Ad­mis­sion post-bac : l’ob­jet ter­mi­nal d’un manque d’orien­ta­tion

« Le sys­tème, tel qu’il est or­ga­ni­sé ac­tuel­le­ment, est à mes yeux à bout de souffle, on en a la dé­mons­tra­tion cette an­née avec des chiffres fa­ra­mi­neux »

L'Opinion - - Vins D’été - Irène In­chaus­pé @iin­chauspe

Deux se­maines avant la der­nière phase d’ad­mis­sion post-bac, qui au­ra lieu le 14 juillet, le médiateur de l’édu­ca­tion na­tio­nale et de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur pro­pose des pistes d’amé­lio­ra­tion de la plate-forme. « NOUS AVONS OSÉ ABOR­DER APB », a dé­cla­ré Claude Bis­son-Vaivre, médiateur de l’Edu­ca­tion na­tio­nale et de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. Il pré­sen­tait jeu­di ma­tin son rap­port pour l’an­née 2016 dans le­quel ce sys­tème d’ad­mis­sion post­bac, pla­te­forme per­met­tant aux élèves de s’ins­crire dans l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur, était l’un des deux thèmes étu­diés (l’autre étant la sco­la­ri­sa­tion des élèves en si­tua­tion de han­di­cap).

Ce­la tom­bait plu­tôt bien, tant les couacs ont été nom­breux cette an­née. « Le sys­tème, tel qu’il est or­ga­ni­sé ac­tuel­le­ment, est à mes yeux à bout de souffle, on en a la dé­mons­tra­tion cette an­née avec ces chiffres fa­ra­mi­neux », a même dé­cla­ré le lun­di 26 juin, Fré­dé­rique Vi­dal, mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur sur RTL. Il res­tait alors 17 000 étu­diants qui n’avaient pas ob­te­nu leur pre­mier voeu (dans une fi­lière non sé­lec­tive), contre 26 000 dé­but juin, avait- elle in­di­qué. En ra­jou­tant qu’elle ne pou­vait ga­ran­tir que cha­cun trou­ve­ra une place dans la fi­lière de son choix mais elle pen­sait qu’on « peut y ar­ri­ver ».

Sur les 800 000 fu­turs ba­che­liers ayant en­tré leurs voeux sur APB, ce­la n’est certes pas énorme. « Si on en parle beau­coup plus cette an­née, c’est parce que des élèves de ly­cées pu­blics fa­vo­ri­sés n’ont pas eu ce qu’ils vou­laient, si­non, ce­la fe­rait moins de bruit » , dé­plore Maxime Le­grand, pré­sident du think tank Ré­vo­lu­tion Edu­ca­tive.

Dys­fonc­tion­ne­ments.

Le rap­port du médiateur concède que le sys­tème « a fait ses preuves puis­qu’il per­met à tout usa­ger de vi- sua­li­ser le foi­son­ne­ment de l’es­sen­tiel des for­ma­tions qui s’offrent à lui ». Tou­te­fois, Claude Bis­son-Vaivre a aus­si af­fir­mé qu’il ne pou­vait « igno­rer les dys­fonc­tion­ne­ments en­re­gis­trés lors des pro­cé­dures cette an­née ».

Le médiateur a « vou­lu cer­ner les fon­de­ments de la contes­ta­tion » en se ba­sant sur les sai­sines qu’il a re­çues en 2016. Pour lui, le « sys­tème fonc­tionne mais n’a pas été adap­té à l’aug­men­ta­tion des ef­fec­tifs ». Celle-ci est si­gni- fi­ca­tive, puis­qu’en 2015 les can­di­dats à la pour­suite d’études su­pé­rieures étaient 739 626, et 761 659 en 2016. Il n’y a donc eu au­cune ges­tion de la courbe dé­mo­gra­phique.

« ABP n’a pas été non plus pa­ra­mé­tré de fa­çon in­tel­li­gente, pas pour ai­der le ba­che­lier à faire ses choix, mais plu­tôt comme s’il s’agis­sait de prendre un billet de train », es­time aus­si Maxime Le­grand. Claude Bis­son-Vaivre a pro­po­sé des me­sures pour amé­lio­rer le sys­tème APB. Il pro­pose d’in­té­grer de nou­velles for­ma­tions (écoles pri­vées, Pa­ris Dau­phine…) dans le sys­tème APB « pour tendre à l’ex­haus­ti­vi­té ». « Il faut pou­voir ob­te­nir de ces for­ma­tions qu’elles fassent connaître la liste de leurs étu­diants, ce qui per­met­trait de li­bé­rer les places ra­pi­de­ment et de sa­tis­faire les autres plus vite », pour­suit-il.

« Dans le sys­tème sco­laire fran­çais, il n’y a pas de vé­ri­table orien­ta­tion, ce qui est cri­mi­nel. Aux Etats-Unis, il existe des for­ma­tions de ni­veau mas­ter en édu­ca­tion »

Per­ma­nences pen­dant l’été.

Il es­time aus­si qu’il faut in­vi­ter les pa­rents d’élèves à ve­nir dans les éta­blis­se­ments pour maî­tri­ser l’ou­til APB afin qu’ils en com­prennent la lo­gique… En­fin, il juge que « le ser­vice pu­blic doit as­su­rer des per­ma­nences même pen­dant l’été » afin de ré­pondre aux an­goisses des pa­rents et des fu­turs étu­diants. Une qua­si-ré­vo­lu­tion.

Toutes ces amé­lio­ra­tions ne per­met­tront pas de ré­soudre le pro­blème de fond. « APB n’a plus de sens s’il n’est pas l’ob­jet ter­mi­nal d’un pro­ces­sus d’orien­ta­tion ac­tive » , a concé­dé Claude Bis­son-Vaivre. On pour­ra tou­jours amé­lio­rer la plate- forme, chan­ger d’al­go­rithme, rendre tout ce­la plus trans­pa­rent : si rien n’est fait en amont pour amé­lio­rer l’orien­ta­tion des élèves, le sys­tème risque tou­jours d’être une gare de triage de voeux in­ac­ces­sibles.

« Dans le sys­tème sco­laire fran­çais, on peut dire qu’il n’y a pas de vé­ri­table orien­ta­tion, ce qui est cri­mi­nel, ac­cuse Maxime Le­grand. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Qué­bec, il existe des for­ma­tions de ni­veau mas­ter en édu­ca­tion dans les­quels on peut se spé­cia­li­ser dans l’orien­ta­tion, un su­jet qui fait l’ob­jet dans ces pays de nom­breuses re­cherches. » Il se­rait certes dif­fi­cile de mettre un tel pro­fes­sion­nel der­rière chaque élève. Mais plu­tôt qu’une ré­forme du bac, il se­rait sans doute plus ju­di­cieux de ré­flé­chir à ce su­jet cru­cial.

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