Comment Ma­cron veut étendre la PMA

L’Ely­sée af­firme sa fer­me­té sur l’ou­ver­ture de la PMA à toutes les femmes, mal­gré le risque de re­vivre les heures de la contes­ta­tion de la loi Tau­bi­ra. La Ma­nif pour tous ne lais­se­ra pas pas­ser

L'Opinion - - La Une - Jean-Jé­rôme Ber­to­lus et Irène In­chaus­pé

Le ca­len­drier des Etats gé­né­raux de la bioé­thique est dé­sor­mais fixé. Le pro­ces­sus de ré­vi­sion de la loi du 7 juillet 2011 va dé­mar­rer le 18 jan­vier avec l’ou­ver­ture de dé­bats dans toute la France et le lan­ce­ment d’un site In­ter­net dé­dié. Le 7 juillet 2018, un évé­ne­ment na­tio­nal mar­que­ra l’an­ni­ver­saire de la loi. En­fin, un pro­jet de loi de­vrait être pré­sen­té au Par­le­ment à l’au­tomne pour une adop­tion dé­fi­ni­tive dé­but 2019.

2018, AN­NÉE BIOÉ­THIQUE ? Dans leur chan­son « 69, an­née éro­tique », Serge Gains­bourg et Jane Bir­kin chan­taient : « Ils s’aiment et la tra­ver­sée du­re­ra toute une an­née. » C’était une époque où l’on n’ima­gi­nait pas à quel point les pro­grès ful­gu­rants de la mé­de­cine al­laient bou­le­ver­ser la so­cié­té et le couple… Ain­si, le 18 jan­vier se­ront lan­cés les Etats gé­né­raux de la bioé­thique alors que le gou­ver­ne­ment en­tend ré­vi­ser les lois dans ce do­maine dé­but 2019. Ou­ver­ture d’un site In­ter­net des­ti­né à re­cueillir les avis des ci­toyens et des as­so­cia­tions, dé­bats or­ga­ni­sés par des « es­paces ré­gio­naux de ré­flexion éthique » dans toute la France, rap­port du co­mi­té consul­ta­tif na­tio­nal d’éthique ( CNCE)… Les tra­vaux vont bien du­rer toute une an­née. Il se­ra ques­tion de PMA ( pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée), de fin de vie, de neu­ros­ciences et d’in­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle (IA), voire de ges­ta­tion pour au­trui (GPA).

« C’est une très bonne nou­velle, ex­plique Lu­do­vine de la Ro­chère, pré­si­dente de La Ma­nif pour tous. Ces dé­bats, c’est ce que nous avions de­man­dé en 2012 à pro­pos de la loi sur le ma- riage ho­mo­sexuel sans l’ob­te­nir. » En fé­vrier 2016, le can­di­dat Ma­cron avait sus­ci­té une po­lé­mique en cri­ti­quant la mé­thode Hol­lande. « Une des er­reurs fon­da­men­tales de ce quin­quen­nat a été d’igno­rer une par­tie du pays… C’est ce qui s’est pas­sé avec le ma­riage pour tous, où on a hu­mi­lié cette France-là. Il ne faut ja­mais hu­mi­lier, il faut par­ler, il faut par­ta­ger des désac­cords », avait-il dé­cla­ré. Nous y voi­là donc.

Se­lon un son­dage réa­li­sé par l’Ifop pour la Croix, 60 % des Fran­çais se­raient fa­vo­rables à l’ou­ver­ture de la PMA aux couples de femmes, 89 % à une évo­lu­tion sur la fin de vie, et même 64 % à la le­vée de l’in­ter­dic­tion de la GPA. « Il y a un ef­fet do­mi­no, ex­plique Jé­rôme Four­quet. La so­cié­té a ac­cep­té le ma­riage pour les couples ho­mo­sexuels deux ans après le pacs. Au­jourd’hui, après la loi Tau­bi­ra, elle est prête pour la PMA ». Pour le di­rec­teur du dé­par­te­ment de l’Ifop, nous avons clai­re­ment bas­cu­lé dans un nou­veau mo­dèle de so­cié­té.

Consen­sus. « La vieille ma­trice de la so­cié­té, d’ins­pi­ra­tion ju­déo-chré­tienne et ins­crite par la Ré­pu­blique dans le Code civil s’est beau­coup ef­fri­tée, juge- t- il. Au­jourd’hui, ce sont les plus de 65 ans,

col­lec­ti­ve­ment, qui sont en­core dans l’an­cien mo­dèle, alors que les plus jeunes sont fa­vo­rables à ces avan­cées mé­di­cales. » Ce­la tombe bien, Em­ma­nuel Ma­cron, qui vient de fê­ter ses 40 ans, est dans ce camp-là aus­si. Le 16 avril 2017, il avait écrit à l’as­so­cia­tion LGBT, pré­ci­sant qu’il at­ten­drait que le Co­mi­té na­tio­nal d’éthique ait ren­du son avis « pour pou­voir cons­truire un consen­sus le plus large pos­sible », tout en se di­sant « fa­vo­rable » à une loi ou­vrant la PMA « aux couples de les­biennes et aux femmes cé­li­ba­taires ».

L’Ely­sée af­fiche au­jourd’hui sa fer­me­té. « Em­ma­nuel Ma­cron a ex­pli­qué ses po­si­tions per­son­nelles à plu­sieurs re­prises, rap­pelle-t-on dans l’en­tou­rage du Pré­sident. Pen­dant la pré­si­den­tielle, elles se sont na­tu­rel­le­ment muées en convic­tion po­li­tique et en en­ga­ge­ments de La Ré­pu­blique en marche. Le fait que le dé­bat existe ne va pas le faire chan­ger d’avis. Au contraire, il ap­pelle de ses voeux que toutes les sen­si­bi­li­tés po­li­tiques et phi­lo­so­phiques s’ex­priment. La mé­thode est presque aus­si im­por­tante que le but re­cher­ché ».

