Dé­fense : Ma­cron, ou com­ment af­fai­blir ses mi­nistres

L'Opinion - - Décollage |Ne me skippe pas - Jean-Do­mi­nique Mer­chet @jdo­mer­chet

SI LE SORT DU CHEF D’ÉTAT-MA­JOR des ar­mées reste en sus­pens, la mi­ni-crise sus­ci­tée par les dé­cla­ra­tions du pré­sident de la Ré­pu­blique, jeu­di soir à l’Hô­tel de Brienne, a dé­jà pro­vo­qué des « dom­mages col­la­té­raux », comme on le dit en jar­gon mi­li­taire.

Au pre­mier rang des­quels la mi­nistre des Ar­mées Flo­rence Par­ly, dis­pa­rue corps et âme de­puis une se­maine, à l’ex­cep­tion d’une in­ter­view sur RTL. La no­mi­na­tion de cette pure re­pré­sen­tante de la haute fonc­tion pu­blique, sans au­cune ex­pé­rience ni goût par­ti­cu­lier pour les af­faires de Dé­fense, avait dé­jà sur­pris, mais son ex­pé­rience des ques­tions bud­gé­taires lais­sait es­pé­rer qu’elle ob­tien­drait des ar­bi­trages fa­vo­rables aux ar­mées et à l’in­dus­trie. Las ! En quête de lé­gi­ti­mi­té, la pre­mière dé­ci­sion qu’elle doit as­su­mer est un coup de ra­bot de 850 mil­lions, après avoir re­non­cé in ex­tre­mis à un dé­pla­ce­ment sur une base aé­rienne pour ten­ter de le faire an­nu­ler.

Et la voi­là main­te­nant avec une crise de confiance au sein d’une haute hié­rar­chie mi­li­taire qu’elle ne fré­quente que de­puis moins d’un mois. Si Em­ma­nuel Ma­cron avait vou­lu l’af­fai­blir d’en­trée, il ne s’y se­rait pas pris au­tre­ment. L’Ely­sée avait dé­jà fait une er­reur de cas­ting en nom­mant, avant elle, la dé­pu­tée eu­ro­péenne Syl­vie Gou­lard, qui en quatre se­maines était par­ve­nue à se mettre les in­dus­triels à dos avant de se rendre compte que le poste n’était pas fait pour elle…

Autre vic­time col­la­té­rale, l’an­cien ti­tu­laire du poste Jean-Yves Le Drian, dé­bar­qué sans mé­na­ge­ment et re­ca­sé au Quai d’Or­say. Jeu­di soir, dans sa froide co­lère, le chef de l’Etat ex­pli­quait que « de mau­vaises ha­bi­tudes ont par­fois été prises » par les chefs mi­li­taires. S’il vi­sait d’abord Fran­çois Hol­lande, Le Drian était im­pli­ci­te­ment mon­tré du doigt comme res­pon­sable de ces « mau­vaises ha­bi­tudes ».

Quant à l’As­sem­blée na­tio­nale, elle ne peut que se le te­nir pour dit et le pré­sident de la com­mis­sion de la Dé­fense, JeanJacques Bri­dey, so­cia­liste ral­lié de la pre­mière heure à Ma­cron, s’en trouve lui fort en­nuyé. Car les dé­pu­tés ont chau­de­ment ap­prou­vé les vi­rils pro­pos du chef d’état­ma­jor sur le bud­get… Et le chef de l’Etat se trompe en évo­quant des « dé­bats éta­lés sur la place pu­blique », alors qu’il s’agit de pro­pos te­nus dans une réunion à huis clos de­vant les élus de la Na­tion. Ceux-là mêmes qui votent le bud­get et at­tendent, si­non exigent, que les per­son­na­li­tés qu’ils au­di­tionnent leur parlent avec fran­chise.

Que le gé­né­ral de Villiers reste ou qu’il parte, une chose est ac­quise : le chef d’état-ma­jor se­ra af­fai­bli. S’il conserve son poste, Pierre de Villiers ne s’ex­pri-

Autre vic­time col­la­té­rale, l’an­cien mi­nistre de la Dé­fense Jean-Yves Le Drian, dé­bar­qué sans mé­na­ge­ment et re­ca­sé au Quai d’Or­say

me­ra plus que dans une so­lide langue de bois au cours des dé­bats de la « re­vue stra­té­gique » et de loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire. S’il est rem­pla­cé, son suc­ces­seur se­ra per­çu, dans la com­mu­nau­té mi­li­taire, comme un op­por­tu­niste fai­sant car­rière grâce au li­mo­geage de son pré­dé­ces­seur – ce­lui-ci in­car­nant dé­sor­mais, et pour long­temps, toutes les ver­tus que l’ar­mée se plaît à ad­mi­rer.

Em­ma­nuel Ma­cron n’a pas de bonnes so­lu­tions pour sor­tir de ce pa­ta­quès in­utile dans le­quel il s’est four­ré lui-même. Sa mé­con­nais­sance de ceux qu’ils ap­pellent « mes hommes » n’est mal­heu­reu­se­ment pas com­pen­sée par un en­tou­rage proche, ou un mi­nistre de la Dé­fense, qui lui évi­te­rait de telles chausse-trapes.

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