« HNA est prêt à étu­dier tous les dos­siers qui se pré­sentent et à in­ves­tir da­van­tage en France »

Adam Tan (HNA): « S’il y a des op­por­tu­ni­tés pour en­trer au ca­pi­tal d’ADP, nous les exa­mi­ne­rons. Une par­ti­ci­pa­tion mi­no­ri­taire aux cô­tés d’autres ac­tion­naires im­por­tants dont l’Etat n’est pas un obs­tacle »

L'Opinion - - La Fabrique De L'opinion - Re­naud Bel­le­ville et Mu­riel Motte @re­naud­bell­ville @mu­riel­motte

HNA est un groupe pri­vé chi­nois qui re­ven­dique 150 mil­liards de dol­lars d’ac­tifs. Il réa­lise près de la moi­tié de son chiffre d’af­faires en de­hors de Chine et em­ploie 300 000 per­sonnes à l’étran­ger – dont 11 000 en France – sur un to­tal de 410 000 sa­la­riés. Pré­sent au ca­pi­tal de Pierre et Va­cances, HNA Group a ra­che­té 49 % de Ser­vair à Air France et dé­tient 48 % d’Aigle Azur. Adam Tan, CEO et vice-pré­sident, dé­voile ses am­bi­tions.

HNA a réa­li­sé des in­ves­tis­se­ments tous azi­muts ces der­nières an­nées. Quelle est votre stra­té­gie ?

Notre stra­té­gie est claire et re­pose sur des in­ves­tis­se­ments dans trois sec­teurs prio­ri­taires : l’avia­tion et le tou­risme, la lo­gis­tique et les ser­vices fi­nan­ciers. Notre vi­sion est d’en­vi­sa­ger le voyage comme une ex­pé­rience glo­bale de la plus haute qua­li­té avec tous les ser­vices que ce­la im­plique d’of­frir aux clients. Notre flotte aé­rienne compte plus de 1 250 avions et nous conti­nuons de nous dé­ve­lop­per dans le trans­port afin d’être pré­sent à tous les ni­veaux de la chaîne de va­leur. Nous vou­lons ac­com­pa­gner les Chi­nois et les Eu­ro­péens dans leurs voyages, quand ils prennent l’avion, uti­lisent les ser­vices à bord ou dans les aé­ro­ports, font du shop­ping, se dis­traient ou sé­journent dans des hô­tels. C’est pour­quoi, en de­hors de nos 20 com­pa­gnies aé­riennes, nous avons in­ves­ti dans des so­cié­tés de lea­sing qui louent les avions, ain­si que des pres­ta­taires comme Swis­sport, Ser­vair ou Ga­teGour­met. En de­hors de nos com­pa­gnies chi­noises, nous sommes pré­sents chez Vir­gin Aus­tra­lia et chez le bré­si­lien Azul, avec le­quel nous par­ta­geons le co-contrôle du por­tu­gais TAP. En France, nous avons aus­si dé­ve­lop­pé un solide par­te­na­riat com­mer­cial avec Aigle Azur.

Sou­hai­tez-vous qu’Aigle Azur se dé­ve­loppe au-de­là de ses lignes avec le Por­tu­gal, l’Al­gé­rie et l’Afrique ?

Je veux ac­croître l’ac­ti­vi­té d’Aigle Azur, par­ti­cu­liè­re­ment à l’in­té­rieur de l’Eu­rope. Dans le fu­tur, cette com­pa­gnie va de plus en plus co­opé­rer avec TAP. En­suite, dès que nous au­rons les au­to­ri­sa­tions né­ces­saires, notre ob­jec­tif est d’ou­vrir des lignes di­rectes vers la Chine. Avec notre par­te­naire GoFast, nous vou­lons de­ve­nir un ac­teur ma­jeur du tra­fic aé­rien entre la France et la Chine. Pour y par­ve­nir, nous nous ap­puyons donc en ef­fet sur Aigle Azur, seule com­pa­gnie fran­çaise en de­hors d’Air France. Elle doit être très ac­tive dans ce do­maine. Au­jourd’hui, elle pos­sède 11 Air­bus et la taille de sa flotte doit dou­bler. Cet ac­crois­se­ment de la flotte et de son ac­ti­vi­té crée­ra ain­si des em­plois en France. Grâce à notre fi­liale, nu­mé­ro trois mon­dial du lea­sing aé­ro­nau­tique, nous pou­vons aus­si créer des sy­ner­gies avec Aigle Azur en l’ai­dant à louer de nou­veaux ap­pa­reils.

