Sé­bas­tien Le­cor­nu, le cou­teau suisse du gou­ver­ne­ment

A 31 ans, le se­cré­taire d’Etat au­près de Nicolas Hu­lot est le mi­nistre qui monte sein de la Ma­cro­nie

L'Opinion - - Comment Le Parlement Va Être Bridé - Lu­do­vic Vi­gogne @LVi­gogne

Sé­bas­tien Le­cor­nu se­ra ven­dre­di à Fes­sen­heim. Ce se­ra sa deuxième vi­site. En ce dé­but de se­maine, il était en pre­mière ligne lors des dé­buts de l’éva­cua­tion de No­treDame- des- Landes. An­cien membre des Ré­pu­bli­cains, ex- col­la­bo­ra­teur de Bru­no Le Maire, l’élu nor­mand a trou­vé ses marques au sein du dis­po­si­tif Ma­cron. C’EST UN DE CES MO­MENTS DANS LA VIE où l’on peut presque tou­cher du doigt le che­min par­cou­ru. Le 29 mars, c’est ce qui est ar­ri­vé à Sé­bas­tien Le­cor­nu.

Ce soir- là, le se­cré­taire d’Etat au­près de Nicolas Hu­lot re­çoit au mu­sée des im­pres­sion­nismes de Gi­ver­ny, qu’il pré­side, à l’oc­ca­sion de l’inau­gu­ra­tion de l’ex­po­si­tion, Ja­po­nismes/ Im­pres­sion­nismes. Sur la pe­tite scène ins­tal­lée dans le hall, il est ac­com­pa­gné d’Edouard Philippe. Mal­gré l’ac­tua­li­té (il as­sis­tait, dans l’Aude, le ma­tin même, aux ob­sèques des vic­times de l’at­ten­tat de Trèbes), le Pre­mier mi­nistre a te­nu à main­te­nir sa ve­nue. Alors que ce der­nier parle, Gé­rald Dar­ma­nin ar­rive. Quelques mi­nutes plus tôt, le mi­nistre des Comptes Pu­blics était en­core sur le pla­teau de Ruth El­krief. Sé­bas­tien Le­cor­nu le fait mon­ter sur l’es­trade ; c’est son meilleur ami. Dans l’as­sis­tance, les per­son­na­li­tés qui ont ré­pon­du à l’in­vi­ta­tion de l’ex-pré­sident du con­seil dé­par­te­men­tal de l’Eure se re­pèrent à la pelle : Jean-Pierre Jouyet, la com­mu­ni­cante Anne Méaux, le dé­pu­té LREM Hugues Ren­son, Jean-Louis De­bré, le chef d’en­tre­prise Guillaume Sar­ko­zy ou en­core le pré­sident du groupe cen­triste au Sénat, Her­vé Mar­seille. Il y a aus­si ses pa­rents. Tout ce­la n’est pas in­si­gni­fiant…

Sé­bas­tien Le­cor­nu a seule­ment 31 ans. Il est en­core peu connu du grand pu­blic. Au sein de la Ma­cro­nie, il est pour­tant un mi­nistre qui monte. Cette se­maine, c’est lui qui s’est ré­pan­du dans les mé­dias pour ex­pri­mer la fer­me­té de l’Etat lors de l’éva­cua­tion de Notre-Dame-des-Landes. Ce ven­dre­di, il se­ra à Fes­sen­heim pour pré­pa­rer la fer­me­ture de la cen­trale nu­cléaire. Lors de son pré­cé­dent dé­pla­ce­ment en jan­vier, il avait dû es­suyer une vive co­lère des sa­la­riés. Cette fois, « je sais que ce se­ra plus dur, as­sure-t-il. On va abor­der des dé­tails plus tech­niques ».

