« Fa­vo­ri­sons la “pré­fé­rence France” à l’ex­port » Né­goce

L'Opinion - - Céréales - In­ter­view Em­ma­nuelle Du­cros @em­ma_­du­cros

La fi­lière cé­réa­lière fran­çaise se porte-elle aus­si bien qu’elle en donne l’im­pres­sion à l’ex­port ?

La cam­pagne 2016-2017, ca­la­mi­teuse, a dou­ché l’en­thou­siasme que nous avions en 2014, où la fi­lière et France AgriMer étaient très op­ti­mistes, avec des ex­por­ta­tions qui ex­plo­saient. Mais la mau­vaise passe que nous avons tra­ver­sée a mis en lu­mière des fra­gi­li­tés aux­quelles il faut être at­ten­tif. La pro­duc­tion fran­çaise de blé a bru­ta­le­ment bais­sé de 13 mil­lions de tonnes, et ça n’a stric­te­ment rien chan­gé aux mar­chés mon­diaux : le manque de notre offre a été com­pen­sé par l’offre ve­nue du grand bas­sin de la Mer Noire (Rus­sie, Ukraine, Ka­za­khs­tan), qui n’a ces­sé de battre des re­cords de pro­duc­tions ces der­nières an­nées. Il couvre dé­sor­mais à lui seul un tiers des 180 mil­lions de tonnes de blé échan­gées dans le monde ! Le monde n’a ja­mais pro­duit au­tant de blé, et le dés­équi­libre entre l’offre et la de­mande pro­voque une baisse des cours mon­diaux. Ils couvrent à peine, au­jourd’hui, le coût de re­vient des ex­ploi­tants agri­coles qui vendent leur blé entre 135 et 140 eu­ros la tonne en sor­tie de ferme.

L’idée de ba­ser les ré­mu­né­ra­tions sur les coûts de pro­duc­tion, mise en avant par Em­ma­nuel Ma­cron, vous semble-t-elle per­ti­nente ?

Ce­la n’a pas de sens éco­no­mique pour nos fi­lières cé­réa­lières. L’idée peut être ap­pli­quée pour des pro­duits de consom­ma­tions lo­cales, comme cer­tains lé­gumes, ou cer­tains pro­duits frais… mais pour le blé, payer les agri­cul­teurs sur la base des coûts re­vient sim­ple­ment à les tuer, puisque c’est la meilleure fa­çon de fa­vo­ri­ser l’im­por­ta­tion de pro­duits moins chers. Il faut trouver des so­lu­tions ailleurs.

Quelles pour­raient être ces so­lu­tions ?

On pour­rait com­men­cer par fa­ci­li­ter la ges­tion des cé­réa­liers en lis­sant les taxes sur plu­sieurs an­nées, en leur per­met­tant de consti­tuer une ré­serve de pré­cau­tion non taxée pour faire face aux an­nées noires. On de­vrait, aus­si, fa­vo­ri­ser la « pré­fé­rence France » au­près de nos clients. Ce­la pour­rait com­men­cer par ré­pondre aux be­soins de fi­nan­ce­ment de ceux- ci, par­ti­cu­liè­re­ment lors­qu’il s’agit d’Etats comme l’Al­gé­rie ou l’Egypte. Il existe dé­jà des mé­ca­nismes pri­vés d’as­su­rance cré­dit, mais la puis­sance pu­blique, via Bpi­france, pour­rait in­ten­si­fier les ef­forts qu’elle commence à faire pour sou­te­nir la sol­va­bi­li­té de nos clients en as­su­rant les contrats.

Pour vous, il y a aus­si des éco­no­mies à faire dans la lo­gis­tique…

Oui, car nombre de lieux de sto­ckages sont re­liés au ré­seau fer­ro­viaire par des pe­tites lignes que SNCF Ré­seau n’en­tre­tient plus. Toute une sé­rie d’in­ves­tis­se­ments pour­raient être faits pour fa­ci­li­ter le trans­port flu­vial, l’ac­cès au port de Rouen pour les contai­ners…

Mais la fi­lière fran­çaise a pour elle sa qualité, n’est-ce pas un avan­tage concur­ren­tiel ?

Dans un océan d’offre, les ac­teurs sont de plus en plus exi­geants sur la qualité. La nôtre n’est pas tou­jours en adé­qua­tion avec les nou­velles at­tentes, d’au­tant que nos com­pé­ti­teurs ont fait des pro­grès. La Rus­sie pro­duit beau­coup et des blés de bonne qualité. La fi­lière cé­réa­lière fran­çaise doit se prendre en main pour pro­duire mieux ; ce­la exige de la R&D, c’est un tra­vail de longue ha­leine.

di­rec­teur de Souf­flet Né­goce JEAN-FRAN­ÇOIS LÉ­PY

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