Fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif: les belles his­toires de tante Ulule

La pla­te­forme de crow­fun­ding a in­jec­té plus de 100 mil­lions dans l’éco­no­mie en huit ans d’exis­tence

L'Opinion - - Syndicats : Le Déclin S’accélère - Em­ma­nuelle Du­cros w@em­ma_­du­cros

Se­lon une étude me­née sur l’im­pact éco­no­mique d’Ulule, le site de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif a per­mis, de­puis son lan­ce­ment, la créa­tion de 1 600 em­plois du­rables et la nais­sance de 1 000 en­tre­prises. 20 000 pro­jets ont été fi­nan­cés sur Ulule. LE FI­NAN­CE­MENT PAR­TI­CI­PA­TIF VIR­TUEL a dé­sor­mais une vi­trine réelle : Ulule, une des plus an­ciennes pla­te­formes du genre, a ou­vert une bou­tique rue de Clé­ry, dans le « Si­li­con Sen­tier » pa­ri­sien. On peut, dans cet es­pace mi- co­wor­king mi-sho­wroom, ache­ter une sé­lec­tion des pro­duits nés du fi­nan­ce­ment de pro­jets en ligne. Livres, co­li­fi­chets pour dames, huiles es­sen­tielles et le der­nier al­bum d’un groupe pop, Mo­riar­ty…

« Ce­la té­moigne de la va­rié­té des pro­jets qui se fi­nancent via Ulule », constate Ar­naud Bur­got, di­rec­teur gé­né­ral de la pla­te­forme, née en 2010. Sur un peu plus de 100 mil­lions d’eu­ros col­lec­tés de­puis le lan­ce­ment, l’en­tre­pre­neu­riat so­cial et so­li­daire en a concen­tré 16,3 mil­lions. Mais c’est pour les pro­jets cultu­rels qu’Ulule s’est ré­vé­lé le plus utile. Entre le fi­nan­ce­ment des films et des vi­déos (14,8 mil­lions), de la mu­sique (12,6 mil­lions), des pro­jets d’édi­tion (10 mil­lions) Ulule est de­ve­nu un ou­til in­dis­pen­sable pour la créa­tion. Le monde de la bande des­si­née en bé­né­fi­cie par­ti­cu­liè­re­ment : en trois ans, il a gé­né­ré 6 mil­lions d’eu­ros de col­lecte !

Le concept d’Ulule consiste à nu­mé­ri­ser la « love mo­ney », l’ar­gent in­ves­ti par des proches dans un pro­jet. « Le site et ses pré­sen­ta­tions servent de base pour rendre la re­cherche de fi­nan­ce­ments moins in­tru­sive, en trans­fé­rant juste un lien et en lais­sant les fi­nan­ceurs po­ten­tiels se dé­ci­der sans pres­sion. La col­lecte est plus simple grâce au bouche-à-oreille et la vi­ra­li­té so­ciale. On s’aper­çoit que dès qu’un tiers des ob­jec­tifs de col­lecte sont at­teints au­près des proches, les in­con­nus com­mencent à s’y in­té­res­ser », note Ar­naud Bur­got. La pla­te­forme a beau­coup dé­ve­lop­pé son ac­com­pa­gne­ment : elle aide les por­teurs de pro­jets à « vendre » leur idée de fa­çon concise et à pro­po­ser des contre­par­ties in­té­res­santes. Car sur Ulule, le bé­né­fice des do­na­teurs n’est pas fi­nan­cier. « Il faut trou­ver des contre­par­ties ma­té­rielles, mais aus­si im­ma­té­rielles. Ré­cem­ment pour le fi­nan­ce­ment d’un pro­to­type de ro­bot désher­beur, une des contre­par­ties était une in­vi­ta­tion à dé­cou­vrir le fonc­tion­ne­ment en si­tua­tion. Ce que l’ar­gent ne peut ache­ter est ap­pré­cié des fi­nan­ceurs », note Ar­naud Bur­got.

Profs de la­tin et web sé­ries. La moyenne d’une col­lecte sur Ulule ? 5 000 eu­ros. Mais les re­cords se mul­ti­plient. Ain­si, un col­lec­tif de profs de la­tin dé­fen­dant les langues mortes en po­sant dans un ca­len­drier vê­tus de toges a-t-il dé­pas­sé son ob­jec­tif de… 6 000 % ! En termes de vo­lumes de fi­nan­ce­ment, Ulule peut se ré­vé­ler spec­ta­cu­laire. « Le re­cord ab­so­lu re­vient, par deux fois, à une web sé­rie très geek ap­pe­lée Noob, qui a le­vé 680 000 puis 1,2 mil­lion d’eu­ros pour fi­nan­cer de nou­velles sai­sons. Un razde-ma­rée ! » s’amuse Ar­naud Bur­got. Une bande des­si­née ba­sée sur la trans­po­si­tion mé­dié­vale d’une guerre entre youtu­beurs, ap­pe­lée « les FDP de Tu­bo­nia » a le­vé 560 000 eu­ros… Loin de ces su­jets lé­gers, SOS Mé­de­cins a fi­nan­cé via Ulule un ba­teau de sau­ve­tage pour les mi­grants de Mé­di­ter­ra­née, le quo­ti­dien Nice Ma­tin une par­tie de son sau­ve­tage et le Musée d’Or­say la res­tau­ra­tion de l’ate­lier du peintre Cour­bet.

Il manque dé­sor­mais un éco­sys­tème de sou­tien pour ac­com­pa­gner les pro­jets, no­tam­ment édi­to­riaux. « L’ef­fet Ulule, c’est que des au­teurs, des des­si­na­teurs, se re­trouvent à gé­rer l’im­pres­sion, la dis­tri­bu­tion des livres et ils ne savent pas tou­jours faire », note le di­rec­teur gé­né­ral. Pour lui, l’étape sui­vante de l’évo­lu­tion du fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif se­ra le dé­ve­lop­pe­ment de fonc­tions sup­port pour sous­tendre cette nou­velle forme du fi­nan­ce­ment de la cul­ture.

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