Le MoDem ne pèse pas dans les choix du gou­ver­ne­ment

La ver­sion de la ré­forme des ins­ti­tu­tions re­te­nue par l’exé­cu­tif vient prou­ver une nou­velle fois aux troupes de Fran­çois Bay­rou qu’ils n’ont pas l’in­fluence qu’ils es­pé­raient

L'Opinion - - La Une - Caroline Vi­gou­reux @Ca­roVi­gou­reux

La ré­forme des ins­ti­tu­tions prouve aux troupes de Bay­rou qu’elles n’ont pas l’in­fluence qu’elles es­pé­raient

Fran­çois Bay­rou avait fait du re­nou­vel­le­ment des pra­tiques po­li­tiques l’une des condi­tions de son al­liance vic­to­rieuse à Em­ma­nuel Ma­cron lors de la cam­pagne pré­si­den­tielle. Mais la ré­forme des ins­ti­tu­tions, pré­sen­tée mer­cre­di der­nier par Edouard Philippe, montre que les de­mandes du pré­sident du MoDem – sur la pro­por­tion­nelle et sur le non-cu­mul des man­dats – n’ont pas été re­te­nues. In­vi­té mer­cre­di ma­tin sur RTL, Fran­çois Bay­rou a par­lé de « ma­ni­pu­la­tion ». EN CE LUN­DI PLU­VIEUX, Fran­çois Bay­rou ne dé­co­lère pas. « C’est n’im­porte quoi ! », lance-til à propos de la nou­velle ver­sion de la ré­forme des ins­ti­tu­tions pré­sen­tée quelques jours plus tôt par le Pre­mier mi­nistre, Edouard Philippe. Le pré­sident du MoDem, qui échange ré­gu­liè­re­ment avec Em­ma­nuel Ma­cron, a en tra­vers de la gorge « le tour de passe- passe » , se­lon ses mots, du gou­ver­ne­ment. « Tout ce­la pour faire plai­sir à la droite sé­na­to­riale, dont nous n’au­rons pas le sou­tien au fi­nal », sou­pire-t-il. La veille sur BFMTV, le maire de Pau a eu des mots bien plus durs qu’à son ha­bi­tude, par­lant d’« es­ca­mo­tage ». « Je n’ai fait que dire ce que je pen­sais », glisse-t-il. « C’est du grand Fran­çois ! Il est en phase de né­go­cia­tions pour in­fluen­cer le cur­seur. Il a l’ha­bi­tude de ren­trer dans le rap­port de force », dé­crypte un dé­pu­té MoDem.

Pi­lier. L’épi­sode vient rap­pe­ler un peu plus aux cen­tristes du MoDem com­bien il est dif­fi­cile de pe­ser. « A un mo­ment don­né, il ne fau­drait pas qu’ils ou­blient qu’on est l’un des pi­liers de la ma­jo­ri­té », souffle un dé­pu­té MoDem. Mar­di ma­tin, lors de la réunion heb­do­ma­daire du groupe MoDem à l’As­sem­blée na­tio­nale, les dé­pu­tés ont lais­sé fil­trer leur amer­tume face au pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale, ve­nu as­sis­ter à ce huis clos. « Fran­çois de Ru­gy est re­par­ti in­quiet », té­moigne un par­ti­ci­pant. « Il y a for­cé­ment un peu de dé­cep­tions mais la vie po­li­tique est faite ain­si. Il faut res­ter at­ten­tif à l’idée qu’on doit conti­nuer de dia­lo­guer avec le gou­ver­ne­ment », tem­po­rise le pré­sident du groupe MoDem à l’As­sem­blée na­tio­nale, Marc Fes­neau.

Il faut dire que le coup est rude. Fran­çois Bay­rou ré­clame de­puis le dé­but un taux de pro­por­tion­nelle à hau­teur de 20 à 25 %. L’exé­cu­tif a re­te­nu la dose de 15 %. « Avec 25 % de pro­por­tion­nelle, il n’y a pas de ma­jo­ri­té ab­so­lue. Ce n’est pas pour les beaux yeux de Bay­rou qu’on va dé­sta­bi­li­ser la Ve Ré­pu­blique », ba­laye un dé­pu­té ma­cro­niste.