Au sein du gou­ver­ne­ment Philippe, le se­cré­taire d’Etat à la Tran­si­tion éco­lo­gique est en train de se faire une spé­cia­li­té du trai­te­ment des dos­siers chauds qui em­poi­sonnent le dé­bat pu­blic de­puis des an­nées. « Le concret, y com­pris quand c’est dur, ce­la me plaît. Le jour où ce­la se­ra hors sol, ver­beux, ce­la ne m’in­té­res­se­ra plus », dit ce­lui qui aime quand tech­nique et po­li­tique s’al­lient. Pour Bure (Meuse), où les op­po­sants au pro­jet d’en­fouis­se­ment des dé­chets nu­cléaires ont été dé­lo­gés ma­nu mi­li­ta­ri à la fin de fé­vrier, il a aus­si été en pre­mière ligne. En cou­lisses, le fils de gen­darme a beau­coup pous­sé Em­ma­nuel Ma­cron et Edouard Philippe à ce geste d’au­to­ri­té – « Le vert tend sur le bleu », sou­rit-il. Le 29 jan­vier, dis­crè­te­ment, il s’était ren­du sur place. Le mer­cre­di sui­vant au Con­seil des mi­nistres était pro­gram­mée une com­mu­ni­ca­tion sur les ZAD. Il avait ju­gé utile de ne pas se conten­ter de la note pré­fec­to­rale.

« Goût de la pro­vince ». La na­ture a hor­reur du vide. La po­li­tique aus­si. Sé­bas­tien Le­cor­nu en a pro­fi­té cet hi­ver. Gé­rald Dar­ma­nin est af­fai­bli. Ch­ris­tophe Cas­ta­ner est ac­ca­pa­ré par ses fonc­tions de dé­lé­gué gé­né­ral de LREM. Au sein d’un gou­ver­ne­ment où les mi­nistres po­li­tiques se comptent dé­jà sur les doigts d’une seule main, le manque se res­sent tout de suite. Nicolas Hu­lot, son mi­nistre de tu­telle, cherche tou­jours ses marques. Au sein du mi­nis­tère de la Tran­si­tion éner­gé­tique et so­li­daire, le jeune am­bi­tieux, lui, les a trou­vées. « On est nom­breux ici. Très vite j’ai com­pris que si on ne pre­nait pas des choses concrètes, on se mar­che­rait sur les pieds. Nicolas Hu­lot dé­fend la vi­sion, porte le glo­bal. Brune Poir­son [éga­le­ment se­cré­taire d’Etat au­près de Hu­lot, NDLR] in­carne la mo­der­ni­té. Moi, j’ai mon cou­loir de nage », dit-il.

Dans son es­car­celle fi­gurent aus­si l’or­ga­ni­sa­tion des As­sises de l’eau en juin, la mé­tha­ni­sa­tion, les dos­siers ul­tra­ma­rins, la ré­forme fu­ture du per­mis de chasse… En neuf mois, Sé­bas­tien Le­cor­nu a dé­jà vi­si­té un tiers des dé­par­te­ments. A chaque fois, il soigne la presse quo­ti­dienne ré­gio­nale. « J’ai le goût de la pro­vince. Et quand je suis à Pa­ris, je tra­vaille pour les ter­ri­toires », af­firme le seul an­cien pré­sident de dé­par­te­ment au gou­ver­ne­ment. Alors que l’exé­cu­tif est ac­cu­sé de s’être cou­pé de la France pro­fonde, là aus­si il a su se rendre utile.

Le Nor­mand n’est pas du genre à lais­ser pas­ser les oc­ca­sions. Il n’a pas 20 ans quand il de­vient as­sis­tant par­le­men­taire du dé­pu­té UMP de l’Eure, Franck Gi­lard. A 22 ans, il in­tègre le ca­bi­net mi­nis­té­riel de Bru­no Le Maire, qui est aus­si le pa­tron de la droite lo­cale. Un long com­pa­gnon­nage com­mence avec lui. Le ca­det épouse les grandes am­bi­tions de son aî­né. Lo­ca­le­ment, ce­la lui réus­sit. Sé­bas­tien Le­cor­nu gagne ses propres ga­lons : en 2014, il prend au PS la mai­rie de Ver­non ; en 2015, la pré­si­dence du con­seil dé­par­te­men­tal de l’Eure.

