, contre 3 528 663 en 2012. Loin, très loin des près de onze mil­lions de voix de Ma­rine Le Pen au se­cond tour de la pré­si­den­tielle. L’abs­ten­tion en gé­né­ral et la dé­mo­bi­li­sa­tion par­ti­cu­lière de l’élec­to­rat FN ont été fa­tales. Ma­rine Le Pen mul­ti­plie donc les ap­pels à ses sym­pa­thi­sants pour par­ti­ci­per à son « em­prunt pa­trio­tique ».

Il va fal­loir payer les frais de cam­pagne (dans un dé­lai de soixante jours après le scru­tin), rem­bour­ser les em­prunts à une banque russe et à Co­te­lec ( via Jean- Ma­rie Le Pen) et sur­tout faire des éco­no­mies. La tra­di­tion­nelle uni­ver­si­té d’été de sep­tembre semble dé­jà condam­née. « On ne sait même pas si on ho­no­re­ra le ren­dez-vous de Bra­chay », sou­pire un élu nos­tal­gique. Il faut gar­der des moyens pour le con­grès, qui de­vrait se te­nir en mars 2018.

Avant le con­grès, les adhé­rents de­vront tran­cher un cer­tain nombre de points. Ce­lui du nom, d’abord. Ma­rine Le Pen veut en chan­ger. Mais il se mur­mure au FN que les adhé­rents qui votent sont les plus conser­va­teurs et que la par­tie n’est pas ga­gnée d’avance. Comme n’est pas écrite la dé­ci­sion qui se­ra prise sur la ligne po­li­tique et no­tam­ment sur la sor­tie de l’eu­ro, « le » su­jet qui fâche.

Beau­coup, en­fin, dans la mou­vance de Ni­co­las Bay, pré­co­nisent de par­ler le moins pos­sible de l’eu­ro et de mettre l’ac­cent sur l’iden­ti­té, la sé­cu­ri­té et l’im­mi­gra­tion

Si­lence sur l’eu­ro. Sur ce point, les deux camps du FN s’af­frontent. D’un cô­té, ceux qui pensent que la pers­pec­tive de la sor­tie de l’eu­ro a fait perdre Ma­rine Le Pen. On en­tend ain­si, non sans sur­prise, l’eu­ro­dé­pu­té Ber­nard Mo­not dé­cla­rer sou­dain que « deux élec­teurs sur trois ont re­je­té notre mo­dèle de pa­trio­tisme éco­no­mique » et es­ti­mer que le FN a com­mis « une er­reur de com­mu­ni­ca­tion de­puis des an­nées » face à des Fran­çais « trop at­ta­chés à l’eu­ro ». Ber­nard Mo­not qua­li­fie même d’« in­té­griste » la po­si­tion du Front na­tio­nal sur l’eu­ro et sug­gère d’« aban­don­ner le sou­ve­rai­nisme ». De quoi faire hur­ler Flo­rian Phi­lip­pot, qui pense au contraire que c’est la ligne sou­ve­rai­niste et so­ciale qui a fait pro­gres­ser le FN de­puis 2011 et qui s’ap­puie pour ce­la sur les ana­lyses du po­li­to­logue Pas­cal Per­ri­neau.

Entre Ber­nard Mo­not et Flo­rian Phi­lip­pot, cer­tains cherchent des so­lu­tions in­ter­mé­diaires. Wal­le­rand de Saint- Just sug­gère une « né­go­cia­tion avec l’Union eu­ro­péenne » et se dit que « si ça marche, pour­quoi tout bou­le­ver­ser et re­ve­nir à une mon­naie na­tio­nale » ? Bru­no Bilde, dé­pu­té du Pas- de- Ca­lais, pré­co­nise de te­nir compte de ce « ré­fé­ren­dum pour ou contre l’eu­ro » qu’au­rait, se­lon lui, consti­tué la pré­si­den­tielle. « Il faut gar­der exac­te­ment le même pro­gramme. La ligne de Ma­rine est ce qu’il nous faut », es­time au contraire le pa­tron du Front na­tio­nal de la jeu­nesse, Gaë­tan Dus­sau­saye. Beau­coup, en­fin, dans la mou­vance de Ni­co­las Bay, pré­co­nisent de par­ler le moins pos­sible de l’eu­ro et de mettre l’ac­cent sur l’iden­ti­té, la sé­cu­ri­té et l’im­mi­gra­tion.

Mais, ô sur­prise, même l’im­mi­gra­tion peut mettre le feu aux poudres au FN. Pas au der­nier bu­reau po­li­tique mais sur Twit­ter, à la suite des pro­pos de So­phie Mon­tel ré­cla­mant, non une im­mi­gra­tion mas­sive (!) mais un dis­cours plus hu­main sur le su­jet. Sur tous ces su­jets, per­sonne ne sait dans quel sens tran­che­ra Ma­rine Le Pen lors­qu’elle au­ra écou­té tout le monde. Son lea­der­ship n’est pas re­mis en cause mais elle reste af­fai­blie par son dé­bat d’entre-deux-tours face à Em­ma­nuel Ma­cron. La pré­si­dente du FN a eu mer­cre­di, sur BFMTV, un mot très fort pour évo­quer cet épi­sode, pro­non­çant par deux fois le même ad­jec­tif : « Noyée. »

SIPA PRESS Ma­rine Le Pen, nou­velle ve­nue sur les bancs de l’As­sem­blée na­tio­nale.

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