Le pe­tit Pou­cet luxem­bour­geois fait le pa­ri de la fi­nance chi­noise

Tan­dis que Pa­ris et Franc­fort cherchent à ré­cu­pé­rer une par­tie des opé­ra­tions de la place fi­nan­cière bri­tan­nique, le Luxem­bourg se montre par­ti­cu­liè­re­ment ac­tif du cô­té de la Chine

L'Opinion - - Identités - Claude Le­blanc @Ja­pon­line

La sé­cu­ri­té fi­nan­cière est un élé­ment vi­tal de la sé­cu­ri­té na­tio­nale, a fait va­loir, sa­me­di, Xi Jin­ping à la Confé­rence na­tio­nale sur le tra­vail fi­nan­cier au cours de la­quelle il a an­non­cé la créa­tion d’une Com­mis­sion de la sta­bi­li­té et du dé­ve­lop­pe­ment fi­nan­ciers qui dé­pen­dra du Con­seil des Af­faires d’Etat. La banque cen­trale joue­ra aus­si un rôle plus fort dans la ges­tion ma­cro­pru­den­tielle et la pré­ven­tion des risques sys­té­miques dans le sys­tème fi­nan­cier. AU MO­MENT OÙ FRAN­ÇAIS ET AL­LE­MANDS se mo­bi­lisent pour ten­ter d’at­ti­rer les ac­teurs de la fi­nance in­ter­na­tio­nale sus­cep­tibles de tour­ner le dos à Londres en cas de Brexit dur, l’autre place fi­nan­cière qui compte en Eu­rope, le Luxem­bourg, a choi­si de jouer d’autres cartes pour ren­for­cer son rôle et ame­ner de nou­veaux ac­teurs à s’y im­plan­ter. Trans­for­mée en un vaste chan­tier, la ville même de Luxem­bourg traduit le suc­cès de cette po­li­tique que Ni­co­las Ma­ckel, pa­tron de Luxem­bourg for Fi­nance, l’agence de dé­ve­lop­pe­ment de la place fi­nan­cière luxem­bour­geoise, dé­fend avec suc­cès de­puis quatre ans.

Ces an­ciennes fonc­tions de di­plo­mate le portent sans doute à faire preuve de me­sure lors­qu’il évoque le Brexit. « Le Luxem­bourg ne s’en ré­jouit pas car ce­la af­fai­blit l’Eu­rope. Les Luxem­bour­geois pensent tou­jours d’abord en tant qu’Eu­ro­péens avant de pen­ser en tant que Luxem­bour­geois ou même place fi­nan­cière. Ce­la dit, il existe des op­por­tu­ni­tés parce que de nom­breuses ins­ti­tu­tions fi­nan­cières – ges­tion­naires d’ac­tifs, so­cié­tés d’as­su­rance ou Fintech dans les paie­ments – qui jus­qu’à pré­sent cou­vraient le conti­nent eu­ro­péen à par­tir de Londres s’in­té­ressent de très près à nous », re­con­naît-il. Il es­time ce­pen­dant qu’il n’y au­ra pas « un raz- de- ma­rée de ban­quiers lon­do­niens res­sem­blant à une opé­ra­tion Dunkerque dans le sens in­verse qui ré­qui­si­tion­ne­ra tous les ba­teaux pour ve­nir sur les côtes de Nor­man­die ».

Mul­ti­ju­ri­dic­tion. Tout en re­con­nais­sant les ini­tia­tives de la place fi­nan­cière luxem­bour­geoise, Ni­co­las Ma­ckel nuance le de­gré de « proac­ti­vi­té » qui a été la sienne de­puis quelques mois. « Nos ho­mo­logues à Pa­ris ont dé­ployé une éner­gie qui n’est pas la nôtre. Nous avons eu une at­ti­tude un peu plus douce parce que nous en­tre­te­nons de­puis vingt ans une re­la­tion de co­opé­ra­tion avec Londres. Vous avez qua­si­ment toutes les grandes ins­ti­tu­tions fi­nan­cières, par­ti­cu­liè­re­ment dans le do­maine des fonds d’in­ves­tis­se­ment, ayant une pré­sence à Londres et au Luxem­bourg, qui co­opèrent entre elles. Il s’agit d’uti­li­ser leur pré­sence luxem­bour­geoise pour la ren­for­cer. Nous sommes pour ces ac­teurs- là un choix qua­si na­tu­rel. Nous avons tou­jours été des par­te­naires. Les An­glais nous connaissent très bien. Ils ne nous ont ja­mais vus comme concur­rent alors que Pa­ris a tou­jours ai­mé cette re­la­tion concur­ren­tielle avec Londres », af­firme-til avec l’as­su­rance d’avoir fait le bon choix.

