« La sé­lec­tion trop tôt dans le sys­tème, je suis contre »

L'Opinion - - Impôts toujours - In­ter­view Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

THIER­RY MANDON, an­cien mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, re­vient sur l’ac­cueil des étu­diants à l’uni­ver­si­té. Se­lon lui, la se­lec­tion, c’est bien mais pas trop tôt dans le cur­sus.

Près de 87 000 ba­che­liers sans af­fec­ta­tion pour la ren­trée 2017, des étu­diants ins­crits dans des fi­lières qu’ils ne sou­hai­taient pas… Com­ment en est-on ar­ri­vé là ?

Il y a une très grosse pro­gres­sion des ef­fec­tifs de­puis trois ans, puisque chaque an­née ce sont près de 40 000 étu­diants de plus qui ar­rivent dans les fa­cul­tés. Avec une ca­pa­ci­té d’ac­cueil in­chan­gé. Or, on doit aug­men­ter les ca­pa­ci­tés d’ac­cueil des étu­diants. Nous avions réus­si l’an­née der­nière à ob­te­nir 850 mil­lions d’eu­ros de plus, mais c’était la pre­mière fois en dix ans. Au­jourd’hui, quand on voit que le bud­get est ro­gné de 350 mil­lions d’eu­ros, c’est ab­so­lu­ment in­com­pré­hen­sible. Il faut au contraire in­ves­tir dans la re­cherche et les uni­ver­si­tés.

Mais le pro­blème n’est-il pas aus­si ce sys­tème « APB » ?

Ce lo­gi­ciel de ré­par­ti­tion fonc­tionne très bien, le su­jet n’est pas ce­lui- là. Le vrai sou­ci, c’est que les de­mandes se concentrent sur cer­taines sec­tions, comme les Staps [Sport], mé­de­cine, le droit… C’est une his­toire de flux. Main­te­nant, il faut se po­ser la ques­tion de l’orien­ta­tion des élèves, de l’in­for­ma­tion sur les dé­bou­chés. J’avais es­sayé d’amé­lio­rer les choses, en don­nant par exemple pour chaque fi­lière, les pour­cen­tages d’orien­ta­tion vers les mé­tiers six mois après. L’ob­jec­tif, c’était que les ba­che­liers qui choi­sissent une voie connaissent concrè­te­ment où ce­la les mène. C’est un pre­mier pas, mais c’est en­core très in­suf­fi­sant. En­fin, je pense qu’en France, on de­mande aux élèves des choix dé­fi­ni­tifs trop tôt, vers 17-18 ans. Dans la plu­part des sys­tèmes étran­gers, il y a des an­nées d’en­sei­gne­ment gé­né­ra­liste les deux pre­mières an­nées, puis ce n’est qu’au­tour de 20 ans que l’étu­diant choi­sit une fi­lière spé­cia­li­sée. Il me semble in­dis­pen­sable de re­pen­ser nos an­nées post-bac. Cer­taines uni­ver­si­tés comme Saint-Etienne ou An­gers ont com­men­cé à le faire. Sans comp­ter qu’entre les fi­lières, il y a plus de pas­se­relles.

La mi­nistre pro­pose de dis­cu­ter des pré­re­quis. Qu’en pen­sez-vous ?

Ob­jec­ti­ve­ment, le pré­re­quis existe dé­jà : c’est le bac­ca­lau­réat. Nor­ma­le­ment, quand on a le bac, on doit avoir le pré­re­quis pour al­ler à l’uni­ver­si­té. C’est là, le sou­ci dont on ne parle pas. Pour­quoi faire croire à un di­plô­mé d’un bac pro­fes­sion­nel qu’il pour­ra suivre en mé­de­cine ? Il y a des gens qui ont le bac au­jourd’hui et qui ne pour­ront pas suivre à l’uni­ver­si­té, tout le monde le sait. La dé­ma­go­gie, c’est de faire croire au­jourd’hui qu’avec le bac, vous pou­vez tout faire. Je suis pour un bac exi­geant.

Et la sé­lec­tion, c’est ta­bou pour vous ?

Non, ce n’est pas un gros mot pour moi. Je l’ai même mise en place pour les mas­ters. C’est la pre­mière fois cette an­née qu’il y a une sé­lec­tion à ce ni­veau. Mais la sé­lec­tion trop tôt dans le sys­tème, je suis contre. Je pense que ce se­rait une er­reur pour un pays que d’avoir une vi­sion trop mal­thu­sienne des choses.

Thier­ry Mandon.

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