Gé­rard Col­lomb iso­lé, la droite songe en­fin à la vic­toire

La droite lyon­naise voit dans la so­li­tude de Gé­rard Col­lomb une oc­ca­sion en or de re­prendre la ville. Mais le maire bâ­tis­seur de la ca­pi­tale des Gaules ne leur ré­serve-t-il pas un coup dont il a le se­cret?

L'Opinion - - La Une - Mat­thieu De­prieck t @mde­prieck

La droite lyon­naise voit dans l’iso­le­ment de Col­lomb, lâ­ché par la gauche, une oc­ca­sion en or de re­prendre la ville

Lun­di, le con­seil mu­ni­ci­pal de Lyon de­vrait of­fi­ciel­le­ment dé­si­gner Gé­rard Col­lomb comme maire de Lyon, un mois après son dé­part du mi­nis­tère de l’In­té­rieur. Il n’au­ra pas trop de dix-huit mois pour pré­pa­rer les élec­tions mu­ni­ci­pales de 2020. A SA DES­CENTE DU TGV PA­RIS-LYON, sur le quai de la gare Per­rache, Gé­rard Col­lomb af­fiche un grand sou­rire aux jour­na­listes qui l’en­tourent. « Quand je suis par­ti de Pa­ris, il fai­sait gris. J’ar­rive ici à Lyon et il fait beau. C’est un grand bon­heur. » Nous sommes le 3 oc­tobre, Gé­rard Col­lomb n’est plus mi­nistre de­puis quelques heures et il est heu­reux.

Un mois plus tard, le ciel lyonnais s’est as­som­bri pour ce­lui qui bri­gue­ra en mars 2020 un 4e man­dat de maire. A droite comme à gauche, ses ad­ver­saires dé­crivent tous une fin de cycle. « La vie po­li­tique, ce sont des phases, dé­crit Sté­phane Guilland, pré­sident du groupe Les Ré­pu­bli­cains au con­seil mu­ni­ci­pal. Clai­re­ment, Gé­rard Col­lomb n’est plus dans la phase as­cen­dante qu’il a connue lors des mu­ni­ci­pales de 2008 et 2014. Les pla­nètes ne s’alignent plus pour lui. »

La vic­toire de la droite, « c’est 2020 ou ja­mais », em­braie Alexandre Vin­cen­det, pré­sident de la fé­dé­ra­tion LR du Rhône. En 2008 et en 2014, on au­rait pu faire tout ce que l’on vou­lait, Gé­rard Col­lomb était im­bat­table. »

Lun­di soir, un coup de ton­nerre est ve­nu confir­mer le chan­ge­ment de cli­mat à Lyon. Da­vid Ki­mel­feld, pré­sident LREM de la mé­tro­pole, a ren­voyé sa di­rec­trice et son chef de ca­bi­net. Une femme et un homme très proches de Gé­rard Col­lomb, au point d’être sur­nom­més « les yeux de Mos­cou ». Ki­mel­feld-Col­lomb, c’est fi­ni, jure le ma­ri­got lyonnais, qui ob­serve tout, de l’ac­cueil froid en gare de Lyon-Per­rache le 3 oc­tobre (Col­lomb seule­ment en­tou­ré de trois élus) à l’ar­ri­vée, le soir même, à une fête de quar­tier (Col­lomb et Ki­mel­feld à bonne dis­tance).

Lien rom­pu. Pour­tant, à la pré­si­dence de la mé­tro­pole, on jure que le lien n’est pas dé­fi­ni­ti­ve­ment rom­pu entre les deux hommes. L’évic­tion des deux membres du ca­bi­net ne cor­res­pon­drait qu’à un be­soin de clar­té émis par Da­vid Ki­mel­feld. « Pour por­ter un pro­jet en vue de 2020, il a be­soin de per­sonnes plei­ne­ment en phase », sou­ligne son en­tou­rage. « Je n’ai au­cun désac­cord a prio­ri avec Gé­rard Col­lomb, sou­tient l’in­té­res­sé. Mais la prio­ri­té, c’est le pro­jet. Sur cette base, nous pour­rons voir s’il est pos­sible de nous mettre d’ac­cord. »

Au-de­là des fi­dèles, la gauche, elle, a cou­pé les ponts avec Col­lomb. « Il a tué le PS. Il a si­phon­né ses an­ciens ca­ma­rades au pro­fit d’En Marche. Ren­dez-vous compte, aux der­nières lé­gis­la­tives, il n’y avait au­cun can­di­dat so­cia­liste ! Au­jourd’hui, le PS lui en veut à mort », note un ob­ser­va­teur de la scène lo­cale. La droite se frotte les mains : « Af­fai­bli sur sa gauche, Col­lomb va es­sayer de s’an­crer au centre droit. Il nous trou­ve­ra sur son che­min », as­sure Alexandre Vin­cen­det, le pa­tron de la fé­dé LR. Avec son can­di­dat Etienne Blanc, le par­ti de Laurent Wau­quiez am­bi­tionne de faire la jonc- tion entre les élec­to­rats mo­dé­ré et po­pu­laire pour faire le plein de voix sur toute la droite.

