Mé­len­chon : Ma­cron veut être « le chef de la droite »

Le dé­pu­té LFI es­time qu’une « ligne rouge a été fran­chie » avec le dis­cours du Pré­sident de­vant les évèques

L'Opinion - - Comment Le Parlement Va Être Bridé - Raphaël Proust @ra­phael­proust

L’op­po­si­tion de gauche ac­cuse Em­ma­nuel Ma­cron d’ « at­teinte sans pré­cé­dent » à la laï­ci­té après le sou­hait ex­pri­mé lun­di par le chef de l’Etat de­vant la con­fé­rence des évêques de France de « ré­pa­rer le lien abî­mé » entre l’Eglise et l’Etat. IL LE RE­CON­NAÎT LUI-MÊME, Jean-Luc Mé­len­chon se voit un peu comme « la sta­tue du Com­man­deur » en ma­tière de laï­ci­té. On se sou­vient de sa sor­tie en forme de rap­pel à l’ordre en plein hom­mage national à John­ny Hal­li­day en dé­cembre der­nier. Alors qu’Em­ma­nuel Ma­cron ren­dait hom­mage au dé­funt de­vant l’église de la Ma­de­leine à Pa­ris, le dé­pu­té des Bouches-duR­hône avait pris la plume pour lui as­sé­ner sur son blog que l’édi­fice re­li­gieux n’était « pas un lieu pour un pré­sident de la Ré­pu­blique agis­sant au titre de sa fonc­tion ».

Alors en écou­tant lun­di soir le dis­cours d’Em­ma­nuel Ma­cron de­vant la con­fé­rence des évêques de France au col­lège des Ber­nar­dins, son sang n’a fait qu’un tour. « Une ligne rouge a été fran­chie », a-t-il af­fir­mé mar­di lors d’une ren­contre avec quelques jour­na­listes, fait rare pour l’in­sou­mis qui cultive une cer­taine mé­fiance avec la presse. C’est dire si l’heure lui semble grave. « Même Sar­ko­zy n’est pas al­lé aus­si loin ! », juge-t-il en ré­fé­rence au dis­cours pro­non­cé en 2007 au Pa­lais du La­tran et au cours du­quel l’an­cien chef de l’Etat avait af­fir­mé que « l’ins­ti­tu­teur ne pour­ra ja­mais rem­pla­cer le cu­ré ou le pas­teur ».

Deux phrases d’Em­ma­nuel Ma­cron ont par­ti­cu­liè­re­ment pi­qué l’ex-can­di­dat à la pré­si­den­tielle. Celle sur « le lien entre l’Eglise et l’Etat » qui au­rait été « abî­mé » et qu’il convien­drait dé­sor­mais de « ré­pa­rer ». En­suite, le mes­sage adres­sé aux ca­tho­liques afin qu’ils s’en­gagent en po­li­tique. « On n’a pas à convo­quer les in­di­vi­dus par leur ap­par­te­nance re­li­gieuse », tonne Jean-Luc Mé­len­chon. S’il ad­met que le pré­sident de la Ré­pu­blique puisse se ris­quer à par­ler de spi­ri­tua­li­té, il ré­cuse « l’idée que les re­li­gions soient par­tie pre­nante en po­li­tique », par­ti­cu­liè­re­ment quand il s’agit de lé­gi­fé­rer sur des su­jets bioé­thiques.

Hé­gé­mo­nie po­li­tique. Ce rap­pel à l’ordre laïque re­joint ce­lui d’autres fi­gures de gauche, de Be­noît Ha­mon au nou­veau pre­mier se­cré­taire du PS Oli­vier Faure. Le su­jet di­vise pour­tant de ce cô­té de l’échi­quier po­li­tique, jus­qu’au sein de La France in­sou­mise (LFI). Jean-Luc Mé­len­chon avait ain­si re­con­nu un désac­cord avec sa col­lègue Danièle Obo­no au su­jet de la pra­tique mi­li­tante des réunions dites « non mixtes » . Il craint dé­sor­mais qu’Em­ma­nuel Ma­cron n’ouvre la boîte de Pan­dore : « Pour­quoi ten­ter de ré­ta­blir le ca­tho­li­cisme po­li­tique alors qu’on lutte par ailleurs contre l’is­lam po­li­tique ? » Le dé­pu­té de Mar­seille a sa pe­tite idée. Em­ma­nuel Ma­cron, dit-il, « a fait un choix » : ce­lui de se pré­sen­ter comme « le chef de la droite ». « Il s’est aper­çu que sa base so­ciale était étroite, il veut donc un élar­gis­se­ment idéo­lo­gique, pour­suit-il, dans la ba­taille pour l’hé­gé­mo­nie po­li­tique, il a eu le flair de se dire que la droite » avait le vent en poupe en Eu­rope. Le bras de fer en­ga­gé au­tour de la ré­forme de la SNCF, le dur­cis­se­ment de la po­li­tique mi­gra­toire comme les dé­mons­tra­tions d’au­to­ri­té à Notre-Dame-des-Landes ou dans les universités ré­pon­draient, se­lon lui, à cette même stra­té­gie.

Face à ce qu’il dé­crit comme un « li­bé­ra­lisme au­to­ri­taire », Jean-Luc Mé­len­chon se dit convain­cu que tout va se jouer « dans les se­maines qui viennent ». Alors que le Pré­sident va, par deux fois, ten­ter d’ex­pli­quer ses ré­formes à la té­lé­vi­sion, « il va es­sayer de mar­quer le point au ni­veau de l’image » , se­lon le chef de file des in­sou­mis. L’en­jeu ? Ni plus ni moins que « la cons­ti­tu­tion d’un bloc po­pu­laire ma­jo­ri­taire » dont la pre­mière pierre se­rait un re­cul po­li­tique de l’exé­cu­tif sur le su­jet de la SNCF. Une pre­mière vic­toire der­rière la­quelle LFI court en­core.

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