SNCF : le Pré­sident compte al­ler « jus­qu’au bout » de la ré­forme

L'Opinion - - Macron Se Place Au Centre Du Village - Em­ma­nuelle Du­cros @em­ma_­du­cros

LES CHE­MI­NOTS DE LA SNCF com­mencent leur troi­sième « round » de grève pour pro­tes­ter contre la ré­forme de l’en­tre­prise. Le Pré­sident, lui, pour­suit sa tra­jec­toire de ré­forme, sans bi­fur­quer. Il ira au bout. « Oui, a-t-il mar­te­lé jeu­di sur le pla­teau du 13 heures de TF1. Al­ler au bout ! Parce que nous de­vons faire cette ré­forme, elle est in­dis­pen­sable. Il y a une hypocrisie col­lec­tive à ne pas le faire. » Et Em­ma­nuel Ma­cron de s’at­te­ler à un tra­vail d’ex­pli­ca­tion qui avait été jus­qu’ici peu – ou mal – fait par son gou­ver­ne­ment. Un pa­tient tra­vail consis­tant à convaincre les usa­gers du bien-fon­dé de la fer­me­té. Se­lon un son­dage Elabe pour BFMTV réa­li­sé les 10 et 11 avril, 46 % des Fran­çais contestent dé­sor­mais la grève (contre 41 % sept jours au­pa­ra­vant), 40 % l’ap­prouvent (contre 44 % il y a sept jours). La ba­taille de l’opi­nion reste donc en­core à ga­gner.

L’ou­ver­ture à la concur­rence, un dan­ger pour le ser­vice pu­blic ? « Ce­la fait vingt ans que notre pays, toutes ma­jo­ri­tés confon­dues, a dé­ci­dé qu’on de­vait ou­vrir le trans­port à la concur­rence et d’ailleurs, c’est une bonne chose », a-t-il af­fir­mé, en ci­tant comme exemple la baisse des prix de la té­lé­pho­nie après l’ou­ver­ture du mar­ché. Le risque de la pri­va­ti­sa­tion, bran­di par les syn­di­cats ? « Il n’y au­ra pas de pri­va­ti­sa­tion. Ce se­ra dans la loi : 100 % de ca­pi­taux pu­blics. » Des syn­di­cats qu’il a d’ailleurs choi­si d’iso­ler un peu plus, ré­af­fir­mant que dans le mou­ve­ment qui consiste à « de­man­der des ef­forts à un peu tout le monde », il leur reste en­core à four­nir les leurs : « Les usa­gers ont dé­jà payé leur contri­bu­tion en ac­cep­tant que le prix des trans­ports aug­mente » ; et « l’Etat fait sa part, en in­ves­tis­sant 10 mil­lions d’eu­ros par jour dans le ré­seau pour les dix pro­chaines an­nées. » D’ailleurs, a pré­ci­sé le Pré­sident, il pour­sui­vra cet ef­fort en re­pre­nant la dette « en par­tie » et « pro­gres­si­ve­ment », au fur et à me­sure des pro­grès de l’en­tre­prise. Elé­ment nou­veau, que cette pro­gres­si­vi­té…

Ré­so­nances in­ti­mistes. La SNCF doit trou­ver « une or­ga­ni­sa­tion plus claire qui serve nos conci­toyens », a ex­hor­té Em­ma­nuel Ma­cron, s’in­sur­geant que gares et quais ne soient pas gé­rés par les mêmes en­ti­tés, com­pli­quant l’in­for­ma­tion des voya­geurs. Les sa­la­riés doivent ac­com­pa­gner le mou­ve­ment. Eux-mêmes ne per­dront rien, puis­qu’ils se­ront re­pris avec leurs ac­quis par les concur­rents qui ga­gne­raient des mar­chés. « On ne leur de­mande pas d’ef­fort, mi­ni­mise le chef de l’Etat. On leur de­mande juste d’ac­cep­ter que les nou­veaux em­bau­chés ne soient pas sous sta­tut. »

Em­ma­nuel Ma­cron se­ra- t- il en­ten­du, lors­qu’il de­mande aux syn­di­cats de prendre le train avec lui ? Pas cer­tain. Pas sûr non plus que de don­ner à l’af­faire des ré­so­nances in­ti­mistes en évo­quant son grand-père che­mi­not « qui ne par­lait que de ce­la toute la jour­née », soit une bonne idée. Mais un ar­gu­ment bran­di comme une cau­tion lors­qu’il dit n’avoir « au­cun mé­pris » pour les che­mi­nots. Ceux-ci, qui se sentent stig­ma­ti­sés, au­ront beau jeu de lui ré­pondre : « Toi qui veux tel­le­ment al­ler de l’avant, à toute vi­tesse, n’ou­blie pas d’où tu viens. » Mais les ar­gu­ments ali­gnés par Em­ma­nuel Ma­cron, pour ré­af­fir­mer le bien­fon­dé de sa ré­forme vont com­pli­quer la tâche des gré­vistes qui es­sayent de ra­me­ner l’opi­nion dans leur camp.

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