Aus­si, le cen­triste fait de la li­mi­ta­tion du cu­mul des man­dats dans le temps l’un de ses prin­ci­paux com­bats pour re­nou­ve­ler la vie po­li­tique. Or, le gou­ver­ne­ment a vi­dé la me­sure de sa sub­stance : elle concer­ne­ra les par­le­men­taires et seuls les élus lo­caux des villes de plus de 9 000 ha­bi­tants se­ront af­fec­tés. Sur­tout, elle ne s’ap­pli­que­ra qu’aux man­dats com­plets, iden­tiques et consé­cu­tifs et qu’à par­tir de… 2038. « En tant que dé­pu­té, je ne me sens pas d’ex­pli­quer aux gens qu’on vote une bonne me­sure mais qu’elle ne s’ap­pli­que­ra qu’à nos suc­ces­seurs. Je peux dif­fi­ci­le­ment vo­ter le texte en l’état », es­time le dé­pu­té MoDem de Sa­voie, Pa­trick Mi­gno­la.

Dé­jà, lors de la ses­sion bud­gé­taire de l’au­tomne der­nier, au­cune des deux re­ven­di­ca­tions de Fran­çois Bay­rou – le main­tien de l’ISF et le re­lè­ve­ment du ni­veau de re­traites à par­tir du­quel la hausse de la CSG s’ap­pli­que­rait – n’avait été en­ten­due par le gou­ver­ne­ment. De­puis, l’an­cien mi­nistre de la Jus­tice ré­pète à chaque fois la né­ces­si­té d’un « pro­jet so­cial ». La se­maine der­nière, les dé­pu­tés cen­tristes ont aus­si pei­né à faire en­tendre leurs voix lors du dé­bat en com­mis­sion des Lois sur le pro­jet de loi asile et im­mi­gra­tion de Gé­rard Col­lomb.

Mi­lieux aqua­tiques. Entre les dé­pu­tés ma­cro­nistes et bay­rouistes, les rap­ports sont bons. Mais il manque en­core quelque chose pour que l’al­chi­mie s’opère. « Ja­mais on n’a fait une réunion de groupe com­mune », sou­ligne un dé­pu­té LREM. Les dé­pu­tés MoDem n’ont tou­jours pas hé­ri­té du poste clef de rap­por­teur d’un texte. Pour­tant, ils en font ré­gu­liè­re­ment la de­mande. « Mais on nous dit tou­jours non. On com­mence à se dire qu’on est in­suf­fi­sam­ment as­so­ciés aux dé­ci­sions, qu’on n’a pas la main. Fi­na­le­ment, on n’est pas mieux trai­tés que les groupes d’op­po­si­tion » , ré­sume Pa­trick Mi­gno­la. Seule la pro­po­si­tion de loi sur la ges­tion des mi­lieux aqua­tiques et la pré­ven­tion des inon­da­tions, dé­po­sée conjoin­te­ment par le pré­sident du groupe MoDem Marc Fes­neau et son ho­mo­logue du groupe LREM Ri­chard Fer­rand, avait été adop­tée en dé­cembre der­nier.

Pour le MoDem, c’est une ba­taille de cré­di­bi­li­té qui va dé­sor­mais s’en­ga­ger. Le texte sur la ré­forme des ins­ti­tu­tions de­vrait ar­ri­ver à l’As­sem­blée na­tio­nale en pre­mière lec­ture cou­rant juillet. Ils comptent faire en­tendre leur voix à coups d’amen­de­ments. « C’est du frot­te­ment que naît la mu­sique » , as­sume le dé­pu­té MoDem du Finistère, Er­wan Ba­la­nant. En at­ten­dant, les cen­tristes au­ront un autre test le 17 mai pro­chain. Ce jour- là se tien­dra leur niche par­le­men­taire, qui per­met à un groupe à l’As­sem­blée na­tio­nale de faire exa­mi­ner ses pro­po­si­tions de loi dans l’hé­mi­cycle. Les dé­pu­tés cen­tristes ont mis à l’ordre du jour plu­sieurs textes : un sur les em­plois as­so­cia­tifs, un sur les droits voi­sins du droit d’au­teur et un autre sur les ma­la­dies rares. Un dé­pu­té MoDem pré­vient : « Il vaut mieux des coa­li­tions sou­dées que des par­tis uniques. Cette fois, on va voir si La Ré­pu­blique en marche veut re­ve­nir au par­ti unique. »

Fran­çois Bay­rou de­mande à l’exé­cu­tif de re­voir sa co­pie sur la ré­forme des ins­ti­tu­tions.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.