Di­plo­ma­tie fran­çaise, les droits de l’Homme por­tés dis­pa­rus

L'Opinion - - 11-novembre : Paris, Capitale Mondiale Anti-trump - J.-D.M.

A L’ELY­SÉE ET AU QUAI D’OR­SAY, les droits de l’Homme sont por­tés dis­pa­rus. « Ce­la n’in­té­resse pas Ma­cron et Le Drian. Ce n’est pas leur truc, concède un di­plo­mate. Et d’ailleurs, plus per­sonne n’en parle chez les po­li­tiques. » Les droits de l’Homme ne font pas par­tie des cinq thé­ma­tiques re­te­nues pour le Fo­rum de Pa­ris sur la paix, di­manche, comme si abor­der le su­jet ris­quait de faire ca­po­ter les ef­forts en vue d’une meilleure gou­ver­nance mon­diale. « Si on par­lait de ce­la, Pou­tine et d’autres ne se­raient pas ve­nus », re­con­naît un of­fi­ciel.

L’an der­nier pour­tant, l’en­tou­rage du pré­sident Ma­cron en­vi­sa­geait un grand évé­ne­ment au Pa­lais de Chaillot (Pa­ris) pour le 70e an­ni­ver­saire de la Dé­cla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’Homme, qui y a été adop­tée le 10 dé­cembre 1948. Au­jourd’hui, l’Ely­sée as­sure que ce n’est « pas pré­vu ». Et Ber­nard Kouch­ner, sym­bole d’une di­plo­ma­tie de l’hu­ma­ni­taire et des droits de l’Homme, n’a pas été in­vi­té au Fo­rum…

Conscience du monde. « En re­non­çant à son image du pays des droits de l’Homme, la France perd la moi­tié de son iden­ti­té », re­grette un an­cien am­bas­sa­deur. « Même si les droits de l’Homme ne peuvent faire toute une po­li­tique étran­gère, ils font par­tie d’une stra­té­gie de marque pour la France », ajoute-t-il, es­ti­mant que Pa­ris « ne doit pas se dis­pen­ser de res­ter dans son rôle de conscience du monde ».

Il existe bien un am­bas­sa­deur pour les droits de l’Homme au Quai – Fran­çois Cro­quette – mais te­nu dans une cer­taine dis­cré­tion. Il fut un temps où un mi­nistre en charge du dos­sier sié­geait au gou­ver­ne­ment (Claude Mal­hu­ret, Lu­cette Mi­chaux-Che­vry, Ra­ma Yade). Ce­la com­por­tait une bonne part d’af­fi­chage, mais la ques­tion comp­tait. Le thème s’était im­po­sé à la fin des an­nées 1970, avec la dé­non­cia­tion du com­mu­nisme et l’af­fir­ma­tion du li­bé­ra­lisme. Il a pro­gres­si­ve­ment dis­pa­ru au cours de la der­nière dé­cen­nie, avec la fin de la do­mi­na­tion oc­ci­den­tale sur le monde. « Les va­leurs uni­ver­selles, c’est fi­ni », constate un di­plo­mate.

« Quand on est co­pain avec Sis­si », le pré­sident égyp­tien, « c’est dif­fi­cile de par­ler de droits de l’Homme. D’au­tant que Le Drian est res­té le mi­nistre des ventes d’armes », note un ex­pert. « Sur le su­jet, Ma­cron en fait en­core moins que Hol­lande, à part en­gueu­ler de temps en temps Ma­du­ro », le pré­sident vé­né­zué­lien. « On a tel­le­ment de dos­siers pour­ris alors que nos al­liés font des trucs hor­ribles, note un autre, te­nu au de­voir de ré­serve. Quand on se ré­jouit de tuer les ter­ro­ristes fran­çais avec l’aide des Amé­ri­cains en Sy­rie et en Irak, les droits de l’Homme de­viennent un su­jet com­pli­qué. Comme notre po­si­tion am­bi­guë sur la guerre que mène l’Ara­bie saou­dite au Yé­men. Ou même avec la Bir­ma­nie et la ques­tion des Ro­hin­gyas », mi­no­ri­té mu­sul­mane mal­trai­tée.

Si les di­ri­geants fran­çais ne sont « pas al­lants » sur le su­jet, c’est éga­le­ment une consé­quence de la crise mi­gra­toire, as­sure un proche du dos­sier. Et des dé­bats en cours sur des ques­tions éthiques « comme la GPA ». « Il faut re­faire une doc­trine » sur les droits de l’Homme, re­con­naît cet in­ter­lo­cu­teur. En at­ten­dant, si­lence dans les rangs.

Avec la fin de la do­mi­na­tion oc­ci­den­tale, « les va­leurs uni­ver­selles, c’est fi­ni », constate un di­plo­mate

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