Contrats ai­dés : le mi­nis­tère du Tra­vail ob­tient une ral­longe

Près de 293000 em­plois ai­dés se­ront créés en 2017. 200 mil­lions d’eu­ros de plus au­raient été ac­cor­dés pour ce poste de dé­penses

L'Opinion - - Impôts toujours - Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

D’après nos in­for­ma­tions, la rue de Gre­nelle a ob­te­nu une ral­longe bud­gé­taire pour pour­suivre la po­li­tique des em­plois ai­dés. A L’HEURE OÙ LES MI­NIS­TÈRES ba­taillent pour dé­fendre leur bud­get, et où les coupes pour la Dé­fense ou pour les uni­ver­si­tés sus­citent la po­lé­mique, le mi­nis­tère du Tra­vail sauve l’en­ve­loppe bud­gé­taire pour les contrats ai­dés, ces em­plois sou­te­nus fi­nan­ciè­re­ment par l’Etat. Il au­rait ob­te­nu une ral­longe pour faire 13 000 contrats de plus en 2017. Au fi­nal, pour cette an­née, c’est exac­te­ment 293 000 contrats ai­dés qui sont pré­vus. « Sa­chant que le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment en a fait 190 000 dans les cinq pre­miers mois », es­ti­mait dans Le Pa­ri­sien Gé­rald Dar­ma­nin, le mi­nistre des Comptes pu­blics.

Fran­çois Hol­lande avait mul­ti­plié les contrats ai­dés, en en fai­sant un des pi­liers de sa po­li­tique de lutte contre le chô­mage. L’an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique avait créé les contrats de gé­né­ra­tions – qui ont fait un flop – et les em­plois d’ave­nir, pour les jeunes de 16-25 ans non qua­li­fiés. En moyenne de­puis 2012, ce sont en­vi­ron 430 000 em­plois si­gnés chaque an­née, avec des pics, comme en 2016 où 460 000 ont été si­gnés.

Ces contrats sont dé­criés par les éco­no­mistes. S’ils res­tent utiles pour les per­sonnes très éloi­gnées de l’em­ploi, leur ef­fi­ca­ci­té reste li­mi­tée. Dans son rap­port pu­blié fin juin, la Cour des Comptes sou­ligne que les contrats ai­dés non­mar­chands, soit la très grande ma­jo­ri­té de ces contrats dans les as­so­cia­tions, les ins­ti­tu­tions pu­bliques ou pa­ra­pu­bliques (Edu­ca­tion na­tio­nale, col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, hô­pi­taux…), ont une faible ef­fi­ca­ci­té. Plus po­si­tive, la di­rec­tion des sta­tis­tiques du mi­nis­tère du Tra­vail (Da­rès), dans une étude de mars 2017, note que l’in­ser­tion des bé­né­fi­ciaires est de 7 sur 10 pour le sec­teur mar­chand, contre 4 pour 10 dans la sphère non mar­chande. Mais dans le sec­teur mar­chand, il faut veiller aux ef­fets d’au­baine, ces contrats se sub­sti­tuant sou­vent à d’autres contrats non ai­dés sous les­quels l’em­ployeur au­rait pu em­bau­cher.

For­ma­tion as­so­ciée. Si le gou­ver­ne­ment main­tient les contrats ai­dés, la ques­tion de leur ré­par­ti­tion doit tou­te­fois faire l’ob­jet d’une sé­lec­tion mi­nu­tieuse qui de­vrait être pré­sen­tée cette fin de se­maine. La Cour des comptes pointe sur­tout le coût très éle­vé de ces dis­po­si­tifs pour les fi­nances pu­bliques. En 2016, il a dé­pas­sé 3 mil­liards d’eu­ros.

En 2015, le coût d’un contrat ai­dé at­tei­gnait 11 000 eu­ros par an et par per­sonne. Si on fait le cal­cul pour 13 000 em­plois de plus pour 2017, on ar­rive à une ral­longe d’un peu moins de 150 mil­lions d’eu­ros. A la­quelle s’ajoute la for­ma­tion as­so­ciée à ces dis­po­si­tifs, gage de leur ef­fi­ca­ci­té. On peut donc ta­bler sur plus de 200 mil­lions d’eu­ros. Se­lon cer­taines sources, le mi­nis­tère du Tra­vail au­rait même ob­te­nu jus­qu’à 300 mil­lions d’eu­ros. Un chiffre que la rue de Gre­nelle re­fuse de com­men­ter. L’avan­tage po­li­tique de ces contrats est bien connu : ils per­mettent d’évi­ter des ins­crip­tions à Pôle em­ploi. Même si Mu­riel Pé­ni­caud, la mi­nistre du Tra­vail, a pré­vu de ne plus com­men­ter men­suel­le­ment le nombre de de­man­deurs d’em­ploi, l’exé­cu­tif n’en­tend pas re­non­cer à cette as­tuce sta­tis­tique.

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