La France in­sou­mise et les « fa­chos » du 17 no­vembre

L'Opinion - - La Une - Ra­phaël Proust t @ra­phael­proust

UN MOU­VE­MENT PAR­TI DU BAS, ci­toyen, apo­li­tique et au­to-or­ga­ni­sé. Sur le pa­pier, l’ap­pel au blo­cage na­tio­nal le 17 no­vembre pro­chain pour pro­tes­ter contre la hausse du prix des car­bu­rants coche toutes les cases du lo­gi­ciel po­li­tique de La France in­sou­mise (LFI). Son groupe par­le­men­taire évo­quait d’ailleurs mer­cre­di une « in­di­gna­tion lé­gi­time ». Oui mais voi­là… « Nous avons re­çu des aver­tis­se­ments d’au moins deux syn­di­cats, CGT et So­li­daires, qui nous disent “at­ten­tion, il y a des fa­chos” », a re­con­nu Jean-Luc Mé­len­chon lors d’un mee­ting mar­di à Lille. Ces ru­meurs de ré­cu­pé­ra­tion « au pro­fit de la droite ex­trême », comme le sou­lignent les dé­pu­tés LFI, ont pro­vo­qué un dé­bat dans le mou­ve­ment. Cer­tains re­fusent de par­ti­ci­per à cet ap­pel re­layé par le Ras­sem­ble­ment na­tio­nal, d’autres veulent sai­sir une oc­ca­sion en or de s’op­po­ser à Em­ma­nuel Ma­cron.

Le di­lemme est le même que ce­lui de l’entre-deux-tours de la der­nière pré­si­den­tielle : que faire avec ces ci­toyens « fâ­chés mais pas fa­chos », comme les ap­pellent les In­sou­mis ? Comme en 2017, Jean-Luc Mé­len­chon a choi­si de ne pas tran­cher. Son mou­ve­ment n’ap­pel­le­ra pas à par­ti­ci­per à d’éven­tuelles ma­ni­fes­ta­tions pour ne pas être taxé de ré­cu­pé­ra­tion po­li­tique, « mais si nos amis sont de­dans, on se­ra fiers d’eux », at-il dé­cla­ré à Lille. Une po­si­tion par­ta­gée par Fran­çois Ruf­fin. Dans son der­nier bul­le­tin vi­déo, le dé­pu­té de la Somme ne dit rien sur une éven­tuelle par­ti­ci­pa­tion. En re­vanche, il ap­pelle à « com­prendre » cette mo­bi­li­sa­tion née sur les ré­seaux so­ciaux. « Notre de­voir n’est pas de dire : “re­gar­dez les fa­chos” », as­su­ret-il, afin de ne pas ris­quer « de re­pous­ser des gens qui su­bissent quelque chose de fort au ni­veau de leur pou­voir d’achat ». Ne pas s’alié­ner d’em­blée une co­lère po­pu­laire ali­men­tée, se­lon le gou­ver­ne­ment, par l’ex­trême droite… au risque de dé­fi­ler à ses cô­tés et de brouiller un peu plus les cli­vages po­li­tiques. La ligne de crête est étroite.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.