Na­tion F

Em­ma­nuel Combe

L'Opinion - - Vins D’été - @em­ma­nuel­combe

APRÈS LE SUC­CÈS du sa­lon Vi­va­tech, Pa­ris inau­gure Sta­tion F, le plus grand cam­pus de start-up au monde, ini­tié par Xa­vier Niel. Cet en­goue­ment pour les jeunes pousses est-il vrai­ment jus­ti­fié sur un plan éco­no­mique ?

A vrai dire, pour un pays dé­ve­lop­pé, le se­cret de la crois­sance ré­side au­jourd’hui dans les gains de pro­duc­ti­vi­té, c’est-à-dire dans sa ca­pa­ci­té à pro­duire tou­jours plus ef­fi­ca­ce­ment. Ces gains ne tombent pas du ciel : ils ré­sultent de fac­teurs bien connus, tels que le ni­veau d’édu­ca­tion de la po­pu­la­tion, l’in­ves­tis­se­ment en R&D ou bien en­core la qua­li­té des ins­ti­tu­tions. Mais une autre va­riable s’est in­vi­tée dans l’équa­tion : le re­nou­vel­le­ment des en­tre­prises.

En ef­fet, si l’on en croit plu­sieurs études em­pi­riques sur des don­nées amé­ri­caines, l’en­trée et l’es­sor de nou­velles pousses, plus ef­fi­caces, viennent do­per la pro­duc­ti­vi­té, et ce d’au­tant qu’elles in­citent les en­tre­prises en place, me­na­cées par l’ar­ri­vée de ces jeunes dis­rup­teurs, à ré­agir en étant à leur tour plus per­for­mantes, au risque si­non de dé­cli­ner. Bref, dans un monde de « des­truc­tion créa­trice », le dy­na­misme en­tre­pre­neu­rial consti­tue­rait un le­vier cru­cial de per­for­mance ma­croé­co­no­mique.

Dans ce contexte, il de­vient stra­té­gique pour un pays de fa­vo­ri­ser non seule­ment la créa­tion d’en­tre­prises – plus de 550 000 ont vu le jour en France en 2016 – mais aus­si et sur­tout de per­mettre à ces jeunes pousses de de­ve­nir ra­pi­de­ment de nou­veaux géants. Pour ju­ger du dy­na­misme d’une éco­no­mie, c’est donc plus l’âge moyen des en­tre­prises que leur taille qui im­porte : une éco­no­mie com­po­sée ex­clu­si­ve­ment de géants d’hier ou d’une mul­ti­tude de PME an­ciennes se­ra moins pro­pice aux gains de pro­duc­ti­vi­té qu’une éco­no­mie faite d’en­tre­prises jeunes mais en forte ex­pan­sion.

La py­ra­mide des âges des grandes en­tre­prises consti­tue à cet égard un in­di­ca­teur utile : com­pa­ra­ti­ve­ment aux Etats-Unis, où Uber, Tes­la ou Twit­ter n’exis­taient pas il y a quinze ans, les nou­veaux géants se comptent dans notre pays sur les doigts de la main. Pour s’en convaincre, il suf­fit par exemple de je­ter un coup d’oeil sur la com­po­si­tion de notre CAC 40 : l’en­tre­prise la plus jeune de l’in­dice, Sa­no­fi, est née en… 1973.

Mais la dy­na­mique en­tre­pre­neu­riale d’un pays ne se dé­crète pas : elle ré­sulte d’une sub­tile al­chi­mie, dans la­quelle le fac­teur hu­main joue le rôle cen­tral. Du cô­té des sa­la­riés, la tur­bu­lence éco­no­mique ne se­ra ac­cep­table so­cia­le­ment que si elle ne joue pas contre eux : la for­ma­tion ini­tiale et conti­nue doit per­mettre d’ac­com­pa­gner les tran­si­tions des sa­la­riés d’un em­ploi à l’autre, d’une en­tre­prise à l’autre, d’un sec­teur à l’autre. L’adage « Pro­té­geons les tra­vailleurs plu­tôt que les em­plois » n’a ja­mais pris au­tant de sens. Du cô­té des créa­teurs d’en­tre­prise, la ca­pa­ci­té à faire ve­nir ou re­ve­nir en France les nom­breux ta­lents par­tis ten­ter leur chance outre-At­lan­tique ou ailleurs se­ra éga­le­ment dé­ci­sive. A l’heure où les Etats-Unis s’in­ter­rogent sur leur ca­pa­ci­té à re­nou­ve­ler leur tis­su in­dus­triel – se­lon une étude de la Broo­king Ins­ti­tu­tion, l’éco­no­mie amé­ri­caine se­rait de­ve­nue moins « en­tre­pre­neu­riale » de­puis 2006, avec une chute mar­quée du taux d’en­trée des nou­velles en­tre­prises – notre pays dis­pose au­jourd’hui d’une for­mi­dable op­por­tu­ni­té pour de­ve­nir le nou­vel el­do­ra­do des start-up. Ten­tons notre chance !

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