Eu­ro­péennes : la droite se met en ordre de marche

Tout en res­tant la pre­mière force po­li­tique au par­le­ment de Stras­bourg, le Par­ti po­pu­laire eu­ro­péen (con­ser­va­teurs) pour­rait en­re­gis­trer un im­por­tant recul lors du scru­tin de mai 2019

L'Opinion - - La Une - Isa­belle Mar­chais (à Hel­sin­ki) t @IMar­chais

Tout en res­tant la pre­mière force po­li­tique à Stras­bourg, le Par­ti po­pu­laire eu­ro­péen de­vrait re­cu­ler en mai

Réuni en congrès pour deux jours à Hel­sin­ki, le Par­ti po­pu­laire eu­ro­péen (PPE) élit jeu­di à bul­le­tin se­cret son chef de file pour me­ner la cam­pagne des élec­tions de mai 2019. Deux can­di­dats sont en lice, qui ont dé­bat­tu mer­cre­di soir : l’Al­le­mand Man­fred We­ber, pré­sident (CSU) du groupe PPE au Par­le­ment eu­ro­péen, clai­re­ment fa­vo­ri, et l’an­cien Pre­mier mi­nistre fin­lan­dais Alexan­der Stubb. Mais rien ne dit que le vain­queur se­ra le pro­chain pré­sident de la Com­mis­sion.

QUI POUR ME­NER la cam­pagne de la droite eu­ro­péenne en vue des élec­tions de mai 2019 ? Ré­ponse ce jeu­di, où le Par­ti po­pu­laire eu­ro­péen (PPE) est réuni en congrès à Hel­sin­ki, en pré­sence de quelque 2 000 par­ti­ci­pants, de plus de 700 dé­lé­gués, et d’un nombre im­pres­sion­nant de di­ri­geants, de la chan­ce­lière al­le­mande An­ge­la Mer­kel aux pré­si­dents de par­tis, dont Laurent Wau­quiez.

Le ré­sul­tat du vote (à bul­le­tin se­cret) fait peu de doute : fort d’un sou­tien mas­sif, no­tam­ment de la CDU et des Ré­pu­bli­cains, l’eu­ro­dé­pu­té CSU Man­fred We­ber de­vrait l’em­por­ter haut la main sur l’an­cien Pre­mier mi­nistre fin­lan­dais Alexan­der Stubb qui, mal­gré une cam­pagne me­née tam­bour bat­tant, n’a semble-t-il pas convain­cu. « On a re­çu les deux can­di­dats. Man­fred We­ber cor­res­pond da­van­tage au pro­gramme qui se­ra pré­sen­té par Les Ré­pu­bli­cains. Alexandre Stubb a une vi­sion beau­coup plus li­bé­rale : il est sym­pa­thique, in­tel­li­gent, brillant, mais ce­la n’a pas ac­cro­ché avec Les Ré­pu­bli­cains », ex­plique Franck Proust, pré­sident de la dé­lé­ga­tion fran­çaise du groupe PPE au Par­le­ment eu­ro­péen. En cause, une vi­sion trop nor­dique des af­faires eu­ro­péennes, no­tam­ment sur la po­li­tique com­mer­ciale.

Cha­peau. S’il est ef­fec­ti­ve­ment adou­bé, Man­fred We­ber de­vrait sur le pa­pier avoir de bonnes chances de suc­cé­der à Jean-Claude Jun­cker à la tête de la Com­mis­sion, se­lon la lo­gique des « Spit­zen­kan­di­da­ten ». Mais cette lo­gique est contes­tée par de nom­breux chefs d’Etat, dont Em­ma­nuel Ma­cron, et pour­rait être for­te­ment com­pli­quée par les ré­sul­tats des eu­ro­péennes. « Si le PPE ar­rive suf­fi­sam­ment en tête et n’a be­soin de faire al­liance qu’avec un seul par­ti, notre can­di­dat s’im­po­se­ra. Mais s’il faut faire une al­liance à trois, il est pro­bable qu’au­cun des chefs de file ne de­vien­dra pré­sident de la Com­mis­sion », es­time l’eu­ro­dé­pu­té LR Mi­chel Dan­tin.