Vous pos­sé­dez des aé­ro­ports en Chine, en Al­le­magne et vous êtes en né­go­cia­tion pour de­ve­nir ac­tion­naire de ce­lui de Rio au Bré­sil. Se­riez-vous in­té­res­sé par une par­ti­ci­pa­tion dans ADP Aé­ro­ports de Pa­ris ?

J’ai une confiance to­tale dans l’éco­no­mie fran­çaise et en son po­ten­tiel de dé­ve­lop­pe­ment. Nous sommes prêts à étu­dier tous les dos­siers qui se pré­sentent et à in­ves­tir da­van­tage en France. S’il y a des op­por­tu­ni­tés pour en­trer au ca­pi­tal d’ADP, nous les exa­mi­ne­rons at­ten­ti­ve­ment. Et si les condi­tions sont at­trayantes, l’éven­tua­li­té d’une par­ti­ci­pa­tion mi­no­ri­taire aux cô­tés d’autres ac­tion­naires im­por­tants dont l’Etat, n’est pas un obs­tacle. Avec sa doc­trine « one belt, one road » (« une cein­ture, une route ») Pé­kin cherche à rap­pro­cher la Chine des mar­chés eu­ro­péens. Le gou­ver­ne­ment nous ap­porte donc son sou­tien quand nous in­ves­tis­sons à l’étran­ger et je n’ai pas de doute sur le fait qu’il nous sou­tien­dra si nous fai­sons de nou­veaux in­ves­tis­se­ments en France.

Les Eu­ro­péens ont été sur­pris de vous voir de­ve­nir le pre­mier ac­tion­naire de Deutsche Bank alors que vous êtes sur­tout connu pour vos ac­ti­vi­tés aé­riennes…

HNA Group réa­lise un tiers de son chiffre d’af­faires et 50 % de ses bé­né­fices dans les ser­vices fi­nan­ciers. Nous pos­sé­dons des li­cences de plein exer­cice en Chine dans la banque, les ac­ti­vi­tés de mar­chés, le lea­sing, l’as­su­rance-vie et l’as­su­rance dom­mage. Nous avons une ex­per­tise solide dans cha­cun de ces do­maines. En­trer au ca­pi­tal de Deutsche Bank était un pro­lon­ge­ment na­tu­rel de nos in­ves­tis­se­ments, en par­ti­cu­lier à un mo­ment où les condi­tions étaient fa­vo­rables à cette prise de par­ti­ci­pa­tion. Notre in­ves­tis­se­ment s’avère d’ailleurs dé­jà pro­fi­table. Pour moi, la France et l’Al­le­magne sont les deux leaders de l’Union eu­ro­péenne. J’ai toute confiance dans leur ave­nir. En in­ves­tis­sant dans Deutsche Bank, nous ex­pri­mons notre confiance dans l’ave­nir de l’Eu­rope.

La fré­né­sie d’in­ves­tis­se­ments à l’étran­ger des grands groupes chi­nois a sem­blé ré­cem­ment pré­oc­cu­per le gou­ver­ne­ment de Pé­kin…

Nous sui­vons les orien­ta­tions stra­té­giques de notre pays en la ma­tière. Ce­la fait de nom­breuses an­nées que la Chine et ses so­cié­tés in­ves­tissent à l’étran­ger. In­ves­tir, me­ner des opé­ra­tions de fu­sions-ac­qui­si­tions hors des fron­tières ce sont les prio­ri­tés du gou­ver­ne­ment à tra­vers la po­li­tique « one belt, one road ». Nous ve­nons d’ailleurs d’ob­te­nir son au­to­ri­sa­tion pour bou­cler le ra­chat de l’aé­ro­port de Rio. Les au­to­ri­tés sou­tiennent clai­re­ment la po­li­tique d’in­ves­tis­se­ment de groupes comme le nôtre.

Quel mon­tant avez-vous dé­jà in­ves­ti à l’étran­ger ?

Au cours des deux der­nières an­nées nous avons in­ves­ti l’équi­valent de 30 mil­liards de dol­lars hors de Chine dans des en­tre­prises par­mi les meilleures de leurs sec­teurs. Ce­la nous a per­mis de de­ve­nir ce que nous vou­lions être, à sa­voir le lea­der dans nos do­maines d’ac­ti­vi­té. Ce sont des opé­ra­tions que nous avons fi­nan­cées par cré­dit ban­caire, mais l’es­sen­tiel de nos fi­nan­ce­ments n’est pas ve­nu de Chine. Ce sont nos banques par­te­naires à l’étran­ger telles que JP Mor­gan, UBS, Bar­clays ou en­core Mor­gan Stan­ley qui nous font confiance, et nous ac­com­pagnent au­jourd’hui dans notre dé­ve­lop­pe­ment. Ce sont elles qui as­surent les 2/3 de nos be­soins de ca­pi­taux.