Car à Lyon, le fau­teuil de maire se gagne au­de­là des par­tis. « Ça va à une vi­tesse de dingue. Ici, les par­tis ne tiennent pas, note Pas­cal Blache, can­di­dat de droite of­fi­ciel­le­ment dé­cla­ré à la mai­rie. Les so­cia­listes sont écla­tés en 3 ou 4 groupes à la Ville et à la mé­tro­pole. Et les Mar­cheurs, qui avaient tout ra­flé en 2017, sont au­jourd’hui, sim­ple­ment un an après, or­phe­lins de Col­lomb. Il faut être bien agile pour s’en sor­tir. »

Dans un tel pay­sage, le res­pon­sable po­li­tique le plus élas­tique est cré­di­té de la plus grande es­pé­rance de vie. De­puis 2001, il s’ap­pelle Gé­rard Col­lomb et noue des ac­cords, à droite et à gauche. « Il a tou­jours réus­si à sor­tir des in­di­vi­dua­li­tés au sein des par­tis pour les af­fai­blir. Jus­qu’en 2014, il était in­dé­lo­geable. Il avait des sou­tiens par­tout, y com­pris à droite », note Yann Crom­bec, pre­mier fé­dé­ral du PS dans le Rhône, qui dresse ce por­trait au pas­sé.

Com­man­do Col­lomb. « Moi qui viens du monde de l’en­tre­prise, je peux vous dire que j’ai été sur­pris en ar­ri­vant dans la po­li­tique lyon­naise. J’ai as­sis­té à des choses éton­nantes », confie Marc Gri­vel, vice-pré­sident de la mé­tro­pole,

« Les Mar­cheurs, qui avaient tout ra­flé en 2017, sont au­jourd’hui, sim­ple­ment un an après, or­phe­lins de Col­lomb. Il faut être bien agile pour s’en sor­tir »

aux pre­mières loges pour ob­ser­ver les coups à plu­sieurs bandes. La 18e sai­son de House of Col­lomb se­ra-t-elle la der­nière ? « On glose sur la prise de dis­tance de Da­vid Ki­mel­feld et l’évic­tion des di­rec­trice et chef de ca­bi­net. Mais Col­lomb va ré­cu­pé­rer dans son équipe deux élé­ments de confiance. L’en­tou­rage ra­pe­tisse mais re­trouve de l’uni­té. Les choses se cla­ri­fient », ana­lyse un élu de la mé­tro­pole.

Ce lun­di, le con­seil mu­ni­ci­pal ren­dra à Col­lomb ce qui ap­par­te­nait à Col­lomb : son fau­teuil de maire. De l’Hô­tel de ville, il au­ra alors tout le loi­sir de consti­tuer son com­man­do et de le lan­cer à l’as­saut d’ad­ver­saires in­con­nus et de par­tis peu po­pu­laires. Le lea­der so­cia­liste Yann Crom­bec range lui-même le PS dans la ca­té­go­rie « des chal­len­gers » pour 2020. Les Ré­pu­bli­cains eux s’en re­mettent à Etienne Blanc, élu de l’Ain, à 150 ki­lo­mètres de Lyon, en dé­fi­cit de no­to­rié­té. Pas un pro­blème, jure Alexandre Vin­cen­det, qui convoque son propre par­cours po­li­tique : « J’ai choi­si en avril 2013 de me pré­sen­ter aux mu­ni­ci­pales 2014 à Rilleux-la-Pape. Je m’y suis ins­tal­lé en sep­tembre 2013. Et je l’ai em­por­té en mars avec près de dix points d’avance sur mon ad­ver­saire. Le pa­ra­chu­tage n’est pas un pro­blème en soi. »

Pro­blème ou pas, le pa­ra­chu­tage et le dé­fi­cit de no­to­rié­té sont au moins deux sou­cis qui n’en­combrent pas l’ho­ri­zon de Gé­rard Col­lomb. En­fin, un peu de soleil au-des­sus de l’hô­tel de ville.

SI­PA PRESS

Gé­rard Col­lomb est loin de l’état de grâce af­fi­ché aux mu­ni­ci­pales de 2008 et 2014.

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