Des am­bi­tions eu­ro­péennes à l’épreuve de la réa­li­té

L'Opinion - - Europe : Macron Marche Seul - Isa­belle Mar­chais (en­voyée spé­ciale à Stras­bourg) @IMar­chais

PERVENCHE BERÈS ne dé­co­lère pas. « Pour in­ter­ve­nir en Sy­rie, la CDU-CSU est contente du tra­vail de la France. Pour fi­na­li­ser la zone eu­ro avec un bud­get de la zone eu­ro, par contre c’est non. La France paie­ra, nou­velle doc­trine de la so­li­da­ri­té par la CDU-CSU ? », a twee­té di­manche l’eu­ro­dé­pu­tée so­cia­liste.

De fait, la droite al­le­mande freine des quatre fers sur l’ap­pro­fon­dis­se­ment de l’union éco­no­mique et mo­né­taire, dont l’im­por­tance se­ra rap­pe­lée mar­di à Stras­bourg par Em­ma­nuel Ma­cron. Les so­ciaux- dé­mo­crates ne sont pas en reste, même si l’ac­cord de coa­li­tion ne ferme au­cune porte pour la suite. Pour cor­ser le tout, huit pays du nord, me­nés par les Pays-Bas, ont pro­po­sé dé­but mars de re­por­ter les vo­lets les plus am­bi­tieux et de se concen­trer sur l’union ban­caire et celle des mar­chés de ca­pi­taux.

A Pa­ris, on se veut pour­tant op­ti­miste. Une feuille de route fran­co-al­le­mande se­ra pré­sen­tée d’ici au Conseil eu­ro­péen du mois de juin, afin de main­te­nir la dy­na­mique sur le long terme. Et, af­firme un di­plo­mate, « la zone eu­ro est un arbre qui cache la fo­rêt. Ce qui a été adop­té ou mis dans les tuyaux de­puis le dis­cours de la Sor­bonne est si­gni­fi­ca­tif et même as­sez re­mar­quable ».

En sep­tembre, Em­ma­nuel Ma­cron avait ap­pe­lé de ses voeux une Eu­rope qui pro­tège et af­firme sa sou­ve­rai­ne­té. Sept mois plus tard, un ac­cord am­bi­tieux sur la très contro­ver­sée di­rec­tive sur le tra­vail dé­ta­ché a été trou­vé et di­verses pro­po­si­tions, sur la fis­ca­li­té des géants du nu­mé­rique ou la mise en place d’une au­to­ri­té eu­ro­péenne du tra­vail des­ti­née à lut­ter contre les fraudes et abus, sont dé­sor­mais sur la table du Conseil.

Dé­fense. Des avan­cées im­por­tantes ont en outre été réa­li­sées sur le front de la dé­fense : un fonds eu­ro­péen est en train de se mettre en place, au­quel la Com­mis­sion de­vrait pro­po­ser dé­but mai d’al­louer des moyens consé­quents, et vingt-cinq Etats membres ont dé­ci­dé de lan­cer une co­opé­ra­tion struc­tu­rée per­ma­nente. « Sur la dé­fense, il y a un chan­ge­ment d’es­prit qui est as­sez fort, et ce­la ne va pas s’ar­rê­ter car l’état du monde va plu­tôt dans le sens d’une ac­cé­lé­ra­tion des pos­si­bi­li­tés d’agir dont dis­posent les Eu­ro­péens », ex­plique un fin connais­seur du dos­sier.

Les dis­cus­sions avancent aus­si sur les ques­tions de ges­tion des fron­tières et de lutte contre le ter­ro­risme. Sur la po­li­tique com­mer­ciale, autre su­jet em­blé­ma­tique de l’UE, l’état d’es­prit est aus­si en train d’évo­luer, avec le ren­for­ce­ment des me­sures an­ti­dum­ping, les ré­centes pro­po­si­tions de Bruxelles pour un meilleur contrôle des in­ves­tis­se­ments stra­té­giques et la vo­lon­té af­fir­mée par les di­ri­geants eu­ro­péens de re­lan­cer l’idée de ré­ci­pro­ci­té dans les mar­chés pu­blics et d’avan­cer sur un pro­jet de pro­cu­reur com­mer­cial eu­ro­péen.

A dé­faut d’avoir eu gain de cause sur les listes trans­na­tio­nales, re­to­quées par le Par­le­ment eu­ro­péen, Em­ma­nuel Ma­cron peut aus­si se fé­li­ci­ter d’avoir convain­cu tous ses ho­mo­logues de lan­cer dans leur pays des « consul­ta­tions ci­toyennes » sur l’Eu­rope. Même la Hon­grie de Vik­tor Or­ban a dé­ci­dé de jouer le jeu. Reste à sa­voir ce qu’il en sor­ti­ra. Et si la France y trou­ve­ra des ar­gu­ments pour convaincre tout ou par­tie de ses par­te­naires de pous­ser son agen­da de re­fon­da­tion.

SIPA PRESS

Le Par­le­ment eu­ro­péen de Stras­bourg.

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