Trump et Ma­cron : si loin, si proche

Ha­kim El Ka­roui

L'Opinion - - Identités -

TOUT OP­POSE EM­MA­NUEL MA­CRON et Do­nald Trump re­çu en grande pompe pour le 14 juillet à Pa­ris. Trump est l’in­car­na­tion d’un po­pu­lisme amé­ri­cain an­ti-mon­dia­li­sa­tion, hos­tile aux étran­gers et pro­fon­dé­ment illi­bé­ral. Em­ma­nuel Ma­cron est lui l’in­car­na­tion des élites li­bé­rales fran­çaises, ou­vertes sur le monde et la mon­dia­li­sa­tion, pru­dent sur les ques­tions d’iden­ti­té et sen­sibles à la ques­tion cli­ma­tique que Trump nie. Quand Trump dit « Ame­ri­ca First », Ma­cron lui ré­pond « World First » et, en l’oc­cur­rence, « Make our pla­net great again ». Sur le plan per­son­nel en­fin, Do­nald Trump n’est pas ce que l’on ap­pelle quel­qu’un de dis­tin­gué – y com­pris quand il dit à la femme d’Em­ma­nuel Ma­cron qu’elle est bien conser­vée ! – quand Em­ma­nuel Ma­cron fait fi­gure de gendre idéal.

Et pour­tant, ces deux hommes ne sont pas si éloi­gnés que l’on pour­rait bien le pen­ser. Ils ma­ni­festent tous les deux un désir de puis­sance cer­tain qui leur a fait quit­ter leurs mi­lieux pro­fes­sion­nels res­pec­tifs dans les af­faires : un zeste de ven­geance pour Do­nald Trump, tou­jours mé­pri­sé par élites new-yor­kaises ; le sen­ti­ment d’être un en­fant élu pour Em­ma­nuel Ma­cron, tou­jours choyé par les élites pa­ri­siennes. Leur che­min converge fi­na­le­ment, y com­pris dans cer­tains de leurs pre­mières dé­ci­sions : ren­voyer bru­ta­le­ment le chef du FBI pour Do­nald Trump. Con­gé­dier peut-être, sans mé­na­ge­ment (on le sau­ra le 21 juillet), après l’avoir ru­doyé pu­bli­que­ment, le chef d’Etat-ma­jor des Ar­mées pour­tant pro­lon­gé dans sa fonc­tion le 12 juillet.

Reste main­te­nant l’es­sen­tiel car les hommes sont peu de chose dans les grandes dé­ci­sions tant ils sont sou­vent agis par les cir­cons­tances, les pe­san­teurs et les in­té­rêts au­tant qu’ils agissent par eux-mêmes. Que vont-ils faire en­semble dans la ges­tion des grandes crises et des puis­santes trans­for­ma­tions qui af­fectent notre pla­nète ? Em­ma­nuel Ma­cron tente de convaincre Do­nald Trump de re­ve­nir sur sa sor­tie de l’ac­cord de Pa­ris sur le cli­mat. Soit. Va-t-il le convaincre ? Va-t-il le convaincre d’ou­vrir plus les EtatsU­nis au com­merce mon­dial ? Va-t-il, au-de­là de la consen­suelle lutte contre le ter­ro­risme, trou­ver avec lui une sor­tie de crise pour la Sy­rie ?

Em­ma­nuel Ma­cron peut-il ré­équi­li­brer la po­si­tion prise par les Etats-Unis dans le Golfe avec un sou­tien ma­ni­fes­te­ment ex­ces­sif à l’Ara­bie Saou­dite ? Em­ma­nuel Ma­cron peut-il convaincre les Amé­ri­cains de convaincre les Chi­nois de jouer le jeu du com­merce mon­dial de fa­çon moins uni­la­té­rale ? La France peut-elle convaincre les Etats-Unis de faire une pres­sion cette fois ef­fi­cace sur un Pre­mier mi­nistre is­raé­lien qui ne re­cherche pas, c’est le moins que l’on puisse dire, une so­lu­tion de paix avec les Pa­les­ti­niens ?

Mais, à quel titre Do­nald Trump écou­te­rait-il le jeune pré­sident fran­çais ? La France n’est pas à la table des né­go­cia­tions en Sy­rie. La France n’est pas consi­dé­rée comme un par­te­naire ma­jeur dans le champ com­mer­cial par les Chi­nois. La France, mal­gré tout ses ef­forts pour vendre des armes aux Saou­diens, n’y ar­rive que très moyen­ne­ment et les Saou­diens n’écoutent de toute fa­çon que les Amé­ri­cains.

C’est tout l’en­jeu de la pré­si­dence d’Em­ma­nuel Ma­cron qui, après avoir conquis la France, vou­dra convaincre le monde : amé­lio­rer la si­tua­tion éco­no­mique fran­çaise est un préa­lable, y com­pris pour as­su­rer la force de nos ar­mées. Il doit s’y em­ployer sous peine de ne pas être cré­dible sur le plan in­ter­na­tio­nal. Et de ne plus ja­mais pou­voir se com­pa­rer à Do­nald Trump.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.