Du dé­li­cat exer­cice d’in­ter­ro­ger un pré­sident de la Ré­pu­blique

L'Opinion - - Europe : Macron Marche Seul - C.L.

« C’EST UNE PLAISANTERIE ? » Lorsque Léa Sa­la­mé re­prend François Hol­lande sur la ques­tion des mi­grants lors de l’émis­sion « Dia­logues ci­toyens », la jour­na­liste n’est pas loin d’être ac­cu­sée de crime de lèse-ma­jes­té. Deux ans plus tard, après le ren­dez-vous âpre qui a op­po­sé Em­ma­nuel Ma­cron au duo Jean-Jacques Bour­din-Edwy Ple­nel, cette re­marque pas­se­rait presque pour une gen­tillesse. « Entre la ré­vé­rence de Laurent De­la­housse et l’ani­mo­si­té ex­pri­mée di­manche soir, il existe autre chose : le jour­na­lisme », tacle un bon ob­ser­va­teur.

De­la­housse lui-même, très cri­ti­qué en ef­fet lors de son en­tre­tien avec le chef de l’Etat à l’Ely­sée, s’est au­to­ri­sé une ré­ponse à peine voi­lée à ses dé­trac­teurs en ret­wee­tant le mes­sage de l’his­to­rien Tho­mas Sne­ga­roff : « Ana­lyse : Bour­din est du ma­tin ».

Il faut croire pour­tant que les Fran­çais avaient di­manche soir l’en­vie d’en dé­coudre. Là où les dé­am­bu­la­tions de Laurent De­la­housse et Em­ma­nuel Ma­cron n’avaient pas eu d’ef­fet tan­gible sur le 20 heures de France 2, l’émis­sion de ce di­manche a, elle, fait ex­plo­ser l’au­dience de BFMTV : 3,8 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs en moyenne étaient de­vant leur écran du­rant les deux heures qua­rante d’in­ter­view, avec un pic à 4,2 mil­lions peu avant 21 heures. C’est le deuxième meilleur score de l’his­toire de la chaîne d’in­fo, après le dé­bat pré­si­den­tiel d’avril 2017 qui avait réuni 5,5 mil­lions de per­sonnes. Une per­for­mance qui a pla­cé BFM der­rière TF1 mais de­vant toutes ses autres concur­rentes. De là à dire que l’exer­cice doit être re­pro­duit…

La forme a tout em­por­té. Au fi­nal, très peu de com­men­taires po­li­tiques en tant que tels sur l’in­ter­view pré­si­den­tielle. Em­ma­nuel Ma­cron, s’ex­pri­mant sans notes, n’a, il est vrai, pas fait d’annonce to­ni­truante, pas pro­non­cé de phrase po­lé­mique ni com­mis de bourde. Mais sur­tout, la forme a tout em­por­té. La to­na­li­té et la par­tia­li­té des ques­tions de Jean-Jacques Bour­din et Edwy Ple­nel ont été très cri­ti­quées. In­ter­view pré­si­den­tielle no­va­trice ou en­tre­tien dé­sa­cra­li­sant la fonc­tion ? Le dé­bat fait rage. « La sé­ré­ni­té, en toutes cir­cons­tances per­met de re­le­ver tous les dé­fis, pour le Bien com­mun. Et sur l’es­sen­tiel et sur temps long. N’en dé­plaise aux pro­cu­reurs de l’ac­ces­soire » , a twee­té, dès l’émis­sion ter­mi­née, Bru­no Ro­ger-Pe­tit, le conseiller au­près du pré­sident - comme pour se ras­su­rer.

Qu’elle soit ju­gée po­si­ti­ve­ment ou né­ga­ti­ve­ment, cette in­ter­view mar­que­ra une rup­ture. Les pres­ta­tions d’Em­ma­nuel Ma­cron sur TF1 et BFMTV, même si elles ont été très dif­fé­rentes, ont été liées par un même fil rouge : le chef de l’Etat a mar­te­lé qu’il ne chan­ge­rait pas d’un io­ta sa ligne.

Quelles en se­ront les consé­quences pour lui ? « Je pense que l’en­semble de cette sé­quence, qui in­clut aus­si l’éva­cua­tion de No­treDame-de-Landes et le dis­cours aux Ber­na­dins en di­rec­tion des ca­tho­liques, va po­la­ri­ser un peu plus l’opi­nion entre ses sou­tiens qui se­ront re­vi­go­rés et ses dé­trac­teurs, es­time Ber­nard Sa­na­nès, le pré­sident de l’ins­ti­tut de son­dage Elabe. Mais l’es­sen­tiel pour lui était de s’ache­ter du temps au­près de ceux qui es­timent qu’il est en­core trop tôt pour ju­ger son ac­tion ».

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