AT&T-Time War­ner : le ma­riage qui ti­tille l’Eu­rope

Le deal à 85 mil­liards de dol­lars donne nais­sance à un nou­veau géant amé­ri­cain des conte­nus sur un mar­ché en ébul­li­tion

L'Opinion - - Modèle Social : Macron Persiste Et Signe - Mu­riel Motte @mu­riel­motte

AT&T et Time War­ner es­pèrent conclure leur fu­sion dès le 20 juin après le feu vert de la jus­tice à ce rap­pro­che­ment contes­té par l’ad­mi­nis­tra­tion Trump. Face aux grandes ma­noeuvres amé­ri­caines, l’Eu­rope est à la traîne. BIG IS BEAUTIFUL. Le feu vert don­né sans condi­tion mar­di par la jus­tice amé­ri­caine au ra­chat de Time War­ner par AT&T ouvre une nou­velle ère dans les mé­ga-fu­sions aux EtatsU­nis. L’ad­mi­nis­tra­tion Trump ne vou­lait pas de ce deal à 85 mil­liards de dol­lars an­non­cé fin 2016. Elle y voyait une at­teinte po­ten­tielle à la concur­rence, un ar­gu­ment ba­layé par le juge fé­dé­ral Ri­chard Leon. Do­nald Trump était aus­si per­son­nel­le­ment hos­tile à l’opé­ra­tion pour des rai­sons plus po­li­tiques, Time War­ner étant la mai­son-mère de CNN, sa bête noire dans le monde de l’information. Sept se­maines d’un pro­cès in­ten­té par le dé­par­te­ment de la Jus­tice n’ont pas per­mis à l’hôte de la Mai­son Blanche de ga­gner cette ba­taille.

N’en dé­plaise à Do­nald Trump, le ma­riage Time War­ner-AT&T de­vrait don­ner une nou­velle jeu­nesse au groupe, par ailleurs pro­prié­taire de la chaîne HBO, des stu­dios de ci­né­ma War­ner et de la mai­son d’édi­tion DC Co­mics. Avec, d’un cô­té, l’un des lea­ders mon­diaux de la pro­duc­tion té­lé­vi­suelle, ci­né­ma­to­gra­phique et de di­ver­tis­se­ment et, de l’autre, le pre­mier câ­blo- opé­ra­teur, par ailleurs deuxième opé­ra­teur mo­bile aux Etats- Unis, le nou­veau géant au­ra plus de res­sources pour ré­sis­ter au tsu­na­mi des ac­teurs « tech­nos » . C’est d’ailleurs sur le mode dé­fen­sif que Jef­frey Bewkes et Ran­dall Ste­phen­son, res­pec­ti­ve­ment pa­tron de Time War­ner et d’AT&T, ont dé­fen­du leur pro­jet : il s’agit pour eux de ré­sis­ter, sur le mar­ché amé­ri­cain, à la concur­rence dé­sor­mais pla­né­taire des Ga­fa et autres Net­flix en ma­tière de dif­fu­sion et de pro­duc­tion de conte­nus, à la­quelle ces der­niers consacrent des mil­liards de dol­lars chaque an­née.

Rou­leau com­pres­seur. « Les opé­ra­teurs té­lé­coms ont long­temps fo­ca­li­sé leur éner­gie sur la construc­tion des in­fra­struc­tures, pen­dant que les GA­FA et Net­flix se concen­traient sur les ser­vices qui ac­crochent le client, rap­pelle Mohs­sen Tou­mi, as­so­cié mé­dias- té­lé­com chez le ca­bi­net de con­seil en stra­té­gie Oli­ver Wy­man. Or c’est dans cette base clients que se trouvent la va­leur et le pri­cing po­wer. Au­jourd’hui, 80 % du temps pas­sé chez un opé­ra­teur est consa­cré aux ap­pli­ca­tions pro­po­sées par les four­nis­seurs de conte­nus, moins de 20 % seule­ment re­vient à l’in­ter­ac­tion di­recte entre l’opé­ra­teur et son abon­né. Pas­ser un ap­pel avec son smart­phone de­vient très ac­ces­soire. »

