Au Par­le­ment eu­ro­péen, le dé­part de Ma­rine Le Pen at­tise les ri­va­li­tés au sein du groupe ENL

L'Opinion - - Drame Budgétaire, Acte I - Isa­belle Mar­chais (à Bruxelles) @IMar­chais

BRANLE-BAS DE COM­BAT au sein du groupe po­li­tique Eu­rope des nations et des li­ber­tés (ENL) du Par­le­ment eu­ro­péen. Deux postes sont en train de se jouer. D’abord, la suc­ces­sion de Ma­rine Le Pen à la co­pré­si­dence (avec le Néer­lan­dais Mar­cel de Graaff ) du groupe fon­dé en juin 2015 par le Front na­tio­nal et ses al­liés de l’ex­trême droite eu­ro­péenne. Le vote n’au­ra pro­ba­ble­ment lieu que lors de la ses­sion de sep­tembre.

Dès lun­di, la ses­sion de juillet per­met­tra aux nou­veaux, Ch­ris­telle Le­che­va­lier et France Ja­met – qui prennent la place de Ma­rine Le Pen et Louis Aliot, élus à l’As­sem­blée na­tio­nale –, de prendre leurs marques. La pre­mière ques­tion à ré­gler se­ra de sa­voir si la co­pré­si­dence re­vient de nou­veau au FN. Pour les élus fron­tistes, c’est une évi­dence puis­qu’ils re­pré­sentent la dé­lé­ga­tion la plus nom­breuse, avec vingt eu­ro­dé­pu­tés sur les qua­rante que compte le groupe.

Mais cer­taines dé­lé­ga­tions, exas­pé­rées par les soup­çons ré­cur­rents de dé­tour­ne­ments de fonds et d’em­plois fic­tifs d’as­sis­tants par­le­men­taires, se­raient op­po­sées à l’élec­tion d’un élu fron­tiste. Ces luttes in­tes­tines cou­vaient de­puis long­temps mais avaient jus­qu’à pré­sent, été mises sous le bois­seau. « Ma­rine Le Pen te­nait tout le monde pen­dant les réunions de groupe. Main­te­nant qu’elle est par­tie, les choses bougent », ra­conte une source par­le­men­taire.

Si le FN garde sa co­pré­si­dence, comme c’est mal­gré tout le plus pro­bable, le choix pour­rait se faire entre un pro­fil po­li­tique, ce­lui de Ni­co­las Bay, et un pro­fil plus tech­nique, ce­lui d’Edouard Fer­rand. L’autre pro­fil hy­per­po­li­tique est ce­lui de Flo­rian Phi­lip­pot, tou­jours pré­sent puisque bat­tu aux lé­gis­la­tives de juin en Mo­selle. Il af­firme ce­pen­dant n’être pas in­té­res­sé par le poste et est d’ailleurs très peu as­si­du aux réunions du groupe.

Bi­lan mi­ti­gé. Deuxième pro­blème à ré­gler : ce­lui du se­cré­taire gé­né­ral du groupe, Lu­do­vic De Danne, bat­tu aus­si aux lé­gis­la­tives, dont le nom est as­so­cié à de nom­breuses af­faires qui courent sur son par­ti : mau­vaise uti­li­sa­tion des fonds eu­ro­péens, ac­cu­sa­tions de l’an­cienne at­ta­chée de presse du groupe ENL, Ma­rie- So­phie Bou­mard, qui parle de « tra­vail dis­si­mu­lé ». Cer­tains élus vou­draient le rem­pla­cer. Le groupe peine tou­jours à exis­ter, deux ans après avoir été lan­cé en grande pompe par Ma­rine Le Pen. Après une an­née de trac­ta­tions, cette der­nière avait pu réunir au moins vingt- cinq dé­pu­tés – ce qui n’était pas le plus dif­fi­cile quand on a soi- même vingt- quatre élus – ori­gi­naires d’au moins sept pays de l’UE – ce­la l’était beau­coup plus. Avoir un groupe po­li­tique au Par­le­ment eu­ro­péen per­met, outre les moyens ma­té­riels, d’ac­croître sa vi­si­bi­li­té po­li­tique, ce dont a lar­ge­ment pro­fi­té Ma­rine Le Pen, pas­sée maître dans l’art d’uti­li­ser une ins­ti­tu­tion qu’elle abhorre comme une tri­bune po­li­tique. Elle était d’ailleurs la seule re­pré­sen­tante fran­çaise au sein de la con­fé­rence des pré­si­dents de groupe.

Le bi­lan est très mi­ti­gé. Tout le monde re­con­naît que les élus FN sont beau­coup plus ac­tifs qu’ils ne l’étaient sous les pré­cé­dentes lé­gis­la­tures : ils sont pré­sents en com­mis­sion, se battent pour avoir des rap­ports, mul­ti­plient les ques­tions écrites et les pro­po­si­tions de ré­so­lu­tion, dé­posent de nom­breux amen­de­ments. Ils jouent aus­si de toutes les pré­ro­ga­tives que leur offre l’ap­par­te­nance à un groupe. « Ils uti­lisent toutes les fi­celles pour exis­ter. Mais ce­la n’a au­cun im­pact : ils sont ac­tifs mais ils ne sont pas ef­fi­caces. C’est sur­tout Ma­rine Le Pen qui mar­quait les es­prits », af­firme un bon connais­seur du Par­le­ment.

« En termes d’ar­gent et de postes, la créa­tion du groupe a tout chan­gé pour le FN. En termes d’ef­fi­ca­ci­té, c’est zé­ro »

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