Rôle glo­bal. « Per­sonne ne rem­pla­ce­ra Londres, que ce soit Pa­ris, Franc­fort, Luxem­bourg ou Du­blin. Londres est avec New York l’une de deux seules places fi­nan­cières avec un rôle glo­bal et ce n’est cer­tai­ne­ment pas le Luxem­bourg qui se ver­rait comme rem­pla­çant de la ca­pi­tale bri­tan­nique. »

En re­vanche, Ni­co­las Ma­ckel dé­fend avec force les spé­ci­fi­ci­tés de la place fi­nan­cière luxem­bour­geoise, no­tam­ment sur le plan mul­ti­ju­ri­dic­tion­nel. « Le Luxem­bourg est connec­té avec de nom­breux mar­chés. Ain­si, une so­cié­té comme Amun­di dé­si­reuse de lan­cer un fonds en France, le fe­ra à par­tir de Pa­ris. Mais si elle veut créer un fonds dis­tri­bué en Es­pagne, en Suède et au Por­tu­gal, elle le fe­ra à par­tir du Luxem­bourg parce que c’est ici que s’est consti­tué un vi­vier d’ex­perts ca­pables de rendre ce fonds com­pa­tible avec dif­fé­rentes exi­gences ré­gle­men­taires, lé­gales, fis­cales. Dans les grands pays, on a tou­jours été ha­bi­tué à trai­ter le mar­ché lo­cal, mais au Luxem­bourg, on a tou­jours été confron­té à d’autres pays, voire plu­sieurs autres pays. Toute l’in­dus­trie fi­nan­cière luxem­bour­geoise s’est construite sur cette force. »

Ex­per­tise. L’une des prio­ri­tés des Luxem­bour­geois s’ap­pelle au­jourd’hui la Chine. « Notre vo­ca­tion est de ser­vir de place fi­nan­cière à vo­ca­tion in­ter­na­tio­nale pour tous ceux qui dans le sens Eu­rope-Chine mais aus­si dans le sens Chine-Eu­rope veulent pro­fi­ter de notre ex­per­tise », ajoute le pa­tron de Luxem­bourg for Fi­nance qui or­ga­nise no­tam­ment chaque an­née un fo­rum consa­cré à l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion de la mon­naie chi­noise.

« Notre am­bi­tion est de de­ve­nir la pre­mière place eu­ro­péenne pour les fonds d’in­ves­tis­se­ment chi­nois. La Bourse de Luxem­bourg a eu un rôle pion­nier quand il s’est agi de co­ter des em­prunts obli­ga­taires en ren­min­bi. Le pre­mier a concer­né une so­cié­té al­le­mande, le se­cond la so­cié­té fran­çaise Air Li­quide en 2011. De­puis, la Bourse de Luxem­bourg est de­ve­nue la pre­mière place bour­sière après Hong­kong à co­ter des em­prunts obli­ga­taires en mon­naie chi­noise », pour­suit Ni­co­las Ma­ckel.

« Main­te­nant, pour ce qui est des em­prunts verts où la Chine a de gros be­soins, voire l’ini­tia­tive “Une Cein­ture, Une Route” et ses pro­jets qui se­ront fi­nan­cés par de la dette le­vée sur des mar­chés de ca­pi­taux, la Bourse de Luxem­bourg est en me­sure de jouer un rôle non né­gli­geable », es­time-t-il, rap­pe­lant au pas­sage que, lors du som­met « Une Cein­ture, Une Route » qui s’est dé­rou­lé en mai à Pé­kin, c’est Ro­bert Scharfe, pré­sident de la Bourse de Luxem­bourg, qui a été in­vi­té au dî­ner très sé­lect or­ga­ni­sé par le nu­mé­ro un chi­nois Xi Jin­ping. « Une re­con­nais­sance que les Chi­nois ac­cordent à notre place fi­nan­cière », conclut tout sou­rire un Ni­co­las Ma­ckel qui s’est en­ga­gé, mi-juin, à tra­vailler avec les Chi­nois sur la nu­mé­ri­sa­tion des ser­vices fi­nan­ciers.

Luxem­bourg en pleine trans­for­ma­tion fi­nan­cière et im­mo­bi­lière. SI­PA PRESS

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