Chez Tin­der et Bumble, c’est un vote, un « date »

Les ap­pli­ca­tions de ren­contres veulent in­ci­ter les jeunes amé­ri­cains à al­ler vo­ter pour les mid­terms

L'Opinion - - Opposition : La Grande Panne - Océane Her­re­ro t @He­ro­ceane

Ils re­pré­sentent en­vi­ron 30 % de l’élec­to­rat amé­ri­cain, mais sont ceux qui se rendent le moins aux urnes. Le vote des Mil­le­nials, c’est-à-dire des jeunes âgés de 18 à 35 ans, est l’un des en­jeux des élec­tions de mi-man­dat. De­puis sep­tembre, leurs sites et ap­pli­ca­tions fa­vo­ris ont lan­cé leurs propres cam­pagnes pour les pous­ser à al­ler vo­ter. AL­LER VO­TER COMME ON VA à un « date ». De­puis le dé­but de la cam­pagne élec­to­rale des mid­terms, l’ap­pli­ca­tion de ren­contres Tin­der a lan­cé l’opé­ra­tion « Swipe the vote », pour en­cou­ra­ger les jeunes amé­ri­cains à se rendre aux urnes. Alors qu’ils « swipent », c’est-à-dire ba­laient leur écran vers la gauche ou vers la droite pour si­gni­fier qu’un pro­fil leur plaît ou non, ils peuvent tom­ber sur des « fun facts » sur les élec­tions. Comme « sa­vais-tu que seule­ment 40 % des per­sonnes ins­crites sur les listes élec­to­rales se rendent aux urnes pour les mid­terms ? » Tin­der re­di­rige en­suite ses uti­li­sa­teurs vers le site de l’as­so­cia­tion « Rock the Vote », qui leur de­mande leur code pos­tal puis leur in­dique le bu­reau le plus proche pour s’ins­crire sur les listes élec­to­rales. 80 % des uti­li­sa­teurs de Tin­der ap­par­tiennent à la ca­té­go­rie des « mil­le­nials », qui est aus­si l’une des plus abs­ten­tion­nistes. L’ap­pli­ca­tion semble donc avoir une po­si­tion de choix pour les at­teindre et les in­ci­ter à vo­ter mar­di pro­chain. « En 2014, seuls 19,9% des jeunes élec­teurs se sont pré­sen­tés aux élec­tions de mi-man­dat. Au­jourd’hui plus que ja­mais, la com­mu­nau­té Tin­der doit mon­trer sa force et prendre le che­min des urnes », plaide Tin­der sur son blog. Une ap­pli­ca­tion de ren­contres concur­rente, Bumble, per­met quant à elle à ses uti­li­sa­teurs d’in­di­quer sur leur pro­fil s’ils sont dé­jà ins­crits sur une liste élec­to­rale en vue des mid­terms.

Match po­li­tique. Tin­der et Bumble ne sont pas les seules à jouer la carte de la res­pon­sa­bi­li­té ci­vique en en­cou­ra­geant leurs uti­li­sa­teurs à se rendre aux urnes. Beau­coup de marques po­pu­laires au­près des jeunes, comme Fa­ce­book, Twit­ter ou en­core Snap­chat ont lan­cé leurs propres cam­pagnes. Mais pour les ap­pli­ca­tions de ren­contre, la dé­marche re­pré­sente un in­té­rêt double : en plus de se don­ner une image res­pon­sable, elles poussent les uti­li­sa­teurs à rendre pu­blic leur en­ga­ge­ment po­li­tique. Une in­for­ma­tion qui peut être uti­li­sée pour af­fi­ner les pro­fils qui leur sont pro­po­sés.

