Allocations familiales : Vienne brusque ses voi­sins est-eu­ro­péens

Le chan­ce­lier Se­bas­tian Kurz veut ré­duire les pres­ta­tions familiales aux tra­vailleurs is­sus des autres Etats eu­ro­péens

L'Opinion - - Comment Macron veut étendre la PMA - Luc An­dré (à Ber­lin)

Pour réa­li­ser des éco­no­mies, le nou­veau gou­ver­ne­ment au­tri­chien, qui ras­semble les conser­va­teurs et l’ex­trême droite, compte di­mi­nuer les allocations familiales ac­cor­dées pour les enfants qui vivent dans un pays étran­ger, en les in­dexant sur le ni­veau de vie lo­cal. EN 2016, PLU­SIEURS MI­NISTRES AUTRICHIENS, membres de la coa­li­tion gauche-droite, avaient de­man­dé à Bruxelles, pour les tra­vailleurs dont les enfants ha­bitent à l’étran­ger, l’in­dexa­tion des pres­ta­tions familiales sur le ni­veau de vie du pays de ré­si­dence. Ils dé­non­çaient une si­tua­tion in­juste à leurs yeux : des tra­vailleurs est- eu­ro­péens en­cais­sant les allocations au­tri­chiennes alors que leurs enfants res­tent dans leur pays d’ori­gine, où le coût de la vie est moins éle­vé. La Com­mis­sion eu­ro­péenne avait op­po­sé une fin de non-re­ce­voir. Par­mi les si­gna­taires du cour­rier fi­gu­rait Se­bas­tian Kurz, alors chef de la diplomatie.

Dé­sor­mais chan­ce­lier de la pe­tite ré­pu­blique al­pine, le jeune di­ri­geant conser­va­teur a re­mis cette pro­po­si­tion sur la table à l’is­sue de son pre­mier sé­mi­naire gou­ver­ne­men­tal dé­but jan­vier. L’Au­triche se­rait ain­si le pre­mier pays eu­ro­péen à ajus­ter de cette fa­çon les allocations familiales, mesure en­vi­sa­gée puis aban- don­née par exemple par l’Al­le­magne. En 2016, l’Au­triche a ver­sé 4,4 mil­liards d’eu­ros d’allocations familiales (114 à 165 eu­ros par en­fant). Sur ce to­tal, 273 mil­lions sont par­tis vers le reste de l’UE, avec 132 000 enfants concer­nés. Le gou­ver­ne­ment Kurz chiffre à 110 mil­lions d’eu­ros en­vi­ron le po­ten­tiel an­nuel d’économie. Il se re­tranche der­rière une expertise ju­ri­dique pour ga­ran­tir la com­pa­ti­bi­li­té du dis­po­si­tif avec les règles eu­ro­péennes. D’autres ex­perts ar­rivent ce­pen­dant à la conclu­sion in­verse. Vienne pour­ra mettre en avant la conces­sion si­mi­laire ac­cor­dée dé­but 2016 par Bruxelles au Royaume-Uni, pour ten­ter d’évi­ter sa sor­tie de l’UE, mais la vic­toire du Brexit au ré­fé­ren­dum, quelques mois plus tard, a jus­te­ment ren­du cette dis­po­si­tion ob­so­lète.

Ci­toyens de se­conde classe. Si l’idée ra­vit le par­ti d’ex­trême droite FPÖ, par­te­naire de coa­li­tion de Se­bas­tian Kurz, elle fait grin­cer des dents en aval du Da­nube. Hon­grois, Slo­vaques, Rou­mains et Po­lo­nais se­ront les prin­ci­paux per­dants de la ré­vi­sion des allocations familiales. Ils consti­tuent une main- d’oeuvre in­con­tour­nable dans l’hô­tel­le­rie-res­tau­ra­tion, la construc­tion et la san­té.

« Je m’in­quiète de voir l’Au­triche dis­tin­guer, avec cette ini­tia­tive po­pu­liste, des ci­toyens de pre­mière et de se­conde classe » , sou­ligne l’eu­ro­dé­pu­té slo­vène Ro­ma­na Tomc qui a in­ter­pel­lé l’exé­cu­tif eu­ro­péen sur cette ques­tion.

Avec cette ini­tia­tive, l’Au­triche brusque des pays avec qui elle veut pour­tant se rap­pro­cher dans l’op­tique de sa pré­si­dence de l’UE au se­cond se­mestre. La coa­li­tion Kurz par­tage les ré­ti­cences du groupe de Vi­se­grad ( Hon­grie, Po­logne, Ré­pu­blique Tchèque, Slo­va­quie) sur les ques­tions mi­gra­toires et d’asile. « Ce dos­sier pour­rait très bien en­tra­ver la vo­lon­té de Bu­da­pest de ren­for­cer les liens entre les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments po­pu­listes », sou­ligne Erin Jenne, cher­cheuse à l’uni­ver­si­té CEU de Bu­da­pest. Le pre­mier mi­nistre hon­grois Vik­tor Or­ban, très vi­ru­lent sur ce dos­sier dé­but 2017, dé­fend bec et ongles les in­té­rêts de ses conci­toyens au- de­là des fron­tières na­tio­nales, du fait de l’im­por­tante dia­spo­ra en Eu­rope cen­trale.

Côte slo­vaque, le jour­na­liste Pa­vel Ni­ko­dem, du site eur­ac­tiv. sk, ne consi­dère pas ce dos­sier comme prio­ri­taire dans les re­la­tions Vienne- Bra­ti­sla­va. « Il faut consi­dé­rer le contexte : le chô­mage est très faible en Slo­va­quie. Les en­tre­prises ont du mal à re­cru­ter. » Le re­tour de tra­vailleurs ex­pa­triés, suite à une baisse des allocations au­tri­chiennes, se­rait presque bien­ve­nu.

C’est jus­te­ment ce dont s’in­quiète l’op­po­si­tion au­tri­chienne. Le par­ti li­bé­ral NEOS craint que « les per­sonnes dé­pen­dantes fassent les frais de cette mesure » . Sans les quelque 50 000 auxi­liaires de vie est- eu­ro­péens, l’Au­triche se­rait bien in­ca­pable d’of­frir une prise en charge 24 heures sur 24 à do­mi­cile.

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