Scru­pule

L'Opinion - - La Fabrique De L'opinion - Jean-Ber­nard Ma­ges­cas

JE SUIS EN PLEINE CRISE SCRUPULEUSE. Je n’ai rien fait de mal mais tout de même, au­tant de plai­sirs en quelques jours, c’est in­dé­cent. J’en ai des scru­pules. Si c’était un symp­tôme, j’au­rais des plaques rouges par­tout sur le corps, des points blancs sur le nez, et plein de pel­li­cules, mais je n’ai rien. Mes scru­pules ne pro­voquent au­cune ré­ac­tion phy­sique ; je me de­mande même si je n’ai pas em­bel­li. La rai­son de mon tour­ment ? Un voyage mer­veilleux à Por­to, avec force ri­go­lades, vins de concours, dé­jeu­ner sous la ton­nelle, fes­ta (fête en por­tu­gais) de la São João (Saint-Jean en por­tu­gais). La Saint-Jean m’évoque les poires dé­li­cieuses à la peau verte un peu gra­nu­leuse, si ju­teuses, de quand j’étais pe­tit. Dans la nuit du 23 au 24 juin, Por­to se trans­forme en gi­gan­tesque champ de ba­taille où cha­cun va ar­mé d’un mar­teau mou en ca­ou­tchouc in­of­fen­sif qui fait « pouic ! » quand on l’abat sur la tête du pre­mier ve­nu.

Je n’au­rais rien connu de tout ce­la, en tout cas pas cette an­née, si je n’avais été in­vi­té à dé­bou­ler par l’un des êtres les plus ex­tra­or­di­naires que je connaisse : Georges Dos San­tos.

Com­pa­gnons de bor­dée. Avec un blase pa­reil vous al­lez pen­ser qu’il fut mon lo­cal de l’étape mais non, il est Lyon­nais. Georges tient dans la ca­pi­tale des Gaules un éta­blis­se­ment, « An­tic Wine », cave à vins de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale. Re­nom­mée qui doit au­tant à sa per­son­na­li­té de feu, ses connais­sances en­cy­clo­pé­diques en ma­tière oe­no­lo­gi­co-vi­neuse et au dy­na­mi­tage de soi­rées dont il est un spé­cia­liste re­con­nu, qu’à l’éten­due et la pro­fon­deur de sa cave. Nous sommes pé­rio­di­que­ment, mais trop ra­re­ment, com­pa­gnons de bor­dée. La pre­mière fois que je l’ai ren­con­tré, j’ai sai­si le livre de cave de huit ki­los et six-cents grammes du res­tau­rant dans le­quel nous dé­jeu­nions et, pris d’une ins­pi­ra­tion mi­ra­cu­leuse, j’ai crié « Georges ! » et le lui ai en­voyé en dia­go­nale par-des­sus la table. Il l’a re­çu fa­çon rug­by et pour un peu il était ca­ta­pul­té avec le bou­quin par la fe­nêtre du cin­quième étage de cet éta­blis­se­ment qui donne sur Notre-Dame-de-Pa­ris. On a bien ri.

Re­ve­nons à Por­to, au Pro­va exac­te­ment, l’éta­blis­se­ment lieu de notre sé­mi­naire de per­fec­tion­ne­ment. Nous y avons bu de for­mi­dables vins is­sus des vignes de Dirk Nie­poort. Pas seule­ment les por­tos épa­tants dont sa fa­mille est l’une des plus cé­lèbres pro­duc­trices mais des vins blancs dont l’un, le Re­do­ma Bran­co, que nous avons bu en 2015, est ab­so­lu­ment né­ces­saire, obli­ga­toire, dans la cave de l’homme et de la femme d’ac­tion. Nos amis Nie­poort disent qu’il se­rait idéal avec « dif­fé­rents types de pois­sons grillés, viandes blanches et, en sug­ges­tions vé­gé­ta­riennes, avec des pâtes au fro­mage. » Lais­sez-moi rire ! Ce vin crie « co­chon ! Por­ce­let ! Ter­rine ! ».

J’ar­rive au terme de cette chro­nique. Je conti­nue­rai la se­maine pro­chaine car je me rends compte que je ne vous ai presque rien ré­vé­lé et j’en ai sous le pied, croyez-moi. @ma­ges­cas Pro­va Wine Food & Plea­sure, R. de Fer­rei­ra Borges 86, Por­to.

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