Or le PPE, tout en res­tant la pre­mière force po­li­tique du Par­le­ment eu­ro­péen, pour­rait se­lon les der­nières pro­jec­tions pas­ser de 217 sièges (sur 751) à moins de 180 (sur 705, post Brexit). Dans ces condi­tions, il n’est pas du tout ex­clu que le Conseil eu­ro­péen sorte un autre nom de son cha­peau. Le­quel pour­rait se­lon cer­tains ob­ser­va­teurs bruxel­lois être Mi­chel Bar­nier, sa­lué pour le tra­vail qu’il fait en tant que né­go­cia­teur en chef du Brexit et qui au­rait de bonnes chances de ral­lier une ma­jo­ri­té au­tour de lui. « Quel autre Fran­çais que lui pour­rait à court et même à moyen terme prendre la pré­si­dence de la Com­mis­sion ? », s’in­ter­roge Mi­chel Dan­tin. D’autres noms sont évo­qués, comme ce­lui de la com­mis­saire li­bé­rale à la Concur­rence Mar­grethe Ves­ta­ger, qui a l’avan­tage d’être une femme et a l’oreille d’Em­ma­nuel Ma­cron. Mais le PPE se bat­tra pour gar­der la pré­si­dence de la Com­mis­sion. « C’est le pre­mier poste que nous al­lons dé­fendre », a in­sis­té le pré­sident du PPE Jo­seph Daul.

En­fant terrible. Avant de pré­tendre à une quel­conque fonc­tion dans le fu­tur mercato eu­ro­péen, le chef de file du PPE de­vra d’abord es­sayer de me­ner son camp à la vic­toire, et ce avec le meilleur ré­sul­tat pos­sible. Or les choses s’an­noncent ar­dues pour la droite eu­ro­péenne. La plu­part des grandes dé­lé­ga­tions sont au­jourd’hui à la peine, que ce soit Les Ré­pu­bli­cains en France, le Par­ti po­pu­laire es­pa­gnol, les Ita­liens (frag­men­tés en six par­tis) et, sur­tout, la CDU-CSU al­le­mande qui fait de­puis ses ori­gines la pluie et le beau temps au sein du PPE et joue un rôle dé­ter­mi­nant, dans le choix des pré­si­dents du par­ti, du groupe et du Par­le­ment comme dans ce­lui du Spit­zen­kan­di­dat. Au­tant dire que la crise de la CDU et les dif­fi­cul­tés d’An­ge­la Mer­kel, qui a do­mi­né la scène eu­ro­péenne pen­dant dix ans, font pe­ser un cli­mat as­sez lourd sur la droite eu­ro­péenne. « Le PPE est très lié au sort de la CDU-CSU : quand celle-ci va mal, il ne peut pas al­ler très bien », ex­plique l’eu­ro­dé­pu­té Alain La­mas­soure.

Le PPE est aus­si af­fai­bli par de vifs dé­bats sur le sort à ré­ser­ver au Pre­mier mi­nistre hon­grois Vik­tor Or­ban et à son par­ti le Fi­desz. Faute d’ex­clure son « en­fant terrible » – per­sonne ne semble vou­loir ini­tier le mou­ve­ment ni se pri­ver du pré­cieux ap­port des élus hon­grois –, les dé­lé­gués ont adop­té une ré­so­lu­tion sur la pro­tec­tion des va­leurs de l’Union eu­ro­péenne et la pré­ser­va­tion de la dé­mo­cra­tie, qui ap­pelle les membres du PPE à ga­ran­tir l’in­dé­pen­dance de la jus­tice, la li­ber­té des mé­dias, des ONG et des uni­ver­si­tés et à lut­ter contre la cor­rup­tion (ce qui est une claire al­lu­sion à la si­tua­tion en Hon­grie). Une fa­çon de mettre la pres­sion sur Vik­tor Or­ban… sans se pri­ver de ses ren­forts.

« Le PPE est très lié au sort de la CDU-CSU : quand celle-ci va mal, il ne peut pas al­ler très bien »

SIPA PRESS

Alexan­der Stubb (à gauche) et Man­fred We­ber à Hel­sin­ki le 7 novembre 2018.

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