11-No­vembre: Pa­ris, ca­pi­tale mon­diale an­ti-Trump

Le pré­sident amé­ri­cain as­sis­te­ra aux com­mé­mo­ra­tions de 1918, di­manche. Le même jour, Ma­cron inau­gure un Fo­rum sur la paix afin de dé­fendre le mul­ti­la­té­ra­lisme... contre la po­li­tique de Trump

L'Opinion - - La Une - Jean-Do­mi­nique Mer­chet

Di­plo­ma­tie

En­vi­ron quatre-vingts dé­lé­ga­tions étran­gères sont at­ten­dues à Pa­ris di­manche pour com­mé­mo­rer à l’Arc de Triomphe le cen­tième an­ni­ver­saire de l’ar­mis­tice de 1918. Par­mi elles, de nom­breux chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment, dont Do­nald Trump, Vla­di­mir Pou­tine et An­ge­la Mer­kel. Di­manche tou­jours, le pre­mier Fo­rum de Pa­ris sur la paix ou­vri­ra ses portes pour trois jours à la Villette, un ren­dez-vous sur la gou­ver­nance mon­diale ap­pe­lé à de­ve­nir an­nuel.

DI­MANCHE, EM­MA­NUEL MA­CRON mar­che­ra sur une corde raide, tel un fu­nam­bule. Le ma­tin, à l’oc­ca­sion du cen­te­naire de l’ar­mis­tice du 11 no­vembre 1918, il ac­cueille­ra à l’Arc de Triomphe de très nom­breux di­ri­geants étran­gers. Au pre­mier rang des­quels, outre An­ge­la Mer­kel et Vla­di­mir Pou­tine, le pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump. Et l’après-mi­di, il inau­gu­re­ra à la Villette le pre­mier Fo­rum de Pa­ris sur la paix, qui n’est rien d’autre qu’un som­met mon­dial an­ti-Trump. Of­fi­ciel­le­ment, bien sûr, on s’en dé­fend du bout des lèvres. Dé­li­cat exer­cice qui donne lieu à quelques contor­sions di­plo­ma­tiques.

Sur le fond, le pré­sident Ma­cron ne cesse de ré­pé­ter, comme il l’a en­core fait à la tri­bune des Na­tions Unies en sep­tembre, qu’il faut sau­ver et re­vi­vi­fier le mul­ti­la­té­ra­lisme, c’est-à-dire la coo­pé­ra­tion entre les na­tions. En ce­la, il s’op­pose fron­ta­le­ment à la vi­sion de Do­nald Trump, fon­dée sur l’idée d’« Ame­ri­ca First », avec le rap­port de force bru­tal comme mé­thode.

Les chats sau­vages. Trois jours du­rant, et en pré­sence de di­ri­geants étran­gers, le Fo­rum sur la paix (Pa­ris Peace Fo­rum) se veut une ré­ponse à l’uni­la­té­ra­lisme du pré­sident amé­ri­cain. Ce se­ra le ren­dez-vous d’ONG, de think tanks, d’en­tre­prises, de ter­ri­toires, ve­nus pour échan­ger sur « le dé­ve­lop­pe­ment, l’éco­no­mie in­clu­sive, l’en­vi­ron­ne­ment, les nou­velles tech­no­lo­gies, la paix et la sé­cu­ri­té », an­nonce le pro­gramme of­fi­ciel. « Il y a un cô­té Foire de Pa­ris », re­con­naît un par­ti­ci­pant, alors qu’un autre se de­mande « si ça va être un grand suc­cès »

En prin­cipe, Do­nald Trump ne vien­dra pas au Fo­rum, au grand sou­la­ge­ment de la di­plo­ma­tie fran­çaise qui crai­gnait que les sif­flets et les huées à son en­contre. Autre su­jet qu’il a fal­lu dé­mi­ner : la ren­contre à Pa­ris entre le pré­sident amé­ri­cain et son ho­mo­logue russe. Ils se croi­se­ront, le temps de se sa­luer et de fixer la date d’un pro­chain ren­dez-vous. L’Ely­sée re­dou­tait qu’un som­met Trump-Pou­tine « ne bouffe tout sur le plan mé­dia­tique », fai­sant ain­si de l’ombre à maître des cé­ré­mo­nies Em­ma­nuel Ma­cron, re­con­naît un proche du dos­sier. « Nous leur avons ex­pli­qué, ra­conte peu di­plo­ma­ti­que­ment un di­plo­mate, que la France n’était pas la

Fin­lande », où le Russe et l’Amé­ri­cain s’étaient re­trou­vés en juillet.

« Le pré­sident Ma­cron est convain­cu que le peuple fran­çais est at­ta­ché au mes­sage uni­ver­sel de la France, que l’image et le re­nom in­ter­na­tio­nal de notre pays comptent pour les Fran­çais », note l’un des or­ga­ni­sa­teurs de ce Fo­rum. Du coup, « on a in­vi­té la terre en­tière ! » Près de 900 can­di­da­tures pour pré­sen­ter des « pro­jets » ont été re­çues et 199 d’entre elles re­te­nues par

L’idée de ce Fo­rum est an­té­rieure à l’ar­ri­vée d’Em­ma­nuel Ma­cron. Après le suc­cès de la COP21 sur le cli­mat, il s’agis­sait pour la France de créer un grand ren­dez-vous an­nuel, dans l’idée d’une di­plo­ma­tie d’in­fluence

un co­mi­té de sé­lec­tion in­dé­pen­dant. Il y en au­ra pour tous les goûts, des éco­lo­gistes dé­fen­dant les chats sau­vages à Fa­ce­book pour par­ler d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, des au­toen­tre­pre­neurs to­go­lais à Axa. Si les amis de la France sont là, comme les Emi­rats arabes unis, d’autres in­vi­tés piquent un peu les yeux des di­plo­mates fran­çais, comme les pro­mo­teurs du désar­me­ment nu­cléaire aux Na­tions Unies…

Par­te­naires par­ti­cu­liers. L’idée de ce fo­rum est an­té­rieure à l’ar­ri­vée d’Em­ma­nuel Ma­cron. Après le suc­cès de la COP21 sur le cli­mat, il s’agis­sait pour la France de créer un grand ren­dez-vous an­nuel, dans l’idée d’une di­plo­ma­tie d’in­fluence (soft po­wer). Une sorte de « Da­vos de la gou­ver­nance in­ter­na­tio­nale », qui se tien­drait chaque an­née au­tour du 14 juillet. L’idée a été por­tée no­tam­ment par Jus­tin Vaïsse, di­rec­teur du Centre d’ana­lyse, de pré­vi­sions et de stra­té­gie du Quai d’Or­say, dé­sor­mais maître d’oeuvre du Fo­rum. Le pré­sident Ma­cron a re­pris le pro­jet, mais pro­fi­tant du cen­te­naire du 11 no­vembre, il en a chan­gé la date et le nom, le trans­for­mant en Fo­rum « sur » la paix – et non « de » la paix, pour ne pas em­pié­ter sur les plates-bandes de l’ONU. Mon­té dans l’ur­gence, avec une très pe­tite équipe, ce Fo­rum est es­sen­tiel­le­ment fi­nan­cé par des « par­te­naires » pri­vés (Google, Mi­cro­soft, Axa ou George So­ros) ou éta­tiques (les Emi­rats) et s’ap­puie sur des think tanks comme l’Ins­ti­tut Mon­taigne. En prin­cipe, il au­ra dé­sor­mais lieu chaque an­née.

Pour ré­sis­ter à la mon­tée des na­tio­na­lismes et à l’uni­la­té­ra­lisme, que Do­nald Trump in­carne mais qui ne se li­mite pas à lui, le pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron cherche à bâ­tir des nou­velles coa­li­tions entre Etats, mais il mise éga­le­ment sur les so­cié­tés ci­viles – y com­pris les en­tre­prises. La dé­fense de l’ac­cord sur le cli­mat en four­nit un bon exemple : si Wa­shing­ton s’en est re­ti­ré, beau­coup d’ac­teurs amé­ri­cains sou­haitent y res­ter en­ga­gés. De ma­nière plus tra­di­tion­nelle, Pa­ris mise dé­sor­mais sur « les grandes dé­mo­cra­ties qui par­tagent nos va­leurs », comme l’Inde, l’Aus­tra­lie ou le Mexique. L’Ely­sée pense même les as­so­cier au G7, que la France pré­si­de­ra en 2019.

A l’is­sue de six jours d’« iti­né­rance mé­mo­rielle », mar­qués par les po­lé­miques sur Phi­lippe Pé­tain, le Pré­sident en­tame donc une im­por­tante sé­quence in­ter­na­tio­nale. En­vi­ron quatre-vingts dé­lé­ga­tions étran­gères sont at­ten­dues à Pa­ris. Au-de­là des com­mé­mo­ra­tions, la di­plo­ma­tie ne per­dra pas ses droits. Ain­si, des échanges pour­raient avoir lieu sur la Sy­rie avec le pré­sident turc Er­do­gan, ain­si que des dis­cus­sions entre Serbes et Ko­so­vars. Mais les sym­boles se­ront om­ni­pré­sents. Dès sa­me­di, le chef de l’Etat se­ra avec la chan­ce­lière Mer­kel à Re­thondes (Oise), sur les lieux des deux ar­mis­tices de 1918 et de 1940, té­moi­gnages, s’il en est, des dé­chi­rures entre les deux pays. Di­manche, Em­ma­nuel Ma­cron lais­se­ra d’ailleurs An­ge­la Mer­kel pro­non­cer le dis­cours d’ou­ver­ture du Fo­rum sur la Paix, en pré­sence du se­cré­taire gé­né­ral des Na­tions Unies, An­to­nio Gu­terres. Pour mon­trer que la France n’est pas seule dans son com­bat contre l’uni­la­té­ra­lisme de Do­nald Trump.

SI­PA PRESS

Do­nald Trump, le pré­sident amé­ri­cain, et Em­ma­nuel Ma­cron, son ho­mo­logue fran­çais, se­ront côte à côte à Pa­ris di­manche à l’oc­ca­sion du cen­te­naire de l’ar­mis­tice du 11 no­vembre 1918. Sur fond de désac­cord...

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