Si AT&T- Time War­ner compte dé­fendre sa place aux Etats- Unis, un eu­ro­péen peut- il se dres­ser face au rou­leau com­pres­seur Ama­zon/Net­flix ? « Dif­fi­cile d’es­sayer de jouer l’ef­fet taille face à ces com­pé­ti­teurs : le mar­ché eu­ro­péen est trop frag­men­té avec une cen­taine d’opé­ra­teurs té­lé­coms et des groupes de mé­dias écla­tés, pour­suit Mohs­sen Tou­mi. L’en­jeu pour les pre­miers est de cas­ser ce rap­port 80 %-20 %, en of­frant à leurs abon­nés des conte­nus qui leur plaisent, à la fois mon­diaux et lo­caux pour se dif­fé­ren­cier de Net­flix. Le dé­fi est de dis­po­ser d’une base clients suf­fi­sam­ment im­por­tante pour bien suivre leurs goûts et amor­tir les in­ves­tis­se­ments car les prix s’en­volent. »

L’ef­fet taille, on y re­vient tou­jours. « L’Eu­rope ne semble pas prête pour une mé­ga­fu­sion entre té­lé­coms et conte­nus, un exer­cice dif­fi­cile à me­ner entre deux mondes très dif­fé- rents. Elle doit d’abord gé­rer la fu­sion d’opé­ra­teurs entre eux, et de groupes de mé­dias entre eux, com­mente Jean-Charles Fer­re­ri, as­so­cié sec­teur té­lé­coms chez Mo­ni­tor De­loitte. Les eu­ro­péens doivent at­teindre une taille cri­tique s’ils veulent pou­voir né­go­cier avec les four­nis­seurs de conte­nus mon­diaux. Et dé­fendre, le cas échéant, leur propre mo­dèle face aux normes et au mo­dèle amé­ri­cains, en ma­tière de neu­tra­li­té du net par exemple. »

Em­pire latin. Sous l’oeil vi­gi­lant de ses au­to­ri­tés an­ti­trust, l’Eu­rope et sa cen­taine de « tel­cos » est à la peine. L’em­pire latin des mé­dias rê­vé par Vi­ven­di est af­fai­bli en France par les dif­fi­cul­tés de Ca­nal+. Et en Ita­lie où il se heurte à la ré­sis­tance de Te­le­com Ita­lia et de Me­dia­set dont il est ac­tion­naire. Ce der­nier a d’ailleurs si­gné un ac­cord avec le concur­rent bri­tan­nique Sky du groupe Mur­doch pour rap­pro­cher leurs té­lé­vi­sions payantes, une épine sup­plé­men­taire dans le pied du fran­çais. Dans les conte­nus, Orange et Al­tice SFR se­raient prêts à unir leurs forces en fu­sion­nant le bou­quet OCS et Al­tice Stu­dio, pour ten­ter d’en­di­guer le flot Net­flix et ses quelque 3,5 mil­lions de clients dans l’Hexa­gone.

Des pe­tites ma­noeuvres au re­gard des deals pro­chai­ne­ment at­ten­dus outre-At­lan­tique. Après AT&T- Time War­ner, le mar­ché at­tend une is­sue po­si­tive au ra­chat par Dis­ney d’une par­tie de 21st Cen­tu­ry Fox, pour plus de 50 mil­liards. A moins que Com­cast ne vienne jouer les tru­blions en fai­sant une contre- offre plus al­lé­chante...

« Dif­fi­cile d’es­sayer de jouer l’ef­fet taille face à ces com­pé­ti­teurs : le mar­ché eu­ro­péen est trop frag­men­té avec une cen­taine d’opé­ra­teurs té­lé­coms et des groupes de mé­dias écla­tés »

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