L’Es­pagne en­ga­gée dans une vaste purge des af­faires de cor­rup­tion

La condam­na­tion à la pri­son ferme du beau-frère du roi Fe­lipe VI illustre l’am­pleur de la cor­rup­tion qui au­rait coû­té plus de 200 mil­liards d’eu­ros au pays

L'Opinion - - Modèle Social : Macron Persiste Et Signe - Gilles Sen­gès @Gille­senges

Le Tri­bu­nal de Pal­ma de Ma­jorque, qui l’avait convo­qué ce mer­cre­di, a don­né cinq jours à Iña­ki Ur­dan­ga­rin pour in­té­grer le centre pé­ni­ten­tiaire de son choix suite à sa condam­na­tion à cinq ans et dix mois de pri­son pour mal­ver­sa­tions, fraude fis­cale, tra­fic d’in­fluence etc. Le beau-frère du roi d’Es­pagne pour­rait tou­te­fois de­meu­rer en li­ber­té le temps que soient sta­tués une éven­tuelle de­mande de grâce ou un re­cours consti­tu­tion­nel. IL Y A DÉ­CI­DÉ­MENT QUELQUE CHOSE de pour­ri au Royaume d’Es­pagne ! Après les peines de 33 à 51 ans de pri­son in­fli­gées, il y a une quin­zaine de jours, aux pro­ta­go­nistes d’un ré­seau de fi­nan­ce­ment oc­culte du Par­ti po­pu­laire – ce qui a pro­vo­qué la chute de son lea­der et Pré­sident du gou­ver­ne­ment, Ma­ria­no Ra­joy –, c’est au tour d’une autre ins­ti­tu­tion d’être du­re­ment se­couée par une af­faire de cor­rup­tion. Même si elle était at­ten­due, la condam­na­tion, mar­di, à cinq ans et dix mois de pri­son ferme d’Iña­ki Ur­dan­ga­rin, le beau-frère du roi Fe­lipe VI, pour « dé­lits fis­caux, pré­va­ri­ca­tion, mal­ver­sa­tion, fraude et tra­fic d’in­fluence », est un coup par­ti­cu­liè­re­ment dur pour la mo­nar­chie es­pa­gnole. Quatre ans après l’ab­di­ca­tion de Juan Car­los Ier dont la sor­tie fut pré­ci­pi­tée à cause des af­faires, un scan­dale re­vient han­ter le Pa­lais de la Zar­zue­la, la ré­si­dence royale.

Au fil des pro­cès qui se suc­cèdent, les Es­pa­gnols en sont ré­duits à consta­ter, in­cré­dules, l’am­pleur des dé­gâts. Bap­ti­sé « Ca­sos ais­la­dos », c’est-à-dire « cas iso­lés », en ré­fé­rence iro­nique à l’ex­pli­ca­tion tra­di­tion­nelle des par­tis po­li­tiques lorsque l’une de leurs « pommes pour­ries » se fait « prendre » la main dans le sac, un site In­ter­net a ain­si re­cen­sé à ce jour 388 af­faires de cor­rup­tion im­pli­quant 6 372 per­sonnes, pour un to­tal dé­pas­sant les 202 mil­liards d’eu­ros.

Vache à lait. Cette somme com­prend les 60 mil­liards dé­vo­lus au sau­ve­tage des caisses d’épargne ré­gio­nales es­pa­gnoles, vic­times de la ga­be­gie de leurs di­ri­geants et ac­tion­naires, Pré­si­dents des dix-sept com­mu­nau­tés au­to­nomes et autres au­to­ri­tés lo­cales ; les 46 mil­liards qu’a coû- té aux contri­buables l’in­tro­duc­tion en Bourse puis la na­tio­na­li­sa­tion de Ban­kia, la qua­trième ins­ti­tu­tion fi­nan­cière du pays, vé­ri­table vache à lait, dont les comptes avaient été soi­gneu­se­ment ma­quillés, et les 39 mil­liards d’eu­ros gé­né­reu­se­ment aban­don­nés aux frau­deurs à l’oc­ca­sion d’une vaste am­nis­tie fis­cale dé­cré­tée en 2012 par le gou­ver­ne­ment de Ma­ria­no Ra­joy, peu de temps après son ar­ri­vée au pou­voir.

