L’As­sem­blée na­tio­nale ver­sion « House of Bour­bon »

En à peine trois jours de lé­gis­la­ture, c’est dé­jà le feu à tous les étages. L’op­po­si­tion re­proche à LREM sa vo­lon­té hé­gé­mo­nique

L'Opinion - - Drame Budgétaire, Acte I - Caroline Vi­gou­reux @Ca­roVi­gou­reux

C’est dans une ten­sion ex­trême que les dé­pu­tés ont élu jeu­di les pré­si­dents des com­mis­sions per­ma­nentes de l’As­sem­blée na­tio­nale. Plu­sieurs dé­pu­tés, dont les UDI et ceux de La France in­sou­mise, ont an­non­cé qu’ils ne se ren­draient pas au Con­grès convo­qué par Em­ma­nuel Ma­cron lun­di à Ver­sailles. La ses­sion ex­tra­or­di­naire dé­bu­te­ra mar­di avec le dis­cours de po­li­tique gé­né­rale du Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe. LES VI­SAGES SONT CRIS­PÉS, jeu­di ma­tin, dans le bu­reau 9 de l’As­sem­blée na­tio­nale. Le groupe des Construc­tifs y tient sa réunion. Les dé­pu­tés UDI sont fu­rieux que l’élu LR des Hauts- de-Seine Thier­ry So­lère, fon­da­teur du groupe, se soit pré­sen­té à la ques­ture la veille sans les pré­ve­nir.

Ré­sul­tat, ce poste tra­di­tion­nel­le­ment ré­ser­vé à un membre de l’op­po­si­tion lui est re­ve­nu alors qu’eux-mêmes se dé­clarent « ma­cron­com­pa­tibles » : 306 dé­pu­tés ont vo­té pour lui – donc une bonne par­tie du groupe ma­cro­niste – et Eric Ciot­ti (LR) a vu la place lui pas­ser sous le nez. Lors de la réunion de groupe, Yves Jé­go prend la pa­role, Phi­lippe Vi­gier aus­si. L’an­cien pré­sident du groupe UDI perd ses nerfs. « Ce qu’il s’est pas­sé, plus ja­mais ! » bro­carde le dé­pu­té d’Eure-et-Loire. Deux dé­pu­tés LR, dont Laure de la Rau­dière, font aus­si sa­voir qu’ils n’ont pas ap­pré­cié la mé­thode. Le dé­pu­té de Seine-Saint-De­nis et pré­sident de l’UDI, Jean-Ch­ris­tophe La­garde, tente de tem­po­ri­ser.

Pro­blème, Thier­ry So­lère n’est pas pré­sent. « Il avait un ren­dez- vous pri­vé pré­vu de longue date, il n’est pas du genre à ne pas as­su­mer la con­fron­ta­tion », jus­ti­fie de­vant les autres le co­pré­sident LR du groupe, le dé­pu­té de Seine-et-Marne Frank Ries­ter, l’un des seuls à avoir été mis dans la confi­dence de la can­di­da­ture. « Ça n’a pas été violent mais les UDI ont clai­re­ment fait sa­voir qu’ils n’ac­cep­te­raient plus un nou­veau coup comme ça, c’est un vol de la ques­ture », rap­porte un par­ti­ci­pant.

« C’est triste. » Tous ont conve­nu de se réunir à nou­veau lun­di. Ils n’en sont pas en­core à la scis­sion mais tout de même. « Tout est pos­sible », es­time le dé­pu­té UDI, Yves Jé­go. Au sein de ce groupe, les cen­tristes sont en po­si­tion de force. Ils sont 16 UDI, donc en ca­pa­ci­té de faire leur propre groupe, quand les LR n’en ont pas les moyens (12 dé­pu­tés). « On est sur des plaques tec­to­niques, c’est triste » , glisse Phi­lippe Vi­gier en pas­sant dans un cou­loir de l’As­sem­blée. Face aux ca­mé­ras, Yves Jé­go parle d’une « opé­ra­tion per­son­nelle », d’un « tri­pa­touillage » . Voi­là une union qui com­mence bien mal.

