Le chef de l’Etat s’at­taque aux ta­bous de la pro­tec­tion so­ciale

L'Opinion - - Modèle Social : Macron Persiste Et Signe - Mi­reille Wein­berg @Mi_Wein­berg

LE PRÉ­SIDENT de la Ré­pu­blique a vu large. Dans son dis­cours d’ou­ver­ture au 42e con­grès de la Mu­tua­li­té Fran­çaise, Em­ma­nuel Ma­cron a ba­layé tous les su­jets so­ciaux du mo­ment, de la re­traite, à la dé­pen­dance, en pas­sant par la san­té, la pau­vre­té ou l’ex­clu­sion. Sur tous ces points, il a pris soin de re­don­ner de la co­hé­rence à son ac­tion.

Ses idées sont claires : pas ques­tion de dé­pen­ser sans comp­ter ou de mettre des pan­se­ments sur des jambes de bois. Mais il faut trans­for­mer pro­fon­dé­ment le pay­sage so­cial. La mé­thode ? « Son ADN, c’est de re­gar­der la réa­li­té en face », dit une de ses proches conseillères. Son constat est clair : notre dis­po­si­tif de pro­tec­tion so­ciale n’est plus adap­té à la so­cié­té. « Il faut ré­in­ven­ter l’Etat pro­vi­dence, c’est d’une ré­forme ra­di­cale dont nous avons be­soin », a-t-il ex­pli­qué. « Em­ma­nuel Ma­cron est d’une dé­ter­mi­na­tion sans faille », dit un autre conseiller. « Nous pour­rions, nous aus­si et après tant d’autres, cé­der à l’ado­ra­tion des to­tems. Mais, je pré­fère l’ef­fi­ca­ci­té aux to­tems », a d’ailleurs as­sé­né le Pré­sident, de­vant les mu­tua­listes.

La preuve par la ré­forme des re­traites. Une ré­forme que tous pré­di­saient im­pos­sible. « Une bombe à frag­men­ta­tion lente », dit un di­ri­geant mu­tua­liste. Pour le mo­ment, tout se passe plu­tôt bien. Jean-Paul De­le­voye, le Haut-Com­mis­saire aux re­traites, est à la ma­noeuvre, dans un es­prit réel d’ou­ver­ture, qu’a même sou­li­gné le se­cré­taire gé­né­ral de la CFDT, Laurent Berger. Et pro­gres­si­ve­ment les idées fixes du Pré­sident font leur che­min.

Sta­tuts. Oui, le sys­tème est in­juste, illi­sible et an­xio­gène pour les jeunes gé­né­ra­tions. « Nos 42 ré­gimes de re­traite se sont construits à par­tir des sta­tuts pro­fes­sion­nels. Cette so­cié­té des sta­tuts ne cor­res­pond plus aux dé­fis contem­po­rains », a pré­ci­sé Em­ma­nuel Ma­cron. Exit donc les avan­tages ac­quis, avec le « un eu­ro égal les mêmes droits », tout le monde se­ra lo­gé à la même en­seigne, avec ce­pen­dant le main­tien de cer­taines spé­ci­fi­ci­tés si elles sont jus­ti­fiées.

Idem pour la trans­for­ma­tion du sys­tème de san­té, où le Pré­sident ne se contente pas de col­ler des rus­tines. La mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, mène ac­tuel­le­ment une concer­ta­tion pour trans­for­mer tout le sys­tème de san­té, afin qu’il ré­ponde aux en­jeux que sont le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion et le dé­ve­lop­pe­ment des ma­la­dies chroniques. Les pre­mières an­nonces se­ront faites à l’été. C’est l’ana­to­mie du sys­tème, or­ga­ni­sé en si­lo avec la mé­de­cine de ville d’un cô­té et la mé­de­cine hos­pi­ta­lière de l’autre, qui va être en­tiè­re­ment re­vue. « Là en­core, c’est né­ces­saire et cou­ra­geux. Le dé­cloi­son­ne­ment vil­le­hô­pi­tal, va chan­ger la vie quo­ti­dienne de deux mil­lions de pro­fes­sion­nels de san­té, leurs for­ma­tions, leurs or­ga­ni­sa­tions… Ce n’est pas rien », pré­cise un conseiller mi­nis­té­riel. La der­nière ré­forme « sys­té­mique » re­monte à la loi De­bré de 1958 por­tant créa­tion des CHU. De­puis per­sonne n’avait osé tou­cher à cette pou­drière.

Même mé­thode pour la ré­forme de la dé­pen­dance, qui se­lon le Pré­sident, « ne peut plus être dif­fé­rée ». La France compte en ef­fet 100 000 per­sonnes sup­plé­men­taires de plus de 65 ans tous les ans. « Nous ne ré­gle­rons pas tout du jour au len­de­main, mais il nous faut construire un nou­veau risque et ré­pondre à cette nou­velle vul­né­ra­bi­li­té du grand âge. Une loi se­ra vo­tée avant fin 2019 », a-t-il pré­ci­sé. Quant aux aides so­ciales, là en­core, le Pré­sident veut une re­mise à plat. Il a pré­ci­sé que « les en­ga­ge­ments mo­né­taires se­raient main­te­nus, mais qu’il fau­dra dé­ve­lop­per l’ac­com­pa­gne­ment des per­sonnes vul­né­rables ». « Le Pré­sident a dé­fen­du sa mé­thode. Si ce­la se tra­duit par une plus grande as­so­cia­tion des dif­fé­rents ac­teurs, alors ce­la nous convient », a conclu Thierry Beau­det, le pré­sident de la Mu­tua­li­té Fran­çaise.

SI­PA PRESS

Em­ma­nuel Ma­cron, mer­cre­di, au 42e con­grès de la Mu­tua­li­té.

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