Pour As­co­val, pas de sau­ve­tage sous per­fu­sion

Alors que l’acié­rie de Saint-Saulve, dans le Nord, est tou­jours me­na­cée de fer­me­ture, l’Etat a choi­si cette fois de ne pas faire le for­cing sur Val­lou­rec pour la re­prise

L'Opinion - - La Une - Fan­ny Gui­no­chet t @fan­ny­gui­no­chet

L’acié­rie est tou­jours me­na­cée de fer­me­ture, mais l’Etat a choi­si de ne pas faire le for­cing sur Val­lou­rec

Une réunion dé­ci­sive sur le sort de l’acié­rie As­co­val est pré­vue, ce mer­cre­di, à Ber­cy, avec tous les ac­teurs – syn­di­cats, élus, re­pre­neur éven­tuel, Val­lou­rec… Si au­cun re­pre­neur ne se ma­ni­feste d’ici la se­maine pro­chaine, le site fer­me­ra. La se­cré­taire d’Etat au­près du mi­nistre de l’Eco­no­mie, Agnès Pan­nier-Ru­na­cher, a confir­mé mar­di tra­vailler avec Al­ti­fort, seul can­di­dat à la re­prise de l’acié­rie, mais sur une offre sans Val­lou­rec. Le gou­ver­ne­ment de­vait re­ce­voir mar­di soir les conclu­sions du ca­bi­net Ro­land Ber­ger man­da­té sur le dos­sier. QUI POUR SAU­VER AS­CO­VAL ? La jus­tice a ac­cor­dé un dé­lai de deux se­maines avant de pla­cer en li­qui­da­tion ju­di­ciaire l’acié­rie de Saint-Saulve, près de Va­len­ciennes. Mais sans at­tendre la pro­chaine au­dience du tri­bu­nal de grande ins­tance de Stras­bourg, le 7 no­vembre, l’Etat s’ac­tive pour trou­ver un re­pre­neur.

Et pour cause, le dos­sier a pris une tour­nure po­li­tique. Em­ma­nuel Ma­cron avait pro­mis en 2015 que les 280 em­plois se­raient sau­vés. Le Pré­sident de­vrait d’ailleurs se rendre la se­maine pro­chaine sur le site, à l’oc­ca­sion de « son iti­né­rance » dans le Nord-Est, alors même que les si­dé­rur­gistes d’As­co­val ne tra­vaillent plus de­puis le 23 oc­tobre. Ven­dre­di, ils ont blo­qué un site de Val­lou­rec, dans le Nord.

Pour l’heure, une seule en­tre­prise est sur les rangs pour la re­prise d’As­co­val : Al­ti­fort. Au dé­part, ce pe­tit groupe fran­co-belge ne s’en­ga­geait sur une offre de re­prise avec main­tien de l’en­semble des em­plois (mais aus­si la créa­tion de 133 nou­veaux) qu’à la condi­tion que Val­lou­rec, le prin­ci­pal client dé­sor­mais pre­mier ac­tion­naire, main­tienne pen­dant un an et de­mi son ni­veau ac­tuel de com­mandes sur le site. Et qu’il ac­cepte de payer ces achats à un prix dé­pas­sant de près d’un tiers ce­lui du mar­ché. Val­lou­rec, spé­cia­liste des tubes en acier sans sou­dures (dont l’Etat est ac­tion­naire à 17 %), a re­fu­sé ces condi­tions.

Bru­no Le Maire avait alors ap­pe­lé Val­lou­rec à prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés. Mais le re­fus de Val­lou­rec de s’en­ga­ger est fi­na­le­ment en­té­ri­né par Ber­cy. « Al­ti­fort est d’ac­cord pour dire qu’il y a plus de sens d’al­ler cher­cher d’autres clients qui leur per­mettent d’avoir de meilleures marges que de res­ter pri­son­nier d’un client qui ne per­met pas à la so­cié­té de sor­tir les meilleures marges », a ex­pli­qué sur Ra­dio Clas­sique, ce mar­di, Agnès Pan­nier-Ru­na­cher, la se­cré­taire d’Etat au­près du mi­nistre de l’Eco­no­mie. Et d’évo­quer la pré­ser­va­tion de « la com­pé­ti­ti­vi­té » de Val­lou­rec : « Pro­lon­ger le contrat avec Val­lou­rec re­vien­drait à de­man­der à As­co­val de pro­duire des biens sur les­quels elle n’est pas com­pé­ti­tive. »

