« Un manque de trans­pa­rence et de gou­ver­nance »

L'Opinion - - Modèle Social : Macron Persiste Et Signe - In­ter­view E.D.

FLORENCE BERTHOUT

est maire Les Ré­pu­bli­cains du Ve ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

Le groupe Bol­lo­ré pour­rait bien re­ti­rer ses Au­to­lib’ de Pa­ris, faute d’ac­cord avec le SVAM, et donc la mai­rie de Pa­ris, pour gé­rer les sur­coûts. Quelle est votre ré­ac­tion ?

Je suis en co­lère. Il y a une telle opa­ci­té, un tel ama­teu­risme de la part d’Anne Hi­dal­go dans la ges­tion de ces dos­siers de dé­lé­ga­tion de ser­vice pu­blic ! Nous, les élus d’op­po­si­tion, n’ob­te­nons pas de ré­ponses lorsque nous po­sons des ques­tions tech­niques. Nous avons, au mieux, des chiffres épars, contra­dic­toires. Le rap­port qu’EY a me­né sur Au­to­lib’, par exemple, ne nous a pas été com­mu­ni­qué. Je l’ai de­man­dé à Anne Hi­dal­go, qui me l’a pro­mis of­fi­ciel­le­ment, mais il semble qu’elle ait fi­na­le­ment dé­cou­vert qu’il est confi­den­tiel. Qui ac­cepte de fi­nan­cer une étude sous condi­tion de ne pas pou­voir s’en ser­vir pour étayer des dé­ci­sions po­li­tiques et éco­no­miques ? A quoi at­tri­buer ce­la ? A de la mé­con­nais­sance ? Du dés­in­té­rêt ? Une forme de trom­pe­rie ?

Comment peut-on sor­tir de la crise Au­to­lib’ ?

Il se­rait plus fa­cile d’en­vi­sa­ger un plan B si nous avions dé­jà une éva­lua­tion de la si­tua­tion…Mais en l’ab­sence du rap­port EY et sans connaître la te­neur des tra­vaux de conci­lia­tion, que j’ai l’in­ten­tion de de­man­der aus­si à Anne Hi­dal­go, c’est im­pos­sible. Ce que l’on peut consta­ter, c’est que la mai­rie a mis un temps fou à ré­agir. Lors­qu’en 2015, le groupe Bol­lo­ré a ex­pli­qué que, fi­na­le­ment, le pro­jet Au­to­lib’ n’était pas ren­table mais sim­ple­ment à l’équi­libre, la mai­rie au­rait dû faire une réunion de crise, réunir le con­seil de Pa­ris pour es­sayer de re­dres­ser la barre. Tout le contrat avait été conçu avec la pers­pec­tive d’un ex­cé­dent. C’était le signe qu’Au­to­lib’ était en train de dé­ra­per, puisque, dans le même temps, le nombre d’abon­nés conti­nuait de croître ! Lorsque l’on a ap­pris qu’une perte de 180 mil­lions d’eu­ros se pro­fi­lait, un au­dit a été com­man­dé par le SVAM, mais rien n’a été fait concrè­te­ment. A ma connais­sance, au­cun ave­nant au contrat n’a été né­go­cié. Les Pa­ri­siens doivent-ils se conten­ter de ce­la ?

Vous poin­tez des man­que­ments graves de gou­ver­nance au sein du SVAM.

Un manque de trans­pa­rence et un manque de gou­ver­nance. Le Syn­di­cat Ve­lib’ Au­to­lib’ Mé­tro­pole prend des dé­ci­sions struc­tu­rantes pour Pa­ris. La ville y a d’ailleurs une très large ma­jo­ri­té dans les Com­mis­sions d’ap­pel d’offres. Et pour­tant, hor­mis Ch­ris­tophe Na­j­dows­ki, l’adjoint aux Tran­sports et Ca­the­rine Ba­rat­ti-El­baz, la maire PS du XIIe ar­ron­dis­se­ment et pré­si­dente du SVAM, il n’y a pas d’autres re­pré­sen­tants de Pa­ris. Au­cun re­gard d’op­po­si­tion ! Il se­rait pour­tant sou­hai­table d’avoir des avis contra­dic­toires, pas for­cé­ment pour s’op­po­ser, mais pour ques­tion­ner, ap­por­ter un re­gard cri­tique. Dans la ges­tion du dos­sier Au­to­lib’, comme d’ailleurs dans le dos­sier Vé­lib’, ça n’a pas été le cas. Il faut ajou­ter que le SVAM n’a pas d’équipe tech­nique : c’est l’ad­mi­nis­tra­tion pa­ri­sienne qui ins­truit les dos­siers. For­cé­ment, quand on est juge et par­tie, on n’a ja­mais tort.

SI­PA PRESS

Florence Berthout, pré­si­dente du groupe LR au con­seil de Pa­ris.

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