« Bru­no Le Maire m’a ap­pris le sé­rieux. J’étais tou­jours sur­pris qu’il se couche à 23 heures. Mais j’ai com­pris pour­quoi », sou­rit le jeune mi­nistre qui re­pro­duit au sein de son ca­bi­net nombre de fonc­tion­ne­ments ap­pris au­près de l’ex-mi­nistre de l’Agri­cul­ture. « Leurs rap­ports res­tent très bons mais Sé­bas­tien est main­te­nant à son

An­cien bras droit de Bru­no Le Maire, Le­cor­nu est au­jourd’hui un proche d’Edouard Philippe, qui a ob­te­nu sa no­mi­na­tion

compte », constate un ami com­mun. An­cien bras droit de Bru­no Le Maire, Le­cor­nu est au­jourd’hui un proche d’Edouard Philippe. C’est le Pre­mier mi­nistre qui a ob­te­nu sa no­mi­na­tion, sans qu’Em­ma­nuel Ma­cron ne l’ait ja­mais ren­con­tré.

Pro­mo­tion. Comme l’ex-maire du Havre, il vient des Ré­pu­bli­cains. Comme lui, il s’en fe­ra ex­clure à l’au­tomne. Ce­la ne l’a pas em­pê­ché de conser­ver de nom­breux liens avec son an­cienne fa­mille. Ses rap­ports res­tent très bons avec Gé­rard Lar­cher et Bru­no Retailleau. Il a ré­gu­liè­re­ment au té­lé­phone Xa­vier Ber­trand. Voit une fois par tri­mestre Nicolas Sar­ko­zy (« Il m’a ap­pris que quand tu n’as plus en­vie, il faut ar­rê­ter »). En re­vanche, il ne pense pas vrai­ment du bien de Laurent Wau­quiez : « Pour lui, la po­li­tique, c’est la des­truc­tion to­tale ou la sou­mis­sion to­tale. Chez Sar­ko­zy, ce n’était pas gra­tuit. Wau­quiez, soit il veut vous sé­duire, soit il veut vous dé­truire. »

Sé­bas­tien Le­cor­nu est un homme de centre droit qui « se sent très à l’aise » au sein du dis­po­si­tif Ma­cron. Il s’est dé­cou­vert de nou­veaux amis, les mi­nistres Julien Denor­man­die et JeanMi­chel Blan­quer, le dé­pu­té Ga­briel At­tal… Il a adhé­ré à La Ré­pu­blique en marche. A cha­cun de ses dé­pla­ce­ments, il prend soin d’en ren­con­trer les mi­li­tants. A l’heure du nou­veau monde, le jeune tren­te­naire n’a pas ou­blié les re­cettes de l’an­cien. « Il est sym­pa, ac­ces­sible, il rend ser­vice. C’est un mi­nistre très po­li­tique » , rap­porte Her­vé Mar­seille. « Il est moins uti­li­ta­riste dans son rap­port hu­main que Gé­rald Dar­ma­nin » , as­sure un dé­pu­té LREM. « Il n’au­rait pas dé­pa­ré dans une as­sem­blée de no­tables de la IIIe Ré­pu­blique », écrit Pa­trick Ste­fa­ni­ni, l’ex-di­rec­teur de cam­pagne de Fran­çois Fillon, dans son livre Dé­fla­gra­tion.

Dé­jà, le se­cré­taire d’Etat re­garde de près la pré­pa­ra­tion des mu­ni­ci­pales de 2020. Dé­jà, cer­tains lui pré­disent de belles pro­mo­tions mi­nis­té­rielles dans les an­nées qui viennent. Dé­jà, il as­sure : « Je n’ai pas en­vie d’être pré­sident de la Ré­pu­blique. »

SIPA PRESS

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