En dif­fi­cul­té, fran­cein­fo re­voit ses fon­da­men­taux

Les di­ri­geants de l’au­dio­vi­suel pu­blic veulent que leur chaîne d’in­for­ma­tion at­teigne 0,6 % de part d’au­dience d’ici la fin de l’an­née

L'Opinion - - Vins D’été - Cy­ril La­car­rière @cy_­la­car­riere

Dix mois après son lan­ce­ment, la chaîne d’in­fo en conti­nu du ser­vice pu­blic n’a pas trou­vé son au­dience. Son mo­dèle, cal­qué sur les nou­velles écri­tures qui font leurs preuves sur In­ter­net, ap­pa­raît trop en dé­ca­lage avec les ha­bi­tudes des té­lé­spec­ta­teurs. Fran­cein­fo de­vrait pro­chai­ne­ment être ré­orien­tée pour rem­plir la mis­sion pre­mière d’une telle chaîne : in­for­mer. COM­MENT S’ALI­GNER SUR LES CODES d’une chaîne d’in­fo sans co­pier BFMTV, qui a tant ser­vi de contre-exemple aux pa­trons de l’au­dio­vi­suel pu­blic ? Del­phine Er­notte l’avait écrit dans son pro­jet stra­té­gique : cette chaîne ne se­rait « pas si­mi­laire à l’offre exis­tence » et « vi­se­ra à sor­tir de la dic­ta­ture de l’ur­gence ». Une am­bi­tion mise à mal par des ré­sul­tats dé­ce­vants et une an­tenne in­adap­tée aux règles de la té­lé­vi­sion.

Réunis en sé­mi­naire ven­dre­di der­nier, les équipes opé­ra­tion­nelles ont écou­té Her­vé Bru­si­ni, le di­rec­teur du nu­mé­rique et de la stra­té­gie de France Té­lé­vi­sions, leur faire état de son rap­port d’un mois d’ob­ser­va­tions in­ten­sives. « Il nous a dit que la chaîne n’est tout sim­ple­ment pas au ren­dez-vous de l’in­for­ma­tion en conti­nu, ré­sume un par­ti­ci­pant. Ce qui n’a sur­pris per­sonne car tout le monde est lu­cide. »

Si une sé­rie de me­sures d’au­diences ponc­tuelles, et non pu­bliées, en mai ont in­di­qué une pro­gres­sion – entre 0,4 et 0,5 % de parts d’au­dience –, ces ré­sul­tats sont en­core net­te­ment der­rière ceux de CNews et LCI, et à des an­nées­lu­mière de BFMTV, qui poin­tait sur le mois en­tier à 3,4%. Ger­main Da­go­gnet, le pa­tron de la par­tie té­lé, veut res­ter po­si­tif : « Nous avons pro­gres­sé et ce qui nous manque main­te­nant, ce sont des ren­dez-vous que nous de­vrons “mar­ke­ter” plus for­te­ment. » Mais plus que des mots, sa di­rec­tion veut des ré­sul­tats. Elle vient pour la pre­mière fois de lui fixer un ob­jec­tif d’au­dience : 0,6 % d’ici la fin de l’an­née. Les au­diences ne sont tou­te­fois pas les seuls points de ten­sion. « Le contrôle éditorial se fait a pos­te­rio­ri », sou­pire un cadre du groupe de té­lé­vi­sion, ci­tant en exemple un su­jet in­ti­tu­lé « Le Sé­nat est-il la pros­tate de la Ve Ré­pu­blique ? » peu goû­té par Gé­rard Lar­cher. La faute à une chaîne « sous- staf­fée » , ex­plique cette même source, qui dé­pen­drait trop de la ving­taine de jour­na­listes que lui « prêtent » les ré­dac­tions des chaînes du groupe.

Mi­chel Field par­ti – l’ex-di­rec­teur de l’in­for­ma­tion était un fa­rouche op­po­sant au « brea­king news » –, les par­ti­sans d’un chan­ge­ment de ligne de­vraient avoir les mains libres. « Nous de­vons être plus aptes à cas­ser l’an­tenne pour ne pas don­ner le sen­ti­ment qu’il ne se passe rien, es­time un des di­ri­geants de France Té­lé­vi­sions. Si nous n’avons pas in­té­rêt à nous “BFMi­ser”, il faut tra­vailler le rythme de notre an­tenne. »

Pas les mêmes règles. Une in­flexion de ligne édi­to­riale d’au­tant plus fa­cile à opé­rer que fran­cein­fo n’est pas su­jette aux mêmes règles strictes im­po­sées par le CSA à LCI. Au grand dam de ses concur­rents, dont l’un d’eux se navre « des pro­blèmes de concur­rence que pose cette ab­sence de contrôle alors que le CSA exerce une sur­veillance ac­crue des trois chaînes pri­vées ».

« La “BFMi­sa­tion” de notre an­tenne est une ca­ri­ca­ture de lan­gage, se dé­fend un par­ti­ci­pant au sé­mi­naire de fran­cein­fo. Qu’il existe des codes éta­blis­sant l’iden­ti­té d’une chaîne d’in­for­ma­tion, c’est une évi­dence, mais c’est à cha­cune en­suite de dé­ga­ger sa sin­gu­la­ri­té et je pense qu’il existe un es­pace pour le ser­vice pu­blic. » fran­cein­fo la ra­dio avait eu à gé­rer une si­tua­tion si­mi­laire, quand une suc­ces­sion de chro­niques avait pris le pas sur l’ac­tua­li­té chaude. A son ar­ri­vée en 2014, Laurent Gui­mier en avait sup­pri­mé la moi­tié pour re­ve­nir à l’ADN de la sta­tion. Son rem­pla­ce­ment par Vincent Gi­ret, en pro­ve­nance du Monde et an­cien pa­tron de la ré­dac­tion de France 24, où il a d’ailleurs tra­vaillé avec Sté­phane Du­bun, au­jourd’hui di­rec­teur de fran­cein­fo té­lé, pour­rait per­mettre d’ac­cen­tuer le poids de Ra­dio France dans le dis­po­si­tif glo­bal. D’au­tant que la ra­dio fran­cein­fo se porte à mer­veille. « Toute la ques­tion main­te­nant est de sa­voir qui va prendre la main sur cette chaîne », conclut un proche du dos­sier, ajou­tant dans un clin d’oeil que le fait que « Vincent Gi­ret tu­toie Em­ma­nuel Ma­cron peut être utile ».

Ger­main Da­go­gnet, di­rec­teur dé­lé­gué à l’in­for­ma­tion de France Té­lé­vi­sions en charge de fran­cein­fo. NA­THA­LIE GUYON/FTV

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