La nou­velle loi tra­vail et emploi reste sous les ra­dars

L'Opinion - - Modèle Social : Macron Persiste Et Signe - Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

IN­TI­TU­LÉ « Pour la li­ber­té de choi­sir son ave­nir pro­fes­sion­nel », le pro­jet de loi por­té par Mu­riel Pé­ni­caud est pré­sen­té comme le pro­jet de loi phare du gou­ver­ne­ment pour in­car­ner « la jambe gauche » de sa po­li­tique so­ciale. Il doit mettre en oeuvre le vo­let sé­cu­ri­té, et faire ain­si ba­lan­cier avec la par­tie plus li­bé­rale in­car­née par l’adop­tion des or­don­nances ré­for­mant le Code du tra­vail.

« Oui, mais voi­là, ce texte à co­lo­ra­tion so­ciale n’im­prime pas », se dé­sole un conseiller du gou­ver­ne­ment. Pour­tant éla­bo­ré après de vives dis­cus­sions avec les par­te­naires so­ciaux, ce texte ré­for­mant la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, l’ap­pren­tis­sage et l’as­su­rance-chô­mage com­prend de nom­breuses me­sures per­met­tant d’ai­der les jeunes mais aus­si les ac­tifs à s’in­sé­rer, à re­trou­ver un tra­vail, ou à ob­te­nir des ga­ran­ties et de nou­veaux droits.

Tech­ni­ci­té des dé­bats. Ain­si, ce texte contient par exemple une pro­fonde ré­forme du compte per­son­nel d’ac­ti­vi­té (CPA) qui se­ra ali­men­té en eu­ros et non plus en heures, ou­vert plus lar­ge­ment aux tra­vailleurs et d’une ma­nière gé­né­rale plus fa­cile d’ac­cès. C’est aus­si dans ce texte que les tra­vailleurs des pla­te­formes nu­mé­riques, comme Uber ou De­li­vroo ver­ront naître – via une charte – un sta­tut plus pro­tec­teur… C’est en­core cette loi qui en­cou­ra­ge­ra l’ap­pren­tis­sage. Ou en­core que l’in­dem­ni­sa­tion à l’as­su­ran­ce­chô­mage se­ra ou­verte aux dé­mi s s i o n - naires et aux in­dé­pen­dants (sous condi­tions), con­for­mé­ment à la pro­messe pré­si­den­tielle.

Si le texte sus­cite des dé­bats ani­més à l’As­sem­blée – plus de 1 400 amen­de­ments ont été dé­po­sés –, avec des op­po­si­tions ve­nues de la droite comme de la gauche, il perce peu mé­dia­ti­que­ment, et ne parle pas aux Fran­çais. En cause, la tech­ni­ci­té des dé­bats. Même si la loi veut jus­te­ment sim­pli­fier le ma­quis de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, le fond du su­jet reste com­plexe. L’autre dif­fi­cul­té tient en­suite au ca­len­drier. « La loi Pacte de Bruno Le Maire qui se­ra pré­sen­tée lun­di pro­chain en con­seil des mi­nistres, fait beau­coup plus par­ler d’elle », peste un défenseur du pro­jet Pé­ni­caud. Et de s’aga­cer « qu’entre les pri­va­ti­sa­tions qu’elle contient, ou la sup­pres­sion des seuils so­ciaux, il n’en fal­lait pas plus pour re­don­ner un ca­rac­tère très li­bé­ral à la po­li­tique éco­no­mique du gou­ver­ne­ment ». En­fin, ce­la tient aus­si à l’in­car­na­tion. Is­sue du monde de l’en­tre­prise, Mu­riel Pé­ni­caud est une an­cienne DRH, qui est moins connue que Bruno Le Maire qui oc­cupe la scène po­li­tique de­puis plus de dix ans. C’était sans comp­ter sur la vi­déo pos­tée par Em­ma­nuel Ma­cron, ce mar­di soir, qui évoque « le po­gnon de dingue mis dans les mi­ni­ma so­ciaux » et ne manque pas de faire polémique. Au sein même du gou­ver­ne­ment, cer­tains s’exas­pèrent d’une forme de mé­pris pou­vant trans­pa­raître des pro­pos du Pré­sident. « On se tue à dire que l’ob­jec­tif des ré­formes mises en oeuvre n’est pas que dic­té par de l’éco­no­mie, que l’on a le sou­ci des plus fra­giles, et là pa­ta­tras », s’ir­rite un conseiller.

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