The­re­sa May cri­ti­quée après le bom­bar­de­ment

L'Opinion - - Europe : Macron Marche Seul - Tris­tan de Bour­bon (à Londres) @Twis­tanBP

« NOUS AVONS AGI car il est dans notre in­té­rêt na­tio­nal de le faire (...). Nous ne pou­vons pas au­to­ri­ser la nor­ma­li­sa­tion des armes chi­miques, que ce soit en Sy­rie, dans les rues bri­tan­niques ou ailleurs. » La Pre­mière mi­nistre bri­tan­nique, The­re­sa May, a dé­fen­du lun­di à la Chambre des Com­munes la dé­ci­sion de son gou­ver­ne­ment de bom­bar­der trois lieux pré­sen­tés comme des ins­tal­la­tions chi­miques du ré­gime du pré­sident sy­rien Ba­char al-As­sad. Avant d’as­su­rer : « Nous l’avons fait car nous pen­sions que c’était la bonne chose à faire. Et nous ne sommes pas seuls. Il existe un vaste sou­tien in­ter­na­tio­nal pour notre ac­tion. »

Cette me­sure est for­te­ment cri­ti­quée Ou­treManche car elle a été prise sans l’ac­cord des dé­pu­tés bri­tan­niques. Un dé­tail vi­si­ble­ment pour The­re­sa May, un vrai mo­tif d’in­di­gna­tion pour de nom­breux ob­ser­va­teurs et ac­teurs du monde po­li­tique. « C’est la res­pon­sa­bi­li­té du Par­le­ment de me te­nir res­pon­sable pour ce genre d’ac­tions et le Par­le­ment le fe­ra, a-t-elle af­fir­mé. Mais c’est ma res­pon­sa­bi­li­té en tant que Pre­mière mi­nistre de les prendre et je les pren­drai. »

Men­songes. De­puis 2003, la conven­tion veut pour­tant que le Par­le­ment soit consul­té avant tout usage de la force, un pro­ces­sus a prio­ri lo­gique dans un ré­gime par­le­men­taire. En pas­sant outre cette ha­bi­tude et en uti­li­sa­tion les droits liés aux pré­ro­ga­tives royales, l’oc­cu­pante du 10 Dow­ning Street a sû­re­ment vou­lu évi­ter le sort su­bi par deux de ses pré­dé­ces­seurs. L’opi­nion pu­blique et de nom­breux élus n’ont en ef­fet ja­mais par­don­né à To­ny Blair de leur avoir men­ti en 2003 en as­su­rant dis­po­ser de preuves que le ré­gime de Sad­dam Hus­sein dis­po­sait d’armes chi­miques afin de pou­voir en­trer en guerre en Irak. Dix ans plus tard, Da­vid Ca­me­ron a per­du un vote aux Com­munes des­ti­né à l’au­to­ri­ser à bom­bar­der, dé­jà, les po­si­tions de Ba­char al-As­sad.

Cette an­née, au­cune preuve n’a été par­ta­gée avec l’op­po­si­tion. The­re­sa May a jus­ti­fié ce choix par l’im­pos­si­bi­li­té de par­ta­ger des in­for­ma­tions sen­sibles, même si elle a as­su­ré « que le ré­gime sy­rien est res­pon­sable de cette at­taque », me­née « par hé­li­co­ptère et qu’au­cun autre groupe ne dé­tient d’hé­li­co­ptères ». Elle a donc es­ti­mé que son équipe était « confiante » dans la so­li­di­té de ses in­for­ma­tions et de ses conclu­sions et qu’il était urgent d’agir pour em­pê­cher de fu­tures autres at­taques. Une ex­pli­ca­tion guère va­lide, se­lon l’op­po­si­tion.

Pour The­re­sa May, cette ac­tion ne vise pas « à in­ter­ve­nir dans la guerre ci­vile en Sy­rie ou à un chan­ge­ment de ré­gime ». Elle a ajou­té que « les gou­ver­ne­ments de toutes cou­leurs ac­ceptent qu’une opé­ra­tion mi­li­taire ex­cep­tion­nelle, né­ces­saire, pro­por­tion­née et en der­nier re­cours, me­née pour évi­ter une ca­tas­trophe hu­ma­ni­taire soit per­mise se­lon la loi in­ter­na­tio­nale ». C’est d’ailleurs l’avis de l’an­cien Mi­nistre des af­faires étran­gères de Da­vid Ca­me­ron et an­cien chef du par­ti conser­va­teur William Hague : « Je n’au­rais ja­mais en­vi­sa­gé une lé­gis­la­tion re­qué­rant l’ap­pro­ba­tion du Par­le­ment pour ce genre d’ac­tion ponc­tuelle aux ob­jec­tifs li­mi­tés. » D’au­tant qu’au­cune ten­ta­tive de né­go­cia­tion di­plo­ma­tique n’a se­lon la cheffe du par­ti conser­va­teur pu abou­tir en rai­son du blo­cage de la Rus­sie et du ré­gime sy­rien.

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