Les In­sou­mis perdent leur meilleur es­poir mar­seillais

Le dé­part de Sa­rah Soi­li­hi in­ter­vient après ce­lui d’autres dé­çus

L'Opinion - - 11-novembre : Paris, Capitale Mondiale Anti-trump - Ra­phaël Proust t @ra­phael­proust

Sa­rah Soi­li­hi, porte-pa­role de Jean-Luc Mé­len­chon pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle et can­di­date aux élec­tions lé­gis­la­tives dans les Bouches-du-Rhône, a an­non­cé jeu­di son dé­part de La France in­sou­mise vers Gé­né­ra­tion.s, le mou­ve­ment fon­dé par Be­noît Ha­mon. LE COUP EST RUDE mais elle sait en don­ner. Sa­rah Soi­li­hi, ora­trice na­tio­nale de La France in­sou­mise (LFI) pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle puis can­di­date aux lé­gis­la­tives dans la ci­té pho­céenne, a an­non­cé jeu­di son dé­part du mou­ve­ment dans une in­ter­view à Li­bé­ra­tion. La sé­pa­ra­tion cou­vait de­puis juillet et la pu­bli­ca­tion d’une pre­mière liste pour les eu­ro­péennes. Elle avait an­non­cé à cette oc­ca­sion le re­trait de sa can­di­da­ture, en plein dé­bat in­terne sur la ligne stra­té­gique. Aux ac­cu­sa­tions de ver­rouillage par l’équipe de di­rec­tion s’étaient gref­fées des craintes quant à une éven­tuelle in­flexion de l’orien­ta­tion po­pu­liste et dé­ga­giste.

« Comme beau­coup de mi­li­tants et sym­pa­thi­sants qui y ont cru, je quitte La France in­sou­mise qui, mal­heu­reu­se­ment, se re­plie sur elle-même », ex­plique dé­sor­mais Sa­rah Soi­li­hi. L’an­cienne pro­té­gée de Jean-Luc Mé­len­chon lui adresse en sus une sé­vère cri­tique. La gauche, as­sure-t-elle, « n’a pas be­soin de suivre des tri­buns, elle a be­soin de re­nouer avec les ci­toyennes et les ci­toyens ». Pire, l’an­cienne in­sou­mise an­nonce re­joindre Gé­né­ra­tion.s, le mou­ve­ment de Be­noît Ha­mon qui de­vrait lui faire une place par­mi ses can­di­dats. Ce der­nier s’est ré­joui de cette nou­velle, le ren­fort d’un membre en vue de LFI étant qui plus est in­édit, tout comme le pro­fil de la re­crue.

Doc­to­rante et boxeuse. Doc­to­rante en droit, sa­crée cham­pionne du monde de kick­boxing en 2015 à seule­ment 23 ans, Sa­rah Soi­li­hi a un pied dans l’arène po­li­tique de­puis dé­jà plu­sieurs an­nées. Can­di­date aux mu­ni­ci­pales de 2014 puis aux ré­gio­nales de 2015 pour le compte du PS, elle re­joint LFI en 2016 où elle de­vient l’un des prin­ci­paux es­poirs du mou­ve­ment à Mar­seille. Lors du grand mee­ting de Jean-Luc Mé­len­chon sur la Ca­ne­bière d’avril 2017, c’est elle qui chauffe la scène avant l’ar­ri­vée du tri­bun. En pre­mière ligne dans les quar­tiers Nord d’où elle est ori­gi­naire, elle doit s’in­cli­ner aux lé­gis­la­tives face au fron­tiste Sté­phane Ra­vier qui rem­porte fi­na­le­ment le scru­tin. Elle a fait par­tie pen­dant cette cam­pagne des quelques can­di­dats que Jean-Luc Mé­len­chon est ve­nu sou­te­nir en per­sonne.

Sur­tout, ce dé­part in­ter­vient après ce­lui de plu­sieurs an­ciens can­di­dats et con­tri­bu­teurs du pro­gramme pré­si­den­tiel. Cer­tains, comme le conseiller ré­gio­nal d’Oc­ci­ta­nie Liêm Hoang-Ngoc ou en­core le syn­di­ca­liste d’Air France Meh­di Ke­moune, viennent de créer leur propre « pla­te­forme de ré­flexion et d’ac­tions » afin de « pré­ser­ver » le pro­gramme de 2017 bap­ti­sé « l’ave­nir en com­mun ». Liêm Hoang-Ngoc as­sure que la ligne dé­ga­giste de 2017 a été sa­cri­fiée sur l’au­tel de la re­com­po­si­tion de la gauche en vue de la pré­si­den­tielle de 2022. C’est d’après lui à l’aune de ce choix qu’il faut in­ter­pré­ter l’ar­ri­vée d’an­ciens so­cia­listes dans le gi­ron in­sou­mis, à l’image de l’eu­ro­dé­pu­té Em­ma­nuel Mau­rel et de la sé­na­trice Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann.

« Ces gens qui sont re­de­vables de la belle aven­ture col­lec­tive de LFI crachent dans la soupe et in­ventent des pré­textes pour mas­quer la vé­ri­table rai­son de leur dé­part : une am­bi­tion per­son­nelle dé­vo­rante et une ab­sence to­tale de res­pect du col­lec­tif », a ré­agi jeu­di le di­rec­teur des cam­pagnes de LFI et can­di­dat aux eu­ro­péennes Ma­nuel Bom­pard. La somme de ces dé­parts, il est vrai, n’est pas de na­ture à me­na­cer la po­si­tion cen­trale qu’oc­cupe au­jourd’hui LFI. Mais si elle exerce tou­jours une force d’at­trac­tion sur le reste de la gauche, cette der­nière est en pleine ébul­li­tion quoique pro­fon­dé­ment mor­ce­lée. Le dan­ger d’un front « tout sauf Mé­len­chon » n’est pas à ex­clure.

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