Toutes ces ac­qui­si­tions n’ont-elles pas fra­gi­li­sé votre bi­lan ?

Bien au contraire, avec un ra­tio d’en­det­te­ment de 58,4 %, son plus bas ni­veau de­puis sept ans, nous fai­sons plu­tôt fi­gure de bon élève. Nous avons crû ra­pi­de­ment ces der­nières an­nées, mais les banques étran­gères et des fonds d’in­ves­tis­se­ment lo­caux nous ont ap­por­té les ca­pi­taux né­ces­saires. Nous avons en­core ré­cem­ment ob­te­nu un prêt non ga­ran­ti de 300 mil­lions de dol­lars de la banque Mor­gan Stan­ley. Ce se­rait in­en­vi­sa­geable si nous n’avions pas un bi­lan solide et des re­la­tions de confiance avec la com­mu­nau­té fi­nan­cière in­ter­na­tio­nale.

Vous êtes pré­sents dans trois sec­teurs. En­vi­sa­gez-vous d’in­ves­tir dans d’autres do­maines ?

Bien sûr ! Tout ce qui concerne l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, le cloud, l’In­ter­net des ob­jets, consti­tue un vaste champ de dé­ve­lop­pe­ment pour HNA. Nous avons d’ailleurs dé­jà mis sur pied une struc­ture spé­ci­fique, HNA Tech­no­lo­gy. La ques­tion est de sa­voir si nous sommes ca­pables de dis­rup­tions in­no­vantes dans les nou­velles tech­no­lo­gies, en ma­tière de san­té par exemple. Dans ce do­maine, les évo­lu­tions sont épous­tou­flantes et je suis cer­tain que nous n’en sommes qu’aux pré­mices ! Je suis al­lé au Mi­cro­soft CEO Sum­mit le mois der­nier où a été pré­sen­té un chien élec­tro­nique do­té d’une in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, ca­pable de dé­tec­ter à l’odeur des pro­blèmes de san­té chez les hu­mains. Nous sai­si­rons toutes les op­por­tu­ni­tés pour de­ve­nir un ac­teur clé de ces sec­teurs d’ave­nir.

En­vi­sa­gez-vous des sy­ner­gies dans votre pôle hô­te­lier entre l’es­pa­gnol NH, l’amé­ri­cain Carl­son, Hil­ton et Pierre et Va­cances ?

Dif­fé­rentes formes de sy­ner­gies sont pos­sibles entre ces en­seignes ain­si qu’avec notre pôle tou­ris­tique pour tou­jours mieux ser­vir les 100 mil­lions de pas­sa­gers trans­por­tés par nos com­pa­gnies aé­riennes, les di­zaines de mil­lions de pas­sa­gers qui uti­lisent nos aé­ro­ports ou tous ceux qui ont re­cours à nos com­pa­gnies d’as­su­rances. Nous sommes en train de mettre sur pied des offres com­plé­men­taires. Par exemple, ceux qui uti­lisent notre ser­vice de trans­port aé­rien pri­vé sur Boeing 787 entre Hong­kong et Rome peuvent bé­né­fi­cier d’offres avan­ta­geuses dans un hô­tel de luxe de cette ville.

Cer­tains pointent le manque de trans­pa­rence de la so­cié­té HNA…

Nous sommes sur­tout mé­con­nus. Nous sommes nés il y a 24 ans, ce­la peut pa­raître en­core jeune pour un groupe comme le nôtre et nous sommes plei­ne­ment en­ga­gés à mieux nous faire connaître, en par­ti­cu­lier dans les mar­chés où nous in­ves­tis­sons et créons des em­plois. Nous sommes aus­si très at­ta­chés à la contri­bu­tion so­cié­tale de HNA Group. Le meilleur exemple en est notre struc­ture d’ac­tion­na­riat : la hol­ding est contrô­lée de­puis le dé­but par une fon­da­tion qui en est l’ac­tion­naire ma­jo­ri­taire. Les membres du top ma­na­ge­ment ne dé­tiennent que l’usu­fruit de leurs ac­tions puis­qu’à l’oc­ca­sion du 20e an­ni­ver­saire de notre so­cié­té, nous nous sommes tous en­ga­gés à ce que nos titres re­viennent à la

fon­da­tion à notre dé­cès.

« En­trer au ca­pi­tal de Deutsche Bank était un pro­lon­ge­ment na­tu­rel de nos in­ves­tis­se­ments, en par­ti­cu­lier à un mo­ment où les condi­tions étaient fa­vo­rables à cette prise de par­ti­ci­pa­tion »

DR

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