Wall Street boude la sai­son des ré­sul­tats

L'Opinion - - The Wall Street Journal & Lopinion - James Ma­ckin­tosh

Cette an­née, la pé­riode des ré­sul­tats ne dé­chaîne pas l’en­thou­siasme chez les investisseurs amé­ri­cains.

Une seule fois au­pa­ra­vant, les pré­vi­sions de bé­né­fices aux Etats- Unis avaient aug­men­té aus­si for­te­ment, ou aus­si ra­pi­de­ment, que cette an­née. Pour­tant, aux yeux des investisseurs, ce­la im­porte peu car les ac­tions sont orien­tées à la baisse. Le ré­sul­tat est que la me­sure d’éva­lua­tion pré­fé­rée de Wall Street a chu­té à une vi­tesse d’ordinaire ob­ser­vée uni­que­ment en cas de crise.

Ce­la ne veut pas dire que les ac­tions sont une mau­vaise af­faire. Mais le ra­tio cours- bé­né­fices à 12 mois du S&P 500 est tom­bé de 18,6 fois le bé­né­fice à la fin du mois de jan­vier à 16,4 fois à la clô­ture mar­di, re­ve­nant à son ni­veau de 2014, se­lon Thom­son Reu­ters IBES. Les ac­tions sont évi­dem­ment moins chères – bien qu’en­core su­pé­rieures à leur moyenne de­puis 1985.

Cette com­bi­nai­son ( baisse des cours des ac­tions et hausse ra­pide des es­ti­ma­tions des bé­né­fices) est ra­re­ment ob­ser­vable en de­hors des crises, car la pers­pec­tive de pro­fits plus éle­vés at­tire gé­né­ra­le­ment les investisseurs. Les deux der­nières fois où le ra­tio cours-bé­né­fices a chu­té aus­si ra­pi­de­ment ont été la crise grecque de 2010 et les len­de­mains de la faillite de Leh­man Bro­thers en 2008. Par­mi les autres pré­cé­dents, on re­trouve l’écla­te­ment de la bulle In­ter­net, l’ef­fon­dre­ment en 1998 du fonds spé­cu­la­tif Ca­pi­tal Ma­na­ge­ment et le krach boursier de 1987.

Pour­tant, les investisseurs ont ra­re­ment mon­tré si peu d’in­tê­ret pour une sai­son des ré­sul­tats que pour celle qui a com­men­cé sé­rieu­se­ment ce ven­dre­di.

Les bé­né­fices de­vraient être spec­ta­cu­laires, même sans le coup de pouce de la ré­duc­tion d’im­pôt de Do­nald Trump. Les so­cié­tés du S&P 500 de­vraient af­fi­cher un bé­né­fice par ac­tion en hausse de 18 % par rap­port à l’an­née der­nière, se­lon Ho­ward Sil­ver­blatt de S&P Dow Jones In­dices. La pré­vi­sion glis­sante sur 12 mois des bé­né­fices ajus­tés a aug­men­té de plus de 11 % de­puis le dé­but de l’an­née, une hausse qui n’a été dé­pas­sée que du­rant la sor­tie de ré­ces­sion en 2009.

En­core mieux, les ventes glo­bales de­vraient aug­men­ter de 7 %, pour­sui­vant la hausse de l’an­née der­nière, la plus ra­pide de­puis 2011. Une partie de la crois­sance de­vrait pro­ve­nir de la re­prise des prix du pé­trole, mais con­trai­re­ment à la der­nière dé­cen­nie, il y a aus­si une part dé­cente de crois­sance éco­no­mique. Nous pour­rions en­fin avoir des ré­sul­tats d’en­tre­prises bons non seule­ment pour les investisseurs, mais aus­si pour mon­sieur tout le monde : les bé­né­fices pro­ve­nant de la hausse des re­ve­nus et d’une meilleure san­té de l’économie de­vraient en prin­cipe se main­te­nir, même si des sa­laires plus éle­vés me­nacent les marges bé­né­fi­ciaires.

Alors pour­quoi les ac­tion­naires ne s’en sou­cient-ils pas ? Peut- être re­jettent- ils sim­ple­ment les pré­vi­sions. Les ana­lystes ont ten­dance à suivre le mar­ché et la chute des cours si­gni­fie qu’ils vont bien­tôt com­men­cer à ré­duire leurs pré­vi­sions de bé­né­fices, comme ils l’ont fait peu après le pic du mar­ché en 2007 et en 2000. La chute des ac­tions de­puis fin jan­vier en­traîne une baisse de l’op­ti­misme par­mi les ana­lystes, leurs amé­lio­ra­tions des bé­né­fices ne re­pré­sen­tant plus que 55 % des nou­velles pré­vi­sions, contre un sommet de 82 %. Le mar­ché a re­pé­ré les signes que la re­prise mon­diale syn­chro­ni­sée n’est plus si syn­chro­ni­sée, et les ana­lystes suivent à contre­coeur.

Les par­ti­sans de Wall Street sou­lignent que les ana­lystes ne pré­voient que le ré­sul­tat le plus pro­bable, pas sa pro­ba­bi­li­té. Il est pos­sible d’ac­cep­ter la pré­vi­sion cen­trale, mais pen­ser qu’elle est moins pro­bable qu’elle ne l’était en rai­son du risque crois­sant d’une mau­vaise nou­velle – une ac­tion gou­ver­ne­men­tale contre des en­tre­prises tech­no­lo­giques, une guerre com­mer­ciale ou un conflit – fait dé­railler les pro­fits. Ce risque jus­ti­fie la baisse des prix des ac­tions, même si dans la plu­part des cas tout se passe bien et les bé­né­fices aug­mentent comme pré­vu.

Bien sûr, les investisseurs pour­raient juste sous- éva­luer les bé­né­fices. Da­vid Kos­tin, stra­té­giste en chef chez Gold­man Sachs, sou­ligne que la ma­jo­ri­té de la baisse du cours des ac­tions de­puis jan­vier est sur­ve­nue pen­dant les pé­riodes où les so­cié­tés étaient blo­quées dans leurs ra­chats. Etant don­né que les ra­chats d’en­tre­prises consti­tuent de­puis des an­nées la plus grande source de de­mande d’ac­tions, leur ab­sence ren­drait le mar­ché plus vul­né­rable à la vente liée aux mau­vaises nou­velles.

Une der­nière ex­pli­ca­tion est celle d’un mau­vais ti­ming. Les ac­tions ont connu une forte pro­gres­sion, le S&P ayant pro­gres­sé de 24 % sur un an à la fin de jan­vier. Les ac­tion­naires ont ra­pi­de­ment pris en compte les avan­tages d’une baisse de l’im­pôt sur les so­cié­tés, tan­dis que les ana­lystes at­ten­daient les pré­vi­sions des en­tre­prises avant d’aug­men­ter les leurs.

Cette sai­son des ré­sul­tats pour­rait don­ner un aper­çu à la fois sur le sé­rieux de la pres­sion sa­la­riale, et sur la pos­si­bi­li­té d’une aug­men­ta­tion des ventes pour la com­pen­ser. Au cours de ce tri­mestre, où les ré­duc­tions d’im­pôt rendent les com­pa­rai­sons de ré­sul­tats plus dif­fi­ciles, les sur­prises sur les ventes ou les marges avant im­pôt pour­raient dé­tour­ner l’at­ten­tion des investisseurs de la po­li­tique – pour quelques jours du moins.

SIPA PRESS

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