Les Eu­ro­péens in­ca­pables d’em­pê­cher la sur­en­chère de la Pologne et de la Hon­grie

Les pré­si­dents des prin­ci­paux groupes po­li­tiques du Par­le­ment eu­ro­péen de­mandent de faire pres­sion sur les au­to­ri­tés po­lo­naises

L'Opinion - - Identités - Isa­belle Mar­chais (à Bruxelles) @IMar­chais

Plu­sieurs mil­liers de per­sonnes ont ma­ni­fes­té di­manche dans les grandes villes po­lo­naises pour pro­tes­ter contre les pro­jets de ré­forme du sys­tème ju­di­ciaire, ju­gés an­ti­dé­mo­cra­tiques et contraires à la sé­pa­ra­tion des pou­voirs. La Com­mis­sion dé­bat­tra mer­cre­di de ces pro­jets, en at­ten­dant de dis­po­ser d’une ana­lyse ju­ri­dique ap­pro­fon­die. EM­MA­NUEL MA­CRON S’EN ÉTAIT ÉTONNÉ avant son élec­tion. Com­ment l’Eu­rope peut-elle à la fois dé­battre de la « dé­ci­male » sur cha­cun des su­jets bud­gé­taires de chaque pays et dé­ci­der « de ne rien faire » lorsque des Etats membres se com­portent comme la Pologne et la Hon­grie sur des su­jets liés aux va­leurs fon­da­men­tales ? La ques­tion n’a rien per­du de son ac­tua­li­té.

Certes, la Com­mis­sion eu­ro­péenne a ré­cem­ment ou­vert des pro­cé­dures d’in­frac­tion contre Bu­da­pest à pro­pos des obli­ga­tions dras­tiques dé­sor­mais im­po­sées aux ONG bé­né­fi­ciant de fi­nan­ce­ments étran­gers et de la nou­velle loi sur l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. Certes, elle a ac­ti­vé à l’en­contre de Var­so­vie le dis­po­si­tif de « sau­ve­garde de l’Etat de droit » qui peut in fine conduire à la sus­pen­sion des droits de vote au Con­seil. Mais ces di­verses me­sures et me­naces n’ont jus­qu’à pré­sent eu au­cun im­pact sur les gou­ver­ne­ments des deux pays concer­nés.

Le gou­ver­ne­ment hon­grois a or­ga­ni­sé pen­dant quinze jours une cam­pagne d’af­fi­chage an­ti-mi­grants aux re­lents an­ti­sé­mites, qui met­tait en avant le por­trait mi-rieur mi- gri­ma­çant du mil­liar­daire amé­ri­cain d’ori­gine hon­groise George So­ros, cible fa­vo­rite du Pre­mier mi­nistre Vik­tor Or­ban. Fin juin, ce der­nier avait sus­ci­té une autre contro­verse en fai­sant l’éloge de Mik­los Hor­thy, al­lié des na­zis pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale.

Juges. La Pologne n’est pas en reste. Le Par­le­ment, do­mi­né par le par­ti conser­va­teur et eu­ros­cep­tique au pou­voir Droit et Jus­tice (PiS) vient d’adop­ter une loi qui lui donne un pou­voir ac­cru dans la no­mi­na­tion des juges. Le PiS a éga­le­ment pré­sen­té un pro­jet de loi vi­sant à rem­pla­cer tous les membres de la Cour su­prême (l’équi­valent de la Cour de cas­sa­tion), à l’ex­cep­tion de ceux qui ont été nom­més par l’ac­tuel mi­nistre la Jus­tice.

« Son ob­jec­tif est de per­mettre au mi­nistre de la Jus­tice de contrô­ler lar­ge­ment la Cour su­prême. C’est très dan­ge­reux pour le sys­tème po­li­tique dans le­quel nous vi­vons », a dé­non­cé la pré­si­dente de l’Ins­ti­tu­tion. Plu­sieurs mil­liers de per­sonnes ont ma­ni­fes­té di­manche dans les grandes villes du pays pour pro­tes­ter contre ces pro­jets, ju­gés an­ti-dé­mo­cra­tiques et contraires à la sé­pa­ra­tion des pou­voirs.

Man­fred We­ber, pré­sident du groupe PPE (Par­ti po­pu­laire eu­ro­péen) au Par­le­ment eu­ro­péen est mon­té au cré­neau contre la ré­forme du sys­tème ju­di­ciaire, ac­cu­sant le gou­ver­ne­ment d’avoir fran­chi une « ligne rouge ». « Par ce vote, le PiS met fin à l’état de droit et à la dé­mo­cra­tie en Pologne et quitte la com­mu­nau­té eu­ro­péenne de va­leurs par­ta­gées », a-t-il fus­ti­gé. La Com­mis­sion reste quant à elle d’une pru­dence ex­trême, et s’en tient pour l’ins­tant au dia­logue ins­ti­tué dans le cadre de la pro­cé­dure sur l’Etat de droit : un dé­bat au­ra lieu mer­cre­di, pour faire le point des der­niers dé­ve­lop­pe­ments et exa­mi­ner les op­tions sur la table.

En at­ten­dant, la si­tua­tion conti­nue de se dé­gra­der. Une jour­na­liste po­lo­naise, en poste à Bruxelles, a été in­sul­tée et me­na­cée sur les ré­seaux so­ciaux après que la té­lé­vi­sion d’Etat l’a ac­cu­sée de vou­loir nuire à son pays pour avoir in­ter­ro­gé la Com­mis­sion sur les me­sures qu’elle comp­tait prendre à l’en­contre de Var­so­vie. Des me­naces ju­gées « to­ta­le­ment in­ac­cep­tables » par le porte-pa­role de l’Exé­cu­tif eu­ro­péen.

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