Tous ces der­niers mois, dé­filent ain­si sur le banc des ac­cu­sés les prin­ci­paux ac­teurs des « an­nées glo­rieuses » qui ont vu le spec­ta­cu­laire dé­mar­rage de l’éco­no­mie es­pa­gnole. Les res­pon­sables du Par­ti po­pu­laire y fi­gurent en bonne place (194 af­faires pour un to­tal de 122 mil­liards d’eu­ros), im­pli­qués dans des af­faires de pe­tite comme de grande am­pleur. Suivent au pal­ma­rès, en va­leur, le Par­ti so­cia­liste ou­vrier (69 cas pour un to­tal de 9,1 mil­liards d’eu­ros) et Conver­gence dé­mo­cra­tique de Ca­ta­logne (10 af­faires pour 3,1 mil­liards d’eu­ros) dont le fon­da­teur et fi­gure de proue des in­dé­pen­dan­tistes, Jor­di Pu­jol, a ca­ché 70 mil­lions d’eu­ros en An­dorre.

Cô­té cas­ting, les têtes d’af­fiches ne manquent pas. On y trouve no­tam­ment bon nombre d’an­ciens mi­nistres des gou­ver­ne­ments de Jo­sé Ma­ria Az­nar (1996-2004) dont Ro­dri­go Ra­to, son nu­mé­ro deux en charge de l’Eco­no­mie et des Fi­nances, re­ca­sé par la suite à la di­rec­tion gé­né­rale du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI). Dou­ble­ment im­pli­qué dans l’af­faire Ban­kia dont il était à la fois le di­ri­geant et le pro­mo­teur des cartes de cré­dit de com­plai­sance des­ti­nées aux ad­mi­nis­tra­teurs de l’ins­ti­tu­tion fi­nan­cière, il a dé­jà été condam­né, une pre­mière fois, l’an der­nier, à quatre ans et demie de pri­son.

Fi­nie l’im­pu­ni­té. Fi­gure à ses cô­tés, au rang des in­cul­pés, An­gel Acebes, an­cien mi­nistre de la Jus­tice et de l’In­té­rieur (2000-2004). Eduar­do Za­pla­na, son ho­mo­logue au Tra­vail et au porte-pa­ro­lat (2002-2004) vient pour sa part d’être in­car­cé­ré d’une ma­nière pré­ven­tive, il y a quelques jours, pour des af­faires de blan­chi­ment, de pré­va­ri­ca­tion, etc. tan­dis que Jaume Ma­tas, en charge du por­te­feuille de l’en­vi­ron­ne­ment (2000-2003), im­pli­qué dans l’af­faire Ur­dan­ga­rin et condam­né à 3 ans et 8 mois de pri­son, vient de re­tour­ner der­rière les bar­reaux après y avoir dé­jà pas­sé neuf mois pour tra­fic d’in­fluence…

« L’Es­pagne s’est glo­ba­li­sée et a adop­té les normes in­ter­na­tio­nales. Il n’y a plus de place pour la pe­tite cor­rup­tion car le mon­tant des ad­ju­di­ca­tions ont gon­flé et que la trans­pa­rence s’est im­po­sée. L’autre nou­veau­té, c’est que c’en est aus­si fi­ni de l’im­pu­ni­té ! On as­siste à un chan­ge­ment de pa­ra­digmes et de men­ta­li­té dans notre pays où de plus en plus les af­faires sont cri­mi­na­li­sées et pé­na­li­sées. La jus­tice y consacre tous les moyens dont elle dis­pose et les lourdes peines qu’elle a im­po­sées ces der­niers temps de­vraient ame­ner cor­rup­teurs et cor­rom­pus à y ré­flé­chir à deux fois » se fé­li­cite Car­los Za­ba­la, avo­cat au ca­bi­net Clif­ford Chance à Ma­drid.

Il y a en­core néan­moins du tra­vail. L’Es­pagne s’est faite épin­gler, au dé­but de l’an­née, par le Groupe d’Etats contre la cor­rup­tion (GRECO), or­gane du Con­seil de l’Eu­rope, pour n’avoir ef­fec­tué que des « pro­grès li­mi­tés » pour pré­ve­nir et com­battre la cor­rup­tion des par­le­men­taires, des juges et des pro­cu­reurs…

SI­PA PRESS

Iña­ki Ur­dan­ga­rin, le beau-frère du roi Fe­lipe VI, condam­né pour « dé­lits fis­caux, pré­va­ri­ca­tion, mal­ver­sa­tion, fraude et tra­fic d’in­fluence ».

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