La man­sué­tude de Bruxelles sous le feu des cri­tiques

L'Opinion - - Drame Budgétaire, Acte I - Isa­belle Mar­chais (à Bruxelles) @IMar­chais

COMPLAISANCE, NÉ­GLI­GENCE, NAÏVETÉ ? La Com­mis­sion eu­ro­péenne est poin­tée du doigt après le rap­port as­sas­sin de la Cour des Comptes sur les fi­nances pu­bliques fran­çaises. « Clai­re­ment, je lis l’at­ti­tude de la Com­mis­sion comme une at­ti­tude com­plai­sante en pé­riode élec­to­rale ; elle n’a pas vou­lu ajou­ter de l’eau au mou­lin de Ma­rine Le Pen et de Jean-Luc Mé­len­chon, es­time le co­pré­sident du groupe des Verts au Par­le­ment eu­ro­péen, Phi­lippe Lam­berts. Ce n’est pas sur­pre­nant si l’on dé­couvre que fi­na­le­ment les chiffres en France sont plus graves que pré­vu même si, ob­jec­ti­ve­ment, Em­ma­nuel Ma­cron a in­té­rêt à char­ger le bau­det pour pou­voir im­pu­ter la faute à l’ad­mi­nis­tra­tion pré­cé­dente ».

A sa dé­charge, la Com­mis­sion dé­pend des in­for­ma­tions et des chiffres que veulent bien lui trans­mettre les Etats membres. Le dé­bat sur la gou­ver­nance bud­gé­taire de Bruxelles n’est pas nou­veau. Les cri­tiques fusent à in­ter­valle ré­gu­lier, dans les pays du sud, qui dé­noncent un trai­te­ment dif­fé­ren­cié au bé­né­fice des plus grands, et plus en­core dans les pays du nord, dont l’or­tho­doxie bud­gé­taire s’ac­com­mode mal d’une lec­ture trop flexible du Pacte de sta­bi­li­té. Le pré­sident de l’Eu­ro­groupe, Je­roen Di­js­sel­bloem, a plu­sieurs fois dé­non­cé la man­sué­tude de Bruxelles à l’égard de la France, es­ti­mant que la zone eu­ro avait be­soin d’un « ar­bitre ob­jec­tif » . Même son de cloche au mi­nis­tère al­le­mand des Fi­nances, dont le puis­sant lo­ca­taire Wolf­gang Schäuble dé­nonce une lec­ture trop « po­li­tique » du Pacte.

Dé­lai. Il est vrai que la France a bé­né­fi­cié ces der­nières an­nées de plu­sieurs coups de pouce. Après un long dé­bat in­terne, la Com­mis­sion avait ac­cep­té en 2015 de lui don­ner un nou­veau dé­lai de deux ans, jus­qu’à fin 2017, pour faire pas­ser son dé­fi­cit sous le seuil des 3 % du PIB. Une dé­ci­sion ar­bi­trée par son pré­sident Jean-Claude Jun­cker, sou­cieux d’évi­ter une crise ma­jeure au sein de la zone eu­ro. Le hic est que la France est conti­nuel­le­ment hors des clous de­puis 2007, ce qui com­mence sé­rieu­se­ment à éner­ver ses par­te­naires. La sym­pa­thie dont bé­né­fi­cie Em­ma­nuel Ma­cron ne chan­ge­ra rien à l’af­faire. « Les pro­blèmes de la France doivent être ré­so­lus à Pa­ris », in­siste un eu­ro­dé­pu­té al­le­mand.

Au- de­là de sa vo­lon­té d’avoir une lec­ture plus éco­no­mique et in­tel­li­gente des règles, qui a ré­cem­ment bé­né­fi­cié ré­cem­ment à l’Es­pagne et au Por­tu­gal, la Com­mis­sion ne dit pas le contraire. Tout en ju­geant le pro­jet de loi de fi­nances 2017 « glo­ba­le­ment conforme » au Pacte, elle avait iden­ti­fié en no­vembre 2016 un cer­tain nombre de risques, comme la re­ca­pi­ta­li­sa­tion d’Are­va, et poin­té un ef­fort struc­tu­rel in­suf­fi­sant. Dans sa re­com­man­da­tion du 23 mai, elle in­siste en outre sur la double né­ces­si­té de conso­li­der les fi­nances pu­bliques et de me­ner à bien les ré­formes struc­tu­relles, no­tam­ment celle du mar­ché du tra­vail.

Le com­mis­saire aux af­faires éco­no­miques Pierre Mos­co­vi­ci mul­ti­plie quant à lui les mises en garde, ex­cluant tout nou­veau dé­lai, in­sis­tant sur la né­ces­si­té de re­ve­nir sous les 3 % dès cette an­née, et d’y res­ter de ma­nière du­rable. Dans ses der­nières pré­vi­sions, plus pes­si­mistes que celle du gou­ver­ne­ment sor­tant, Bruxelles ta­blait sur un dé­fi­cit de 3 % en 2017 et de 3,2 % en 2018, à po­li­tiques in­chan­gées. La Com­mis­sion veut croire que la France peut faire mieux. Il en va de la cré­di­bi­li­té du pays et de sa ca­pa­ci­té à pe­ser dans le dé­bat eu­ro­péen.

Le com­mis­saire aux Af­faires éco­no­miques Pierre Mos­co­vi­ci a ex­clu tout nou­veau dé­lai pour les pays de l’UE, in­sis­tant sur la né­ces­si­té de re­ve­nir sous les 3 % de dé­fi­cit bud­gé­taire. SIPA PRESS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.