OkCu­pid, ap­pli­ca­tion qui fait cor­res­pondre des per­sonnes en fonc­tion d’un for­mu­laire de ques­tions di­verses, y a ain­si in­tro­duit des cri­tères po­li­tiques. « En 2017, l’une des pre­mières choses que nous avons ajou­tée est une ques­tion sur Do­nald Trump. C’est de­ve­nu le “filtre Trump”, per­met­tant aux uti­li­sa­teurs d’évi­ter, ou au contraire de pri­vi­lé­gier, ses par­ti­sans», a ex­pli­qué Me­lis­sa Ho­bley, di­rec­trice mar­ke­ting de OkCu­pid, au site spé­cia­li­sé Mic. Des ques­tions d’au­tant plus im­por­tantes que se­lon les sta­tis­tiques re­le­vées par OkCu­pid, ce se­rait un cri­tère si­gni­fi­ca­tif, en par­ti­cu­lier pour les femmes. 54% des uti­li­sa­trices qui dé­clarent vo­ter ne sou­hai­te­raient pas sor­tir avec un homme abs­ten­tion­niste. Elles sont éga­le­ment 81% à pré­fé­rer quel­qu’un qui vote pour le même par­ti qu’elles.

Ces sta­tis­tiques ex­trê­me­ment pré­cises sur les pré­fé­rences des uti­li­sa­teurs posent évi­dem­ment la ques­tion de la col­lecte et de l’uti­li­sa­tion de leurs don­nées per­son­nelles. Tin­der ex­pli­quait, en 2016, que c’était sur la base du conte­nu des conver­sa­tions des uti­li­sa­teurs qu’avait émer­gé l’idée de « Swipe the Vote ». La pla­te­forme avait ob­ser­vé que les « matches » par­laient souvent de leurs vues po­li­tiques pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle. Les ap­pli­ca­tions de ren­contre ne se sont donc en réa­li­té ja­mais ca­chées de col­lec­ter une grande va­rié­té de don­nées pour pro­po­ser une « ex­pé­rience per­son­na­li­sée » à leurs uti­li­sa­teurs.

Car sur les ap­pli­ca­tions de ren­contres et mal­gré l’hé­té­ro­gé­néi­té des per­sonnes ins­crites, les uti­li­sa­teurs tendent à pri­vi­lé­gier les in­di­vi­dus qui ap­par­tiennent à leur mi­lieu so­cial – qui se res­semble s’as­semble. Un biais que les pla­te­formes ont bien com­pris et tendent à mettre à pro­fit. En don­nant aux uti­li­sa­teurs l’op­por­tu­ni­té d’af­fi­cher leur ap­par­te­nance po­li­tique, elles offrent un cri­tère dis­cri­mi­nant sup­plé­men­taire et ra­pi­de­ment iden­ti­fiable, alors que les uti­li­sa­teurs passent ra­re­ment plus d’une mi­nute sur un pro­fil avant de dé­ci­der s’ils « swipent » à gauche ou à droite. « Nous es­pé­rons ai­der les gens à par­ler fiè­re­ment de ce qui leur tient à coeur et de leurs opi­nions, ex­pli­quait ain­si Me­lis­sa Ho­bley pour OkCu­pid. Que ce soit à pro­pos du chan­ge­ment cli­ma­tique, du droit de ma­ni­fes­ter ou de se mettre à ge­noux pen­dant l’hymne na­tio­nal, ou de leur point de vue sur Plan­ned Pa­ren­thood.»

Si l’en­ga­ge­ment po­li­tique semble pe­ser dans les choix de ren­contres des jeunes amé­ri­cains, reste à sa­voir si les cam­pagnes pro-vote des ap­pli­ca­tions par­vien­dront vrai­ment à faire di­mi­nuer l’abs­ten­tion­nisme des jeunes. « Vo­ter un mar­di peut sem­bler étrange, ar­gu­mente en­core Tin­der dans son spot de cam­pagne. Mais si tu “swipe the vote”, tu peux lou­per l’école ! »

SI­PA PRESS

80 % des uti­li­sa­teurs de Tin­der ap­par­tiennent à la gé­né­ra­tion des « mil­le­nials », les 18-35 ans.

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