A ce stade ce­pen­dant, à l’Ely­sée comme dans l’en­tou­rage d’Agnès Bu­zyn, la mi­nistre de la San­té, on ne pré­juge pas du conte­nu fu­tur de la loi bioé­thique, qui se­ra pré­sen­tée fin 2018. La PMA pour­rait en ef­fet res­sus­ci­ter des ré­flexes droi­te­gauche, que La Ré­pu­blique en marche s’éver­tue à faire dis­pa­raître. Au sein du gou­ver­ne­ment, qua­si­ment tous les mi­nistres is­sus des rangs de la droite ont pu­bli­que­ment pris po­si­tion – il y a quelques an­nées voir quelques mois – contre son ex­ten­sion aux couples de femmes. Mais le su­jet est tou­jours sen­sible. On se sou­vient du re­ca­drage très sec de Mar­lène Schiap­pa, se­cré­taire d’Etat char­gée de l’Ega­li­té entre les femmes et les hommes, par le mi­nistre de l’In­té­rieur Gé­rard Col­lomb, qui an­non­çait la gé­né­ra­li­sa­tion de la PMA pour 2018.

Exas­pé­ra­tion. La pré­si­dente de la com­mis­sion des af­faires so­ciales, Bri­gitte Bour­gui­gnon, veut croire ce­pen­dant que « tous les cli­gno­tants sont au vert pour que la PMA soit ou­verte aux couples de femmes en France. J’ap­pelle tous les par­le­men­taires à al­ler écou­ter ce que les Fran­çais ont à dire lors des dé­bats qui dé­bu­te­ront dans quelques jours. » A l’As­sem­blée, un groupe de tra­vail pour­rait être mis en place pro­chai­ne­ment. Lau­rence Van­ceu­ne­brock-Mia­lon, dé­pu­tée LREM, sou­haite en prendre la pré­si­dence. Fin no­vembre, elle avait ré­vé­lé au site Hor­net son ho­mo­sexua­li­té. Sur la ques­tion de la PMA, cette dé­pu­tée de l’Al­lier veut al­ler vite pour évi­ter une mon­tée de la contes­ta­tion comme lors du ma­riage pour tous. Elle va s’at­te­ler à la ré­dac­tion d’une pro­po­si­tion de loi, qui pour­rait dé­bou­cher dès la fin des dé­bats qui s’en­gagent en jan­vier.

« Ce n’est pas dans le pro­gramme d’Em­ma­nuel Ma­cron, juge Lu­do­vine de la Ro­chère à l’in­verse du ma­riage pour tous, qui était bien dans ce­lui de Fran­çois Hol­lande. » Si Em­ma­nuel Ma­cron dé­cide d’ou­vrir la PMA à toutes les femmes, elle af­firme qu’elle peut mo­bi­li­ser des troupes. « 60 % de gens fa­vo­rables à la mesure, c’est 40 % qui sont contre, soit 25 mil­lions de Fran­çais, c’est beau­coup. » Elle sent dé­jà mon­ter l’exas­pé­ra­tion chez les sym­pa­thi­sants de La Ma­nif pour tous qui trouvent que cer­taines ques­tions dé­jà po­sées sont très orien­tées. Cer­tains re­doutent que si l’on étend la PMA aux couples de femmes, on en vien­dra à au­to­ri­ser la GPA pour les couples d’hommes.

« Il n’y a pas de su­jet tabou, juge néan­moins Jean Leo­net­ti, an­cien rap­por­teur (Les Ré­pu­bli­cains) de la loi de bioé­thique de 2011. Il faut pou­voir dis­cu­ter de toutes les ques­tions, ne pas les lais­ser seu­le­ment aux ex­perts et aux po­li­tiques ». Les dif­fé­rentes études me­nées par l’Ifop sur le su­jet montrent d’ailleurs que les Fran­çais ne sont fa­vo­rables à la GPA que dans le cas des couples hé­té­ro­sexuels. La so­cié­té ne semble donc pas prête à fran­chir ce pas. En re­vanche, les Fran­çais sont très lar­ge­ment fa­vo­rables à une évo­lu­tion de la loi sur la fin de vie, alors que la der­nière loi Claeys-Leo­net­ti a été vo­tée fin 2016. « Il vau­drait mieux donc at­tendre sur ce su­jet, es­time Jean Leo­net­ti. Des gens me re­con­naissent dans la rue et me disent “mer­ci, grâce à vous mon père s’est en­dor­mi avant de mou­rir”, c’est la pre­mière fois que ce­la m’ar­rive ».

Reste qu’à cô­té de ces dé­bats bioé­thiques, une ques­tion po­li­tique fon­da­men­tale se pose à l’exé­cu­tif. « Em­ma­nuel Ma­cron peut-il se per­mettre d’en­ga­ger le fer sur ces su­jets de bioé­thique alors que d’autres de­mandent dé­jà beau­coup d’éner­gie et de pé­da­go­gie et qu’il n’y a pas une forte de­mande so­ciale sur le su­jet ? », s’in­ter­roge Jé­rôme Four­quet. Dans un an, le conte­nu du pro­jet de loi bioé­thique don­ne­ra la ré­ponse.

« Em­ma­nuel Ma­cron peut-il se per­mettre d’en­ga­ger le fer sur ces su­jets de bioé­thique alors que d’autres de­mandent dé­jà beau­coup d’éner­gie et de pé­da­go­gie ? »

KAK

SIPA PRESS

La Ma­nif pour tous pour­rait à nou­veau mo­bi­li­ser en cas d’ou­ver­ture de la PMA à toutes les femmes.

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