Ré­duc­tion de la dette : le plus dur est à ve­nir

Le re­bond de la crois­sance a été le seul mo­teur du re­dres­se­ment des comptes pu­blics en 2017. Fin mai, le co­mi­té CAP 2022 de­vrait don­ner des pistes pour di­mi­nuer la dé­pense

L'Opinion - - La Une - Raphaël Le­gendre @LEGENRA

Mal­gré les très bonnes pers­pec­tives d’ici 2022, Ber­cy sait qu’il reste des choix dif­fi­ciles à faire

Le gou­ver­ne­ment a pré­sen­té mer­cre­di la nou­velle tra­jec­toire des fi­nances pu­bliques du pro­gramme de sta­bi­li­té, qui se­ra envoyée fin avril à Bruxelles. Crois­sance, dé­penses, re­cettes, dé­fi­cit, dette… Tout va mieux se­lon Ber­cy. Mais au mi­nis­tère des Fi­nances, on ne se fait pas d’illu­sion. La bonne for­tune n’a qu’un temps et va de­voir lais­ser la place à de vrais ef­forts sur la dé­pense dans les pro­chaines an­nées. PROMETTRE L’ÉQUI­LIBRE BUD­GÉ­TAIRE en fin de quin­quen­nat pour un Pré­sident, c’est un peu comme vi­si­ter la Tour Eif­fel à Pa­ris pour un tou­riste : on n’y coupe pas. Jacques Chi­rac, Nicolas Sar­ko­zy, Fran­çois Hol­lande… Pas un des pré­dé­ces­seurs d’Em­ma­nuel Ma­cron ces vingt der­nières an­nées n’a dé­ro­gé à la règle. C’est ain­si qu’au fil des programmes de sta­bi­li­té, la France au­rait dû re­trou­ver l’équi­libre bud­gé­taire en 2004, 2005, 2010, 2012 et 2016 si on avait cru ce do­cu­ment…Or, pour mé­moire, le der­nier bud­get vo­té à l’équi­libre re­monte à 1974.

A Ber­cy, on le sait mieux que qui­conque. C’est pour­quoi l’ajus­te­ment de la tra­jec­toire bud­gé­taire ins­crite dans le nou­veau « Ps­tab » a beau pré­voir un lé­ger ex­cé­dent bud­gé­taire en 2022, per­sonne ne fait de pro­messes. Pas ques­tion d’en faire un to­tem po­li­tique. « Réa­li­sons d’abord les ef­forts né­ces­saires, on ver­ra en­suite pour la com’ », tranche un proche de Gé­rald Dar­ma­nin. Sage dé­ci­sion. Car comme l’ad­met un autre pi­lier de Ber­cy, « l’ef­fort reste clai­re­ment de­vant nous ». De fait, hor­mis quelques baisses sur les APL et les em­plois ai­dés, peu a été fait l’an­née der­nière pour ré­duire les dé­penses. Le mi­nis­tère des Fi­nances a beau promettre des me­sures nou­velles d’ici quelques se­maines avec la pu­bli­ca­tion du rap­port du co­mi­té CAP 2022 sur la ré­forme de l’Etat, la baisse des dé­penses reste un angle mort de la po­li­tique éco­no­mique d’Em­ma­nuel Ma­cron.

Pour l’heure, l’amé­lio­ra­tion du dé­fi­cit n’est due qu’à la re­prise éco­no­mique. 2% de crois­sance ont per­mis de faire re­cu­ler le dé­fi­cit de 0,8 point de PIB l’an­née der­nière (2,6 % du PIB). Eton­nam­ment, la même pré­vi­sion de crois­sance pour 2018 ne dé­bouche que sur une ré­duc­tion de 0,3 point (2,3 %). « C’est parce que nous al­lé­geons les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires », ex­pli­quet-on à Ber­cy. Entre la mon­tée en puis­sance du CICE de 6% à 7% (-5 mil­liards), la baisse de la taxe d’ha­bi­ta­tion (-3 mil­liards d’eu­ros), la sup­pres­sion de l’ISF (-3,2 mil­liards), la mise en place de la flat tax sur les re­ve­nus du ca­pi­tal (-1,3 mil­liard), la baisse de l’im­pôt sur les so­cié­tés (-1,2 mil­liard) et l’élar­gis­se­ment du cré­dit d’im­pôt em­ploi à do­mi­cile (-1 mil­liard), près de 15 mil­liards d’eu­ros de baisses d’im­pôts sont pré­vus cette an­née.

