G20 : Is­tan­bul, par­te­naire dé­li­cat de Ber­lin

Le gou­ver­ne­ment al­le­mand a in­ter­dit à Er­do­gan d’or­ga­ni­ser un grand mee­ting outre-Rhin

L'Opinion - - Vins D’été - Luc An­dré (à Ber­lin)

An­ge­la Mer­kel a pro­mis jeu­di de pla­cer le libre- échange et la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques au coeur du pro­chain sommet du G20, qui se tien­dra à Ham­bourg les 7 et 8 juillet. S’ex­pri­mant de­vant le Bun­des­tag, la chan­ce­lière al­le­mande a, sans men­tion­ner le nom de Do­nald Trump, ou­ver­te­ment dé­fié la po­li­tique « Ame­ri­ca First » du pré­sident amé­ri­cain. LES PRÉ­PA­RA­TIFS DU G20 ne vont pas ai­der à com­bler le fos­sé gran­dis­sant entre Ber­lin et An­ka­ra. En amont du sommet de Ham­bourg, pré­vu les 7 et 8 juillet, le ton est à nou­veau mon­té entre les deux ca­pi­tales. Le pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan sou­hai­tait pro­fi­ter de son pas­sage en Al­le­magne pour convier l’im­por­tante com­mu­nau­té turque à une réunion pu­blique de grande en­ver­gure.

Mais le gou­ver­ne­ment d’An­ge­la Mer­kel ne l’en­tend pas de cette oreille. « Nous n’avons pas as­sez de forces de sé­cu­ri­té au­tour du G20 », a fait va­loir le chef de la di­plo­ma­tie Sig­mar Ga­briel, re­pre­nant l’ar­gu­ment, un brin fal­la­cieux, uti­li­sé au prin­temps pour em­pê­cher cer­tains res­pon­sables turcs de faire cam­pagne dans le pays pour la ré­forme consti­tu­tion­nelle. « En rai­son de la si­tua­tion conflic­tuelle ac­tuelle avec la Tur­quie, ce ne se­rait pas op­por­tun », a ajou­té le mi­nistre, plus sin­cère sur les rai­sons du re­fus.

Les re­la­tions entre Ber­lin et An­ka­ra sont ora­geuses de­puis de longs mois. L’Al­le­magne vient de dé­ci­der le re­trait de ses troupes de la base d’In­cir­lik, ac­tives au sein de la coa­li­tion an­ti-Daech, faute de droit de vi­site pour ses dé­pu­tés. La Tur­quie se venge de la re­con­nais­sance du gé­no­cide ar­mé­nien par le Bun­des­tag. Les res­pon­sables al­le­mands s’in­quiètent ou­ver­te­ment de la dé­rive au­to­ri­taire du pré­sident Er­do­gan. Il a fait sur­veiller ses op­po­sants jusque dans les mos­quées de la Ré­pu­blique fé­dé­rale. Les mil­liers d’ar­res­ta­tions ar­bi­traires sont in­car­nées outre-Rhin par le cas du jour­na­liste ger­ma­no-turc De­niz Yü­cel, dé­te­nus à l’iso­le­ment de­puis quatre mois sans acte d’ac­cu­sa­tion. En re­tour, An­ka­ra ac­cuse Ber­lin de sym­pa­thie pour les put­schistes de juillet 2016 ou de « sou­te­nir le terrorisme » kurde.

La fer­me­té de la ré­ponse de Sig­mar Ga­briel, sou­te­nu par la chan­cel­le­rie, n’est pas étran­gère à la cam­pagne des lé­gis­la­tives du 24 sep­tembre. Le chef de file du SPD Mar­tin Schulz a lit­té­ra­le­ment sou­le­vé la salle avec une ti­rade an­ti-Er­do­gan à Dort­mund di­manche, lors de la pré­sen­ta­tion de son pro­gramme. C’était même le point d’orgue d’une in­ter­ven­tion un peu em­prun­tée. Ce po­si­tion­ne­ment cri­tique fait consen­sus dans la classe po­li­tique al­le­mande, des conser­va­teurs à la gauche ra­di­cale.

L’Al­le­magne veut d’au­tant moins don­ner une tri­bune à l’homme fort du Bos­phore que ce der­nier a pro­fi­té de ses der­nières ap­pa­ri­tions à Co­logne, Karls­ruhe ou Ber­lin, pour cri­ti­quer la po­li­tique al­le­mande. La grande coa­li­tion veut même fer­mer la porte dé­fi­ni­ti­ve­ment à ces prises de pa­roles. La so­lu­tion est sur me­sure : seuls les di­ri­geants d’un pays de l’UE se­ront à l’ave­nir au­to­ri­sés à s’ex­pri­mer en pu­blic de­vant leurs res­sor­tis­sants. Les autres pour­ront se re­plier sur les re­pré­sen­ta­tions di­plo­ma­tiques.

Pas sûr que cette Lex Er­do­gan adou­cisse le cli­mat d’un G20 qui s’an­nonce dé­jà hou­leux avec l’ad­mi­nis­tra­tion Trump. L’ac­cré­di­ta­tion des gardes du corps des chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment avait dé­jà don­né lieu à une pe­tite passe d’armes en cou­lisse. La di­plo­ma­tie al­le­mande a re­to­qué plu­sieurs membres de la dé­lé­ga­tion pré­si­den­tielle turque im­pli­qués dans des échauf­fou­rées de­vant l’am­bas­sade de Tur­quie à Wa­shing­ton. Ces of­fi­ciers de sé­cu­ri­té avaient ros­sé des ma­ni­fes­tants kurdes en pleine rue et sont vi­sés par un man­dat d’ar­rêt in­ter­na­tio­nal. Le chef de la po­lice de Ham­bourg a pré­ve­nu qu’il ne to­lé­re­rait au­cune scène si­mi­laire. Pour ne rien ar­ran­ger, le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de la ville han­séa­tique a in­ter­dit une ma­ni­fes­ta­tion pro-Er­do­gan pen­dant le G20, pour des mo­tifs de sé­cu­ri­té.

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