PS : sup­plé­tif de qui ?

L'Opinion - - Macron Se Place Au Centre Du Village - Gilles Sa­va­ry

LOIN DES POS­TURES tac­tiques et des in­trigues à sus­pense des con­grès de sa splen­deur, le PS a di­gne­ment fait acte de sur­vie le week-end der­nier à Au­ber­vil­liers.

Il faut rendre l’hom­mage de la fi­dé­li­té et du dés­in­té­res­se­ment à ceux qui se pro­posent au­jourd’hui de « gar­der la mai­son » et de te­nir la tran­chée dans des condi­tions ex­trê­me­ment dif­fi­ciles !

Mais force est de consta­ter que mal­gré l’in­con­tes­table qua­li­té de leurs in­ter­ven­tions, ce qu’il reste des groupes par­le­men­taires so­cia­listes reste in­au­dible. Le nou­veau pa­tron du PS, Oli­vier Faure, n’avait guère d’autres res­sources, pour ré­veiller la flamme de l’es­poir, que d’en ré­fé­rer à l’his­toire sé­cu­laire du so­cia­lisme, à son pres­ti­gieux pan­théon, et à la flam­boyante re­nais­sance qui a sui­vi la trans­mu­ta­tion de la SFIO ago­ni­sante en Par­ti so­cia­liste d’Epi­nay, par Fran­çois Mit­ter­rand en 1971.

Mais sans lui faire in­jure, n’est pas Mit­ter­rand qui veut et l’on peine au­jourd’hui à dis­cer­ner la ré­ité­ra­tion d’un tel scé­na­rio.

L’his­toire toute aus­si brillante du Par­ti ra­di­cal qui a conso­li­dé la Ré­pu­blique, créé l’école pu­blique, ins­tau­ré la laï­ci­té, pré­fi­gu­ré l’ONU, ga­gné la grande guerre et en­ga­gé une dé­co­lo­ni­sa­tion pa­ci­fique, en­seigne qu’en politique un glo­rieux pas­sé ne ga­ran­tit pas l’ave­nir.

Ten­sion et rup­ture. Le PS a ex­plo­sé sur les am­bi­guï­tés idéo­lo­giques et les cla­nismes qui ont long­temps fait son suc­cès élec­to­ral, parce que l’exer­cice du pou­voir dans le monde d’au­jourd’hui et les épreuves tra­ver­sées par le pays les ont mis en ten­sion jus­qu’à la rup­ture.

Il au­rait certes be­soin d’en fi­nir avec ces fausses syn­thèses entre faux amis dont Fran­çois Hol­lande res­te­ra le vir­tuose in­sur­pas­sable, et qui l’ont ber­cé dans l’illu­sion d’une rente élec­to­rale éter­nelle. Mais si une ligne claire est in­dis­pen­sable à un par­ti à vo­ca­tion ma­jo­ri­taire, un par­ti mi­no­ri­taire a avant tout be­soin d’une in­car­na­tion forte.

Force est de consta­ter que le PS d’Au­ber­vil­liers n’avait d’autre op­tion que de sa­cri­fier une nou­velle fois à un ras­sem­ble­ment pav­lo­vien, mais il ne pro­pose pas pour au­tant aux Fran­çais une fi­gure po­ten­tiel­le­ment pré­si­den­tiable en al­ter­na­tive à Em­ma­nuel Ma­cron. Tout in­dique pour­tant que la ré­vo­lu­tion des urnes de 2017 qui a por­té Em­ma­nuel Ma­cron au pou­voir et qui l’y main­tient au prix d’un cé­sa­risme aux pieds d’ar­gile, va cé­der la place à une pro­gres­sive nor­ma­li­sa­tion politique.

On peut pen­ser que les pro­chaines échéances élec­to­rales, no­tam­ment les eu­ro­péennes, vont brû­ler les der­niers feux du fu­nam­bu­lisme « et de gauche, et de droite », mais elles vont aus­si es­quis­ser la re­com­po­si­tion d’un pay­sage politique plus clas­sique.

A droite, la dy­na­mique est à la consti­tu­tion d’une opposition fron­tale à Em­ma­nuel Ma­cron nour­rie de po­ro­si­té, au moins idéo­lo­gique, entre LR et l’ex­trême droite. A gauche, le mou­ve­ment de Be­noît Ha­mon, qui a le temps et l’âge de Mé­len­chon pour lui, spé­cule sur son ha­sar­deux héritage.

Du coup, la seule ques­tion qui vaille pour l’ave­nir du PS, et qu’il ne pou­vait tran­cher à Au­ber­vil­liers, c’est de sa­voir de qui il se­ra le sup­plé­tif, dans la pers­pec­tive d’une ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle de 2022 qui re­po­se­ra plus sû­re­ment sur un choc de coa­li­tions par­ti­sanes que sur un nou­veau raz de ma­rée LREM. C’est à ce prix qu’il sub­siste en­core un es­pace politique pour un par­ti comme le PS.

Mais on se sou­vient que face à ce di­lemme, ce qu’il res­tait du grand Par­ti ra­di­cal sous la Ve Ré­pu­blique s’est scin­dé en deux…

Gilles Sa­va­ry est an­cien député PS de Gi­ronde.

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