Paix, dia­logue et consen­sus : le triomphe de la « mé­thode Ro­card »

L'Opinion - - Loi De 1905 : Les Choix De Macron - R.P.

TRENTE ANS APRÈS LA SI­GNA­TURE des Ac­cords de Ma­ti­gnon, la te­nue di­manche dans le calme d’un ré­fé­ren­dum sur l’in­dé­pen­dance de la Nou­velle-Ca­lé­do­nie a dé­fi­ni­ti­ve­ment consa­cré le tra­vail me­né à l’époque par le Pre­mier mi­nistre so­cia­liste Mi­chel Ro­card. Ce pacte, com­plé­té dix ans plus tard par l’Ac­cord de Nou­méa, est à la fois le point de dé­part et le fil rouge du pro­ces­sus po­li­tique qui a abou­ti à la vic­toire du « non » à l’au­to­dé­ter­mi­na­tion. Un nou­veau pas vers une ré­so­lu­tion pa­ci­fique du conflit qui n’au­rait sans doute ja­mais vu le jour sans la vi­sion d’un homme dont la mé­moire est dé­sor­mais ré­vé­rée sur l’île, deux ans après son dé­cès.

De Nou­méa à Ajac­cio. Per­sonne n’y a ou­blié que ce fut grâce à la sor­tie de crise ima­gi­née à l’époque par le Pre­mier mi­nistre, puis mise en place par le né­go­cia­teur en chef du gou­ver­ne­ment Chris­tian Blanc, que le calme était re­ve­nu après des an­nées de vio­lents af­fron­te­ments dans les an­nées 1980 entre par­ti­sans et op­po­sants à l’in­dé­pen­dance. « Ils ont en­clen­ché un pro­ces­sus no­va­teur et ré­vo­lu­tion­naire consis­tant no­tam­ment à faire dia­lo­guer des per­son­na­li­tés qui n’étaient pas des re­pré­sen­tants de l’Etat mais des Eglises ou en­core de la franc­ma­çon­ne­rie », rap­pelle Phi­lippe Mi­nard, an­cien ré­dac­teur en chef des Nou­velles ca­lé­do­niennes et fin connais­seur de la po­li­tique in­su­laire.

Les ac­cords de 1988 n’ont pas seule­ment as­su­ré trente ans de paix en Nou­velle-Ca­lé­do­nie, ils ont sur­tout fixé le cadre dans le­quel se sont de­puis ins­crits tous les suc­ces­seurs de Mi­chel Ro­card pour leur po­li­tique ca­lé­do­nienne. « Ils se sont tous ca­lés sur ses pas, as­sure Phi­lippe Mi­nard, de Fillon à Raf­fa­rin et de Valls à Phi­lippe, ce sont les ac­cords et rien que les ac­cords. » De fait, la ligne di­rec­trice qu’il a fixée en 1988 n’a ja­mais été dé­men­tie par Pa­ris, ce qui a contri­bué à faire de l’an­cien Pre­mier mi­nistre une per­son­na­li­té po­li­tique qui im­pose par­tout le res­pect, à droite comme à gauche.

Son dé­cès en 2016 avait ain­si don­né lieu à une sé­rie d’hom­mages ap­puyés dans l’ar­chi­pel. Dans la com­mune de Pouem­bout, le ly­cée agri­cole porte dé­sor­mais son nom. S’il ne l’a pas nom­mé, Em­ma­nuel Ma­cron n’a pas non plus man­qué d’in­vo­quer son hé­ri­tage di­manche lors d’une al­lo­cu­tion en ré­ac­tion aux ré­sul­tats du ré­fé­ren­dum. « Le seul vain­queur, c’est le pro­ces­sus en fa­veur de la paix qui porte la Nou­velle-Ca­lé­do­nie de­puis trente ans, l’es­prit de dia­logue que plus rien n’en­ta­me­ra, l’es­prit de res­pon­sa­bi­li­té qui a conduit à une par­ti­ci­pa­tion ex­cep­tion­nelle », a sou­li­gné le pré­sident de la Ré­pu­blique dans une al­lo­cu­tion té­lé­vi­sée.

Si la « mé­thode Ro­card » a per­mis de ca­na­li­ser le dé­bat sur l’in­dé­pen­dance, c’est aus­si parce qu’elle avait ou­vert la porte à d’autres formes d’as­so­cia­tion entre la Ré­pu­blique et ses col­lec­ti­vi­tés d’outre-mer, voire de mé­tro­pole. Si les Ac­cords de Ma­ti­gnon furent son apo­théose

Son dé­cès en 2016 avait don­né lieu à une sé­rie d’hom­mages ap­puyés sur le Caillou. Et un ly­cée y porte son nom

po­li­tique, le man­dat de Mi­chel Ro­card fut éga­le­ment mar­qué par une cé­lèbre prise de po­si­tion sur ce qu’on ap­pe­lait alors le « pro­blème corse ». Alors que l’au­to­no­misme est au­jourd’hui do­mi­nant dans l’île de beau­té, leurs re­pré­sen­tants gardent un sou­ve­nir cha­leu­reux de ce­lui qui, de­puis l’As­sem­blée na­tio­nale, avait rap­pe­lé le trai­te­ment qua­si co­lo­nial qui avait long­temps ca­rac­té­ri­sé la re­la­tion entre Pa­ris et Ajac­cio.

Avec le mi­nistre de l’In­té­rieur de l’époque, Pierre Joxe, Mi­chel Ro­card avait ain­si ten­té d’in­tro­duire dans la loi la no­tion de « peuple corse, com­po­sante du peuple fran­çais ». La dis­po­si­tion avait été dé­cla­rée in­cons­ti­tu­tion­nelle mais cette main ten­due est res­tée dans les mé­moires. Là en­core, ces ef­forts ont pa­vé la voie qui a conduit le gou­ver­ne­ment de Lio­nel Jos­pin à trou­ver en 2002 un pre­mier ac­cord avec les na­tio­na­listes. C’est d’ailleurs en Corse que les cendres de Mi­chel Ro­card ont été in­hu­mées à sa de­mande. Comme un der­nier clin d’oeil à son hé­ri­tage po­li­tique.

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