Ain­si vont les choses de­puis mar­di au Pa­lais Bour­bon. Tout ce qui s’ap­pa­rente d’ha­bi­tude à une simple for­ma­li­té vire en quelques heures au psy­cho­drame. Comme l’élec­tion du pré­sident de la com­mis­sion des Fi­nances, jeu­di ma­tin. Ce poste est tra­di­tion­nel­le­ment ré­ser­vé au groupe d’op­po­si­tion ma­jo­ri­taire. Sauf qu’Eric Woerth, can­di­dat LR, était dé­fié par l’UDI Charles de Cour­son, membre des Construc­tifs. Il a fal­lu trois tours pour dé­par­ta­ger les pré­ten­dants. Et le dé­pu­té de l’Oise a fi­ni par être élu à la ma­jo­ri­té re­la­tive. Dé­jà mar­di, les dé­pu­tés étaient res­tés jus­qu’à mi­nuit dans l’hé­mi­cycle. L’élec­tion de Thier­ry So­lère un peu plus tôt avait mis le feu aux poudres. Entre les pré­si­dents de groupe, l’am­biance était dé­tes­table, les échanges amers. Même Jean-Luc Mé­len­chon ne s’at­ten­dait pas à tel cirque : « A mon âge, re­trou­ver une am­biance d’AG de l’Unef, je n’en re­viens pas. » Les Ré­pu­bli­cains ont choi­si de ne pas pré­sen­ter de can­di­dat à la vice-pré­si­dence pour pro­tes­ter. Bi­lan, les six vice-pré­si­dents sont is­sus de LREM ou de leur al­lié du MoDem alors que, sous la pré­cé­dente lé­gis­la­ture, deux postes de vice- pré­sident étaient re­ve­nus à l’op­po­si­tion.

La pers­pec­tive du Con­grès. Le bras de fer entre LREM et LR est ain­si en­ga­gé et pour le mo­ment, le groupe de Ch­ris­tian Ja­cob reste sur sa po­si­tion. « Il n’y a pas de vo­lon­té hé­gé­mo­nique mais un blo­cage. Si Les Ré­pu­bli­cains pré­sentent des can­di­dats, évi­dem­ment on se re­ti­re­ra » , as­sure la dé­pu­tée LREM Bar­ba­ra Pom­pi­li, fraî­che­ment élue jeu­di pré­si­dente de la com­mis­sion du dé­ve­lop­pe­ment du­rable. En at­ten­dant, les dé­pu­tés UDI Yves Jé­go et JeanCh­ris­tophe La­garde ont écrit au Conseil consti­tu­tion­nel pour dé­po­ser un re­cours. Alors que la ses­sion ex­tra­or­di­naire n’a pas com­men­cé, voi­là les Sages de la rue de Mont­pen­sier dé­jà sai­sis.

En à peine trois jours de lé­gis­la­ture, c’est dé­jà le feu à tous les étages du Pa­lais Bour­bon. A tous les postes clefs de l’As­sem­blée na­tio­nale, les pro­blèmes sont les mêmes : l’op­po­si­tion, d’où qu’elle vienne, re­proche à La Ré­pu­blique en marche une ten­ta­tion hé­gé­mo­nique. Un nou­veau re­bon­dis­se­ment est ve­nu ali­men­ter cette thèse : c’est fi­na­le­ment le dé­pu­té des Hautes-Alpes Joël Gi­raud qui se­ra rap­por­teur gé­né­ral du bud­get, alors que le dé­pu­té du Valde-Marne Laurent Saint-Mar­tin avait été dé­si­gné par les dé­pu­tés LREM pour être can­di­dat.

Mé­len­chon : « A mon âge, re­trou­ver une am­biance d’as­sem­blée gé­né­rale de l’Unef, je n’en re­viens pas »

Son re­trait sou­dain a fait dire à cer­tains au sein de La Ré­pu­blique en marche que Joël Gi­raud était bien le can­di­dat pré­fé­ré par Em­ma­nuel Ma­cron pour le poste.

Un peu plus d’une se­maine après l’ar­ri­vée des dé­pu­tés, le Pa­lais Bour­bon abrite une co­mé­die du pou­voir plus ro­ma­nesque que ja­mais. A l’As­sem­blée, c’est le coup de théâtre per­ma­nent. Les jour­na­listes osent à peine quit­ter la salle des Quatre co­lonnes de peur qu’un nou­veau psy­cho­drame éclate à tout mo­ment.

Le tout avec la pers­pec­tive im­mé­diate du Con­grès de Ver­sailles, qu’Em­ma­nuel Ma­cron a dé­ci­dé de réunir lun­di. Cer­tains dé­pu­tés UDI ont fait sa­voir qu’ils n’iraient pas. Jeu­di, c’est Jean-Luc Mé­len­chon, en­tou­ré des dé­pu­tés de La France in­sou­mise, qui an­non­çait son in­ten­tion de boy­cot­ter l’évé­ne­ment. Et de com­pa­rer Em­ma­nuel Ma­cron à un « mo­narque dé­jà gor­gé de pou­voirs » qui « se trans­forme en pha­raon ». Les ser­vices de l’As­sem­blée et du Sé­nat sont sur le pont pour or­ga­ni­ser la séance. Un agent tech­nique sou­pire : « La der­nière fois, avec Fran­çois Hol­lande, on l’avait or­ga­ni­sé en trente-six heures donc on peut bien le faire en trois jours ».

L’As­sem­blée na­tio­nale lors du dis­cours de Fran­çois de Ru­gy le 27 juin, après son élec­tion au per­choir. SIPA PRESS

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