Eu­rope : un milliard pour un su­per­or­di­na­teur

Douze Etats membres ont dé­ci­dé de mu­tua­li­ser leurs ef­forts en ma­tière de mé­ga­don­nées

L'Opinion - - Comment Macron veut étendre la PMA - Isa­belle Mar­chais (à Bruxelles) @IMar­chais

La Com­mis­sion a fait part jeu­di de son in­ten­tion d’in­ves­tir conjoin­te­ment avec les Etats membres dans la mise en place d’une in­fra­struc­ture eu­ro­péenne de su­per-or­di­na­teurs d’en­ver­gure mon­diale, ca­pables de trai­ter de très gros vo­lumes de don­nées. La contri­bu­tion de l’UE at­tein­dra en­vi­ron 486 mil­lions d’eu­ros et se­ra com­plé­tée par un mon­tant si­mi­laire pro­ve­nant des pays concer­nés.

L’EU­ROPE VA-T-ELLE POU­VOIR rat­tra­per son re­tard en ma­tière de mé­ga­don­nées ? C’est l’ob­jec­tif de la Com­mis­sion, qui a an­non­cé jeu­di son in­ten­tion d’in­ves­tir conjoin­te­ment avec treize Etats membres, dont la France et l’Al­le­magne, dans la mise en place d’une in­fra­struc­ture de su­per-or­di­na­teurs d’en­ver­gure mon­diale. Près d’un milliard d’eu­ros de fonds pu­blics de­vraient être dé­ployés d’ici à 2020. Une en­ve­loppe qui pour­rait être re­vue à la hausse si d’autres pays se lancent dans l’aven­ture, comme l’es­père Bruxelles. Le sec­teur pri­vé se­ra quant à lui sol­li­ci­té sous forme de contri­bu­tions en na­ture. L’en­jeu est cru­cial. En ré­dui­sant for­te­ment les cycles de concep­tion et de pro­duc­tion, le « cal­cul haute per­for­mance » (HPC) a un im­pact crois­sant sur les en­tre­prises. Il joue éga­le­ment un rôle de plus en plus cen­tral pour ré­soudre de nom­breux pro­blèmes scien­ti­fiques, in­dus­triels et so­cié­taux. C’est ain­si qu’il per­met de faire des pré­vi­sions mé­téo­ro­lo­giques plus pré­cises et en temps réel, d’éta­blir un diag­nos­tic mé­di­cal per­son­na­li­sé, de mettre au point de nou­veaux mé­di­ca­ments, d’ana­ly­ser plus ra­pi­de­ment des sé­quences gé­no­miques ou de dé­fi­nir des tech­niques de cryp­tage com­plexes.

« L’Eu­rope a be­soin de ces in­fra­struc­tures et de ces tech­no­lo­gies de pointe pour ri­va­li­ser avec les concur­rents au ni­veau mon­dial, au­tant scien­ti­fi­que­ment qu’in­dus­triel­le­ment », a dé­cla­ré la com­mis­saire à l’Eco­no­mie et à la So­cié­té nu­mé­riques Ma­riya Ga­briel. La si­tua­tion est pré­oc­cu­pante. L’UE, qui pou­vait se tar­guer en 2012 de pos­sé­der quatre des dix su­per-cal­cu­la­teurs mon­diaux les plus per­for­mants, est au­jourd’hui ab­sente du top 10. Ré­sul­tat, les cher­cheurs et les in­dus­triels traitent tou­jours da­van­tage de don­nées dans les pays tiers, ce qui sou­lève d’im­por­tants pro­blèmes de confi­den­tia­li­té, de pro­tec­tion et pro­prié­té des don­nées, ou de risques de pi­ra­tages com­mer­ciaux.

Classe mon­diale. Or, jus­qu’à pré­sent, les Etats membres pré­fé­raient in­ves­tir iso­lé­ment dans le dé­ve­lop­pe­ment et l’ac­qui­si­tion d’une in­fra­struc­ture HPC, au risque de se lais­ser dis­tan­cer par les Amé­ri­cains, les Chi­nois et les Ja­po­nais. C’est pour mettre fin à cette spi­rale que sept d’entre eux ont si­gné en mars 2017 une dé­cla­ra­tion par la­quelle ils s’en­gagent à mu­tua­li­ser leurs ef­forts et à dé­ve­lop­per une in­fra­struc­ture pa­neu­ro­péenne in­té­grée de su­per-or­di­na­teurs. De­puis, six autres pays, dont la Suisse, ont dé­ci­dé de les re­joindre. Après avoir ini­tié ce mou­ve­ment, la Com­mis­sion a dé­ci­dé de l’ac­com­pa­gner en met­tant en place une struc­ture ju­ri­dique et fi­nan­cière qui de­vrait être opé­ra­tion­nelle de 2019 à 2026. Ba­sée au Luxem­bourg, cette en­tre­prise com­mune « Eu­roHPC » se­ra char­gée d’ac­qué­rir, de mettre en place et d’ex­ploi­ter quatre su­per­or­di­na­teurs, dont deux de classe mon­diale, ac­ces­sibles à dis­tance à des uti­li­sa­teurs pu­blics et pri­vés, ori­gi­naires de tous les Etats membres et dû­ment sé­lec­tion­nés sur la base de leurs projets. L’en­tre­prise ap­puie­ra éga­le­ment un pro­gramme de re­cherche et d’in­no­va­tion en ma­tière de cal­cul à très haute per­for­mance.

« C’est l’un des plus grands exemples que nous ayons de la va­leur ajou­tée eu­ro­péenne. Au­cune uni­ver­si­té, au­cune en­tre­prise, au­cun pays, ne pour­rait faire seul ce que nous al­lons faire au­jourd’hui », a sa­lué le com­mis­saire à la Re­cherche Car­los Moe­das. La contri­bu­tion de l’UE at­tein­dra en­vi­ron 486 mil­lions d’eu­ros ; elle se­ra com­plé­tée par un mon­tant si­mi­laire pro­ve­nant des pays concer­nés, qui se­ront co­pro­prié­taires des cal­cu­la­teurs aux­quels ils pour­ront ac­cé­der de ma­nière pri­vi­lé­giée.

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