L’aé­ro­nau­tique fran­çaise veut des « dé­mons­tra­teurs »

Comme le Neu­ron de Das­sault, ces ap­pa­reils per­mettent de va­li­der des tech­no­lo­gies avant de lan­cer de nou­veaux pro­grammes

L'Opinion - - Comment Macron veut étendre la PMA - Jean-Do­mi­nique Mer­chet @jdo­mer­chet

Eric Trap­pier, pré­sident du Grou­pe­ment des in­dus­tries fran­çaises aé­ro­nau­tiques et spa­tiales (Gi­fas) a pré­sen­té ses voeux 2018, ce jeu­di 11 jan­vier. Pour le sec­teur, qui a em­bau­ché 8 000 per­sonnes l’an der­nier, « la ten­dance est bonne », s’est-il ré­joui. Un ef­fort par­ti­cu­lier est fait en di­rec­tion des PME de l’aé­ro­nau­tique. Le pro­chain Sa­lon du Bour­get au­ra lieu en juin 2019. L’IN­DUS­TRIE AÉ­RO­NAU­TIQUE FRAN­ÇAISE veut des « dé­mons­tra­teurs ». Eric Trap­pier, nou­veau pré­sident du Gi­fas et, par ailleurs PDG de Das­sault Avia­tion, a ap­puyé cette de­mande en pré­sen­tant la feuille de route du Grou­pe­ment des in­dus­tries fran­çaises aé­ro­nau­tiques et spa­tiales, qui re­groupe toutes les en­tre­prises du sec­teur. Des « dé­mons­tra­teurs » ? Ce sont, dans le jar­gon mi­li­ta­ro-in­dus­triel, des ap­pa­reils bien réels qui se si­tuent entre les si­mu­la­tions nu­mé­riques et les pro­to­types des vé­ri­tables pro­grammes.

L’exemple le plus ré­cent est ce­lui du Neu­ron, ce drone fur­tif de com­bat, dé­ve­lop­pé par Das­sault avec d’autres en­tre­prises eu­ro­péennes. Un exem­plaire unique vole de­puis 2012 et il a ef­fec­tué en­vi­ron 150 vols au cours de cinq cam­pagnes d’es­sais. A chaque fois, il s’agit de va­li­der des tech­no­lo­gies, comme la liai­son de don­nées avec le sol, la fur­ti­vi­té vis-à-vis des ra­dars ou la ca­pa­ci­té à lar­guer une bombe de­puis une soute. « Les dé­mons­tra­teurs per­mettent de mon­trer ce que l’in­dus­trie peut faire, au-de­là des études sur le pa­pier et de la si­mu­la­tion nu­mé­rique. On vé­ri­fie que ce­la vole. Avant de lan­cer un pro­gramme, il s’agit de dé­mon­trer qu’on maî­trise les tech­no­lo­gies », ex­plique Eric Trap­pier, rap­pe­lant que le dé­ve­lop­pe­ment d’un avion est une af­faire de vingt ans. Le contre-exemple est l’Air­bus A400M, l’avion de trans­port mi­li­taire eu­ro­péen, dont les dé­boires illus­trent le fait que les in­dus­triels ne maî­tri­saient pas toutes les tech­no­lo­giques, no­tam­ment le con­trôle des mo­teurs.

Pour les in­dus­triels fran­çais et eu­ro­péens, la prio­ri­té est dé­sor­mais celle d’un nou­veau dé­mons­tra­teur, fai­sant suite au Neu­ron et à son ho­mo­logue bri­tan­nique, le Ta­ra­nis de BAE Sys­tems. Le som­met fran­co-bri­tan­nique du 18 jan­vier, à Sand­hurst, pour­rait être l’oc­ca­sion d’an­nonces sur le su­jet. De­puis 2010, avec les ac­cords de Lan­cas­ter House, Londres et Pa­ris sont en­ga­gés dans une étroite co­opé­ra­tion mi­li­taire bi­la­té­rale, qui in­clut no­tam­ment des études sur un fu­tur « sys­tème » de com­bat aé­rien (FCAS) sus­cep­tible, à terme, de rem­pla­cer l’ac­tuelle gé­né­ra­tion d’avions de com­bat (Ra­fale, Ty­phoon, etc.). Mais le Brexit et ses consé­quences né­ga­tives sur le bud­get de la dé­fense bri­tan­nique n’in­citent pas à l’op­ti­misme de ce cô­té-ci du Chan­nel. « On est in­quiet », re­con­naît Eric Trap­pier.

