Rome s’en prend à Pa­ris pour mieux faire plier Bruxelles

Long­temps, les po­pu­listes ita­liens ont vi­sé An­ge­la Mer­kel. C’est au tour d’Em­ma­nuel Ma­cron, avec l’im­mi­gra­tion dans le vi­seur

L'Opinion - - Modèle Social : Macron Persiste Et Signe - Fran­ces­co Ma­sel­li @@FrMa­sel­li

L’Ita­lie a fait sa­voir mer­cre­di qu’elle ju­geait « in­ac­cep­tables » les cri­tiques de la France sur son at­ti­tude dans l’af­faire de l’Aqua­rius. Ces dé­cla­ra­tions émanent du mi­nistre des Af­faires étran­gères En­zo Moa­ve­ro, qui a convo­qué dans la ma­ti­née l’am­bas­sa­deur de France à la suite de ces cri­tiques. Dans la fou­lée, le mi­nistre ita­lien de l’Eco­no­mie, Gio­van­ni Tria, a an­nu­lé une ren­contre pré­vue mer­cre­di après- mi­di avec son ho­mo­logue fran­çais Bruno Le Maire à Pa­ris. Un nou­veau ren­dez-vous au­ra lieu dans quelques jours. « ON N’ACCEPTERA AU­CUNE LE­ÇON par la France sur l’im­mi­gra­tion. » La ré­ac­tion de l’opi­nion pu­blique ita­lienne est una­nime au len­de­main des dé­cla­ra­tions du Pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron et du porte- pa­role de La Ré­pu­blique en marche, Ga­briel At­tal, sur la po­li­tique mi­gra­toire du gou­ver­ne­ment ita­lien. En cause, la dé­ci­sion du mi­nistre de l’In­té­rieur et pa­tron de la Ligue (extrême droite), Mat­teo Sal­vi­ni, de ne pas ou­vrir les ports ita­liens à l’Aqua­rius, un na­vire des ONG SOS Mé­di­ter­ra­née et Mé­de­cins sans fron­tières obligé de­puis di­manche d’at­tendre l’au­to­ri­sa­tion ita­lienne pour dé­po­ser les 629 mi­grants qu’il a sau­vés au large de la Li­bye.

Fi­na­le­ment, le na­vire pour­ra dé­bar­quer ses pas­sa­gers en Es­pagne, mais la dé­ci­sion du mi­nistre, qui avait pro­vo­qué une grande in­di­gna­tion dans les pro­gres­sistes ita­liens, a été presque ou­bliée en Ita­lie après les pro­pos fran­çais, comme le montre la ru­meur qui a cir­cu­lé d’une pos­sible an­nu­la­tion de la ren­contre bi­la­té­rale entre le pré­sident du Con­seil ita­lien Giu­seppe Conte et le Pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron pré­vue pour ce ven­dre­di à l’Ely­sée. Et l’an­nu­la­tion du voyage du mi­nistre de l’Eco­no­mie, Gio­van­ni Tria, qui au lieu de se rendre à Pa­ris a pré­fé­ré sim­ple­ment échan­ger au té­lé­phone avec Bruno Le Maire.

Front com­mun. Le gou­ver­ne­ment fait front com­mun : le mi­nistre des Af­faires étran­gères, En­zo Moa­ve­ro Mi­la­ne­si, a convo­qué l’am­bas­sa­deur fran­çais : « Le gou­ver­ne­ment ita­lien consi­dère comme in­ac­cep­tables les mots uti­li­sés dans des dé­cla­ra­tions pu­bliques à Pa­ris » . Ce n’est pas une pre­mière. Ce dé­but de man­dat de l’al­liance Ligue-Mou­ve­ment 5 étoiles a été mar­qué par d’autres passes d’armes avec la France. Dans les an­nées pas­sées, les po­pu­listes ita­liens avaient pris l’ha­bi­tude de s’en prendre à l’Allemagne d’An­ge­la Mer­kel, per­çue comme le sym­bole des po­li­tiques d’aus­té­ri­té.

Les phrases de Bruno Le Maire, qui le 20 mai der­nier avait cri­ti­qué le contrat de gou­ver­ne­ment, avaient été ju­gées in­ac­cep­tables par les deux chefs de l’al­liance Mat­teo Sal­vi­ni et Lui­gi Di Maio ( le lea­der du Mou- ve­ment 5 étoiles). Pour­tant, c’est le dos­sier im­mi­gra­tion qui reste au centre des ten­sions. La po­si­tion ou­verte et la vo­lon­té d’ai­der les par­te­naires eu­ro­péens ex­pri­mées par Em­ma­nuel Ma­cron pen­dant la cam­pagne élec­to­rale avaient sus­ci­té beau­coup d’es­poir en Ita­lie. Rome a en ef­fet tou­jours es­ti­mé avoir été aban­don­née par les autres Etats face à l’im­mi­gra­tion. De­puis son élec­tion, Em­ma­nuel Ma­cron a com­plè­te­ment chan­gé d’at­ti­tude, comme le montre le fait que le gou­ver­ne­ment fran­çais ne cherche pas à rou­vrir les dis­cus­sions sur les règles de Du­blin. Dé­jà, l’in­ci­dent qui avait vu des doua­niers fran­çais pé­né­trer sans au­to­ri­sa­tion dans des lo­caux af­fec­tés à une as­so­cia­tion d’aide aux mi­grants dans la gare TGV de Bar­do­nec­chia, vil­lage des Alpes à la fron­tière fran­co-ita­lienne, avait pro­vo­qué un pro­fond désen­chan­te­ment dans l’opi­nion pu­blique.

En­fin, la po­li­tique très dure du gou­ver­ne­ment fran­çais vis-à-vis des mi­grants est connue en Ita­lie, comme la fer­me­té des contrôles aux fron­tières fran­co-ita­liennes, en par­ti­cu­lier à Vin­ti­mille, où la crainte de tous les gou­ver­ne­ments ita­liens est de voir sur­gir une « jungle » comme celle de Ca­lais. L’im­mi­gra­tion, c’est le che­val de ba­taille de Mat­teo Sal­vi­ni. Il a com­pris que sa po­si­tion au gou­ver­ne­ment lui donne la pos­si­bi­li­té de por­ter des dé­ci­sions sym­bo­liques pour faire plier les autres Etats eu­ro­péens. Les dé­cla­ra­tions hos­tiles de la France, loin d’être elle-même ir­ré­pro­chable sur ce thème, lui donnent les moyens de ren­for­cer sa rhé­to­rique an­ti­eu­ro­péenne.

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