In­ci­dences dra­ma­tiques. Jus­qu’alors, il était cou­rant pour­tant que l’Etat fasse pres­sion sur les grands groupes in­dus­triels – pri­vés ou pu­blics – afin qu’ils s’en­gagent sur un mon­tant de com­mandes mi­ni­mum, pour sau­ver l’em­ploi, souvent dans des ter­ri­toires dif­fi­ciles. Or, ce vo­lon­ta­risme for­cé n’a pas tou­jours fait ses preuves, bien au contraire.

Plu­sieurs exemples le montrent. Sous Fran­çois Hol­lande, ce type de sau­ve­tage était cou­rant. Dans la ré­gion, As­co­me­tal en a fait les frais en 2014 lors­qu’un groupe bré­si­lien a vou­lu le re­prendre. Alors mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, Ar­naud Mon­te­bourg avait fait en sorte, à coups de pro­messes, que ce soit l’offre por­tée par un fran­çais qui l’em­porte… Ce der­nier n’a pas sau­vé l’usine qui, de­puis, a souvent chan­gé de mains. Ce qui a d’ailleurs eu des in­ci­dences dra­ma­tiques sur ce qui se passe au­jourd’hui chez As­co­val, dans le gi­ron d’As­co­me­tal.

Autre exemple : en 2016, pour évi­ter la fer­me­ture de l’usine d’Al­stom de Bel­fort, l’Etat a com­man­dé 15 rames de TGV. Dé­jà très cri­ti­qué sur le plan éco­no­mique (les rames TGV im­po­sées à la SNCF coû­te­ront bien plus cher à l’achat et à l’ex­ploi­ta­tion), ce mon­tage s’est ré­vé­lé très fra­gile au ni­veau ju­ri­dique.

Plus ré­cem­ment, en­fin, à La Sou­ter­raine, dans la Creuse, les sa­la­riés de l’équi­pe­men­tier au­to­mo­bile GM&S pen­saient être ti­rés d’af­faire, après le ra­chat de leur usine par GMD. Pour fa­vo­ri­ser cette re­prise, Re­nault et PSA s’étaient en­ga­gés sur des vo­lumes de com­mandes. Mais les construc­teurs n’ont pas te­nu leurs pro­messes, si bien que l’usine reste au­jourd’hui en grande dif­fi­cul­té. Au point qu’un nou­veau chan­ge­ment de pro­prié­taire se pro­file. « Si le gou­ver­ne­ment a fait pres­sion sur les construc­teurs, c’est aus­si parce qu’ils ont re­çu à un mo­ment beau­coup d’ar­gent pu­blic ; et puis con­trai­re­ment à Val­lou­rec, ils sont main­te­nant en pleine forme », plaide-t-on dans l’en­tou­rage de Bru­no Le Maire.

« Reste qu’on sait bien que tordre le bras à des en­tre­prises quand il n’y a pas de vraies so­lu­tions in­dus­trielles viables der­rière est une fa­çon de cal­mer une si­tua­tion so­ciale ten­due, mais qu’à terme, l’his­toire se fi­nit tou­jours mal en gé­né­ral », confirme un conseiller proche de ces dos­siers. C’est jus­te­ment pour évi­ter ce type de dé­cep­tion qu’Agnès Pan­nier-Ru­na­cher as­sure, non sans cou­rage : « On ne peut pas re­ve­nir de­vant les sa­la­riés dans un an en leur di­sant fi­na­le­ment que ça n’a pas mar­ché. »

Si cer­tains élus – de La France in­sou­mise no­tam­ment – ont sug­gé­ré la na­tio­na­li­sa­tion d’As­co­val, la so­lu­tion est très lar­ge­ment ba­layée d’un re­vers de main par le gou­ver­ne­ment. Elle ne fait pas par­tie de l’ADN d’Em­ma­nuel Ma­cron.

SI­PA PRESS

Le 26 oc­tobre, une tren­taine de sa­la­riés d’As­co­val ont blo­qué toutes les en­trées du site de Val­lou­rec à Mau­beuge, dans le Nord.

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