En re­vanche, ce qui ras­sure le Gi­fas, c’est la fu­ture Loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire fran­çaise, qui de­vrait être pré­sen­tée dé­but fé­vrier. Elle pré­voit une aug­men­ta­tion du bud­get des ar­mées de 1,7 milliard d’eu­ros jus­qu’en 2022. Cette hausse per­met­tra no­tam­ment d’at­teindre le milliard an­nuel pour la re­cherche-dé­ve­lop­pe­ment, contre 750 mil­lions au­jourd’hui – une vieille re­ven­di­ca­tion des in­dus­triels de la dé­fense. Une part de ces cré­dits de­vrait al­ler au fi­nan­ce­ment de dé­mons­tra­teurs, in­siste-t-on au Gi­fas. « Le Neu­ron a coû­té un peu plus de 400 mil­lions sur sept ou huit ans – un mon­tant fi­na­le­ment mo­deste », ex­plique le PDG de Das­sault Avia­tion.

A dé­faut d’un ac­cord avec le Royaume-Uni, la France pour­rait mi­ser sur la co­opé­ra­tion avec l’Al­le­magne. C’est dé­jà le cas avec le fu­tur drone de surveillance MALE RPAS, d’une gamme com­pa­rable aux ac­tuels Rea­per amé­ri­cains. Fran­çais, Al­le­mands, Ita­liens et Es­pa­gnols le dé­ve­loppent en­semble, au­tour d’Air­bus, Das­sault Avia­tion et Leo­nar­do. Pro­blème pour les Fran­çais : les Al­le­mands sont lea­ders sur ce pro­gramme et le dé­mons­tra­teur se­ra plus teu­ton que gau­lois… Et sur­tout, ce pro­jet ne fait pas ap­pel à des tech­no­lo­gies très in­no­vantes.

Le 13 juillet der­nier, lors d’un con­seil des mi­nistres com­mun, la France et l’Al­le­magne se sont éga­le­ment en­ga­gées à « dé­ve­lop­per un sys­tème de com­bat aé­rien eu­ro­péen, sous la di­rec­tion des deux pays, pour rem­pla­cer leurs flottes ac­tuelles d’avions de com­bat sur le long terme ». Pour l’heure, on voit mal comment ce pro­jet s’ar­ti­cule avec le FCAS fran­co-bri­tan­nique. A Pa­ris comme à Ber­lin, in­dus­triels, mi­li­taires et gou­ver­ne­ments tra­vaillent « de ma­nière confi­den­tielle » à l’éta­blis­se­ment d’une « feuille de route » pour cette an­née. L’in­cer­ti­tude po­li­tique en Al­le­magne pour­rait ra­len­tir le pro­ces­sus et rien n’in­dique, pour l’heure, qu’il dé­bou­che­ra ra­pi­de­ment sur la com­mande d’un dé­mons­tra­teur com­mun, au­quel le sué­dois Saab ou l’ita­lien Leo­nar­do pour­raient s’as­so­cier ul­té­rieu­re­ment. Avec deux fers au feu, l’un outre-Manche, l’autre ou­treR­hin, la France semble être dans une po­si­tion confor­table. Tou­te­fois, faute de la « pré­fé­rence eu­ro­péenne » re­ven­di­quée par la Gi­fas, la pers­pec­tive que « nos amis amé­ri­cains », comme dit Eric Trap­pier, rem­portent la mise fi­nale ne peut pas être to­ta­le­ment ex­clue.

« Le Neu­ron a coû­té un peu plus de 400 mil­lions sur sept ou huit ans – un mon­tant fi­na­le­ment mo­deste »

Le drone Neu­ron. SIPA PRESS

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