Des baisses qui ne se­ront qu’en par­tie com­pen­sées par les 4 mil­liards d’eu­ros de hausse de pré­lè­ve­ments sur le ta­bac et les car­bu­rants. Au fi­nal, c’est donc une grosse di­zaine de mil­liards d’eu­ros de re­cettes en moins pour le bud­get 2018, ce qui va per­mettre de bais­ser le taux de pré­lè­ve­ments obli­ga­toires de 45,4% à 45% du PIB.

Cailloux. Mais les vents por­teurs de l’éco­no­mie eu­ro­péenne et in­ter­na­tio­nale ne se­ront pas éter­nels et plu­sieurs obs­tacles risquent de ve­nir per­tur­ber cette tra­jec­toire bud­gé­taire, trop lisse pour être vraie. Deux « aléas » in­ter­na­tio­naux sont par­ti­cu­liè­re­ment sur­veillés par Ber­cy : la mon­tée des pro­tec­tion­nismes qui pour­raient grip­per le commerce in­ter­na­tio­nal et l’ac­cé­lé­ra­tion de la mon­tée des taux aux Etats-Unis en ré­ac­tion au sti­mu­lus fis­cal mas­sif de Do­nald Trump.

On pour­rait aus­si ra­jou­ter à ceux-là quelques cailloux sur la scène in­té­rieure. En 2019, la trans­for­ma­tion du CICE en baisse de charge coû­te­ra près d’un point de PIB au bud­get de l’Etat. Mais ce point se­ra en réa­li­té qua­si­ment ab­sor­bé par l’amé­lio­ra­tion conjonc­tu­relle du dé­fi­cit (en­vi­ron 0,5 point de PIB) et par l’ef­fort struc­tu­rel de 0,3 point (une di­zaine de mil­liards d’eu­ros) pré­vu par le gou­ver­ne­ment. Du coup, au lieu de tom­ber au­tour de 1,5% de PIB, le dé­fi­cit va re­bon- dit à 2,4 %. Il res­te­ra néan­moins loin de la barre sym­bo­lique des 3%.

Plus dan­ge­reuses se­ront les voix qui ne man­que­ront pas de s’éle­ver au fur et à me­sure du re­dres­se­ment des comptes pu­blics pour ré­cla­mer un re­lâ­che­ment de la bride des dé­penses, alors qu’Em­ma­nuel Ma­cron a fait le choix exac­te­ment in­verse et as­sez sur­pre­nant d’ac­cé­lé­rer les éco­no­mies au fur et à me­sure des an­nées (ou de re­pous­ser les ef­forts à plus tard, c’est se­lon), pour les faire por­ter no­tam­ment en 2020-2022. Le plus gros su­jet concer­ne­ra la re­prise de la dette SNCF. Une paille à 46 mil­liards d’eu­ros (dont 11 mil­liards sont dé­jà por­tés par l’Etat), mais qui ar­ri­ve­ra plus tard. « Nous vou­lons d’abord consta­ter un re­dres­se­ment réel des comptes d’ex­ploi­ta­tions de la SNCF, sur plu­sieurs an­nées, avant de par­ler re­prise de la dette », in­dique-t- on à Ber­cy. Cette pe­tite bombe bud­gé­taire de­vra quoi qu’il en soit être trai­tée avant la fin de man­dat, a pro­mis le Pre­mier mi­nistre. Quant à ceux qui suc­com­be­raient à la ten­ta­tion dé­pen­sière dans les pro­chaines an­nées, Ber­cy pré­vient : « Il n’existe au­cune marge de ma­noeuvre bud­gé­taire quand on a 100% de dette », as­sure un proche de Bru­no Le Maire. La ré­duc­tion de la dette, c’est la prin­ci­pale bous­sole de Ber­cy. Car 1% de hausse – inexo­rable – des taux coû­te­ra 3 mil­liards d’eu­ros par an à la France. Le pro­gramme de sta­bi­li­té pré­voit ain­si de la bais­ser dès cette an­née (-0,4 point) et de la ra­me­ner de 97% à 89,2% du PIB en 2022.

SIPA PRESS

La trans­for­ma­tion du CICE en baisse de charge l’an­née pro­chaine pour­rait per­tur­ber la tra­jec­toire bud­gé­taire éta